Mais que devient François Fillon ?

Alors que l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy devra bientôt répondre de ses actes présumés devant la justice, retour sur la retraite dorée qu’il coule dans les sphères de la haute finance. Un milieu où il a été parrainé par Jean-Pierre Denis, un autre affairiste dont la réputation n’est plus à faire.

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Verra-t-on se tenir un procès Fillon d’ici à la fin de l’année ? On en prend sérieusement le chemin, si l’on en croit l’ordonnance de renvoi en correctionnelle rendue, le 23 avril dernier, par les trois juges d’instruction du pôle financier de Paris à l’encontre de l’ancien premier ministre et candidat à l’élection présidentielle de 2017.

François Fillon sera bel et bien jugé pour détournement de fonds publics, recel de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et manquement aux obligations déclaratives de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Son épouse, Pénélope Fillon, est quant à elle renvoyée devant le tribunal pour complicité et recel de détournement de fonds publics et recel d’abus de biens sociaux.

Près de deux ans après les premières révélations parues dans le Canard enchaîné sur le caractère présumé fictif de l’emploi d’assistante parlementaire de Mme Fillon, à l’origine du « Pénélope Gate » et de la descente aux enfers du couple Fillon en pleine campagne présidentielle, plus rien ne s’oppose désormais à un procès.

Dans leur ordonnance de renvoi, les magistrats estiment, entre autres, que les documents fournis par le couple pour justifier l’emploi de Pénélope Fillon « ne démontrent rien », que la tenue d’une permanence parlementaire par l’épouse du député est « invraisemblable » et, sur la question de l’emploi de Mme Fillon par Marc de Lacharrière à la Revue des deux mondes, qu’il s’agissait d’un poste « de pure complaisance, sans contrepartie réelle », destiné à « satisfaire une demande de François Fillon ».

La nouvelle vie dorée de François Fillon

S’il va donc bien devoir répondre de ses actes passés devant la justice, l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy coule, depuis sa retraite forcée de la vie politique, des jours plutôt heureux. Il ne lui a, en effet, pas fallu plus de trois mois après sa cuisante défaite lors du premier tour de l’élection présidentielle pour décrocher un job en or, en devenant associé du prestigieux fonds d’investissement Tikehau Capital.

Une véritable pépite de la finance tricolore, au service de laquelle François Fillon monnaye son riche carnet d’adresses, tout en parcourant le monde à la recherche de nouveaux clients. Selon la presse, l’ancien homme politique toucherait chez Tikehau Capital au moins 300 000 euros annuels, auxquels il conviendrait de rajouter son intéressement aux bénéfices de la société, qui a réalisé, en 2016, plus de 72 millions d’euros de résultat.

C’est grâce à l’entregent de sa conseillère en communication, la toute puissante Anne Méaux, à la tête de l’agence Image 7, que François Fillon a décroché la timbale ; Anne Méaux qui conseille également les fondateurs et dirigeants de Tikehau Capital, Mathieu Chabran et Antoine Flammarion. Mais, comme le relève Mediapart dans son édition du 9 mai 2018, l’ex-Premier ministre a aussi pu compter sur le soutien de l’un des membres du conseil de surveillance du fonds d’investissement, un certain Jean-Pierre Denis, lui aussi conseillé par Anne Méaux.

Jean-Pierre Denis, c’est le président de la banque bretonne Arkéa, un « petit » établissement empêtré depuis maintenant plusieurs années dans un violent conflit avec le Crédit Mutuel, dont il souhaite ardemment faire sécession. En somme, toujours selon Mediapart, « c’est un microcosme très parisien que l’on retrouve dans cette histoire », issu du « marigot chiraquien » — Jean-Pierre Denis ayant officié comme secrétaire général adjoint de l’Élysée sous l’ancien président.

Jean-Pierre Denis, le nouveau « parrain » de François Fillon dans la haute finance

Dans les beaux quartiers parisiens, tout ce petit monde continue son train-train quotidien le plus tranquillement possible. Et ce n’est pas Jean-Pierre Denis qui risque de donner à son nouveau collègue des leçons de sobriété. À la tête d’Arkéa, notre homme se rémunère en effet à hauteur d’un patron du CAC 40, voire davantage : ses rémunérations cumulées ont ainsi atteint, en 2017 et 2018, près de 1,6 million d’euros, quand son collègue et ami Ronan Le Moal, PDG de la banque, s’octroyait quant à lui 1,2 million d’euros sur la même période. Des montants bien plus élevés que ceux touchés par des patrons de multinationales comme Stéphane Richard (Orange) ou Lakshmi Mittal (ArcelorMittal).

Enfin, c’est bien avec le soutien de Tikehau Capital que Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal mûrissent leurs projets d’indépendance qui, s’ils aboutissaient, conduiraient de fait à la perte du caractère mutualiste d’Arkéa. Avec de telles fréquentations professionnelles et un tel train de vie, pas sûr que François Fillon réussisse, lors de son procès à venir, à convaincre ses juges de sa bonne foi et de son désintéressement...

 

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