Élisabeth Borne : ministre cherche greenwashing avant parachutage

En cette rentrée politique, Elisabeth Borne a été sous le feu d’une double actualité : en recevant les différents protagonistes du dossier « Europacity », elle a fait planer le doute sur le soutien de l’État à ce projet contesté de quartier de loisirs. Mais quelques jours plus tard, la presse révélait ses ambitions pour les élections municipales. Un greenwashing avant parachutage politique ?

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Elisabeth Borne chercherait-elle à se faire parachuter à Montrouge ? Dans son édition du 25 septembre dernier, le Parisien nous apprend que la ministre « cherche à s’implanter localement » et qu’une liste commune avec l’ancienne porte-parole du PS Juliette Méadel serait actuellement en négociation.

Il faut dire que la ville est idéale : Montrouge a la sociologie électorale parfaite pour le parti présidentiel, une ville traditionnellement centriste avec une base populaire, mais en voie de gentrification accélérée depuis l’arrivée du métro en 2013. Donnant largement Emmanuel Macron en tête lors des deux tours en 2017 et votant à 30 % pour la liste de Nathalie Loiseau lors du dernier scrutin européen, la municipalité actuellement gérée par une majorité UDI pourrait facilement tomber dans l’escarcelle de LREM.

Atterrissage en douceur prévu pour Élisabeth Borne ? Quelques turbulences sont néanmoins à prévoir. Effet collatéral de la gentrification de la ville, les habitants de Montrouge ont aussi voté à 20 % pour Europe-Écologie-Les-Verts lors des élections européennes. Une donnée qui pourrait contrarier les plans de reconversion de la ministre.

Car son bilan sur le front de la protection de l’environnement sera déterminant dans sa potentielle future campagne. Pour ne pas prêter le flanc à la critique sur sa gauche et perdre inutilement des voix lors du premier tour, Elisabeth Borne doit savamment préparer la mise en scène de ses derniers mois au ministère, en particulier sur l’un des thèmes forts des écologistes, l’artificialisation des sols. Mais l’ancienne ministre chargée des Transports, devenue ministre de la Transition écologique et solidaire en juillet dernier, a justement un bilan peu glorieux en la matière.

En effet, lors de ses deux ministères, Élisabeth Borne a toujours appuyé bon nombre de « grands projets inutiles » en apportant son soutien à plusieurs vastes projets autoroutiers. Des projets destructeurs de l’environnement, au bénéfice des quelques grandes entreprises du BTP et du modèle du « tout automobile ». On pense notamment au « Grand Contournement Ouest de Strasbourg » (CGO). Une vaste entreprise de bétonisation au détriment de précieux espaces naturels alsaciens, dénoncée par les écologistes locaux comme une « une catastrophe pour l’environnement». Ce sont en effet près de 350 hectares de terre agricole qui risquent de disparaître sous le bitume. Idem l’aménagement de la A154, qui va engloutir à elle seule 600 hectares dans la région Val de Loire. Enfin, Elisabeth Borne continue aussi de soutenir le projet d’autoroute A69 entre Castres et Toulouse. Pourtant, 300 hectares d’artificialisation de terres agricoles et d’expropriation sont à attendre et suscitent déjà la colère des associations écologistes, citoyennes et paysannes de la région.

Coup de communication sur le dos d’Europacity ?

Des centaines d’hectares de terres agricoles bétonnées, avec quasiment aucune création d’emplois. Un beau cadeau aux opérateurs autoroutiers et aux géants du BTP, qu’Élisabeth Borne devra assumer si elle se présente à Montrouge dans les prochains mois.

On comprend mieux le « coup de communication » orchestré par la ministre autour d’Europacity début septembre. Si l’État, la région et la commune de Gonesse continuent de soutenir ce projet, la ministre tente de se positionner en « opposante critique » à Europacity. Une opposition de façade, puisque le gouvernement continuera de soutenir le projet grâce aux créations d’emplois promises (10 000 annoncées), et ce, malgré ses défauts. Il n’empêche, les pauvres petits 80 hectares d’Europacity font pâle figure face aux centaines bétonnés dans le cadre de la politique de transport et d’aménagement du territoire soutenue par Élisabeth Borne. Des dizaines de milliers de nouveaux kilomètres de bitume alors que la France détient déjà le triste record du réseau routier le plus dense du monde et le plus long de l’Union européenne avec près de 11 000 km d’autoroutes.

À l’heure où les spécialistes du climat alertent sur la nécessité de changer nos modes de transports et la protection de nos espaces naturels, les passages d’Élisabeth Borne dans les différents ministères ont plutôt été marqués par un soutien au lobby des autoroutes. En quête de « verdissement » avant son parachutage électoral, on comprend mieux la soudaine mise en scène de la ministre avec Europacity.

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