Peut-il y avoir un lien entre Voie Alévie et extrémismes ?

Dans le cadre du procès des attentats de Charlie Hebdo, l'histoire familiale et culturelle de l'un des accusés, Ali Riza POLAT, a particulièrement posé débat au sein de la communauté Alévie et même au-delà, puisqu’elle a intéressé également les avocats de la partie civile...

Peut-il y avoir un lien entre Voie Alévie et extrémismes ?

Dans le cadre du procès des attentats de Charlie Hebdo, l'histoire familiale et culturelle de l'un des accusés, Ali Riza POLAT, a particulièrement posé débat au sein de la communauté Alévie et même au-delà, puisqu’elle a intéressé également les avocats de la partie civile. En effet, l'accusé, étant fils ou petit-fils de personnes de culture Alévie, on est en droit de s'interroger sur ce qui définit l'identité Alévie et sur les impacts éventuels qu'elle a pu avoir sur l'orientation religieuse d'Ali Riza POLAT, et d’autres individus soupçonnés d'adhérer à l’idéologie de Daech, d'Al-Qaïda ou d’autres courants qui justifient la barbarie au nom de l’Islam. 

Peut-il y avoir des affinités entre Alévisme et des visions intolérantes qui se réclament de l'Islam?

La connaissance de la Voie Alévie peut-elle conduire à des visions littéralistes, légalitaires, intolérantes ou violentes ? Nous allons tenter de répondre à cette question de façon claire et rationnelle, en essayant au maximum de rester fidèle aux sources propres à cette croyance.  Être Alévi, c'est avant tout effectuer une triple attestation, celle de l'Unicité de Dieu, la reconnaissance de Muhammed comme sceau de la prophétie et l'acceptation du rôle d'Ali comme successeur du Prophète et sceau de la sainteté. On retrouve cette triple attestation à travers le triptyque Dieu-Muhammed-Ali  qui apparaît dans les poèmes mystiques de grands troubadours (Ozan) qui ont pleinement marqués les consciences des fidèles Alévis.

Tous les matins, à chaque aube, les oiseaux chantent,

Dieu est Un, en disant Muhammed-Ali.

Et le rossignol chante sa complainte pour la rose,

Dieu est Un, en disant Muhammed-Ali. 

(Kul Himmet, ÖZMEN, İ., Alevi-Bektaşi Şiirleri Antolojisi, Cilt 2, Ankara, 1998, p. 298.)

Nous n'avons pas prétention ici à développer en détail toute la théologie Alévie. Mais nous devons tout de même donner quelques notions importantes pour que chacun puisse avoir une idée globale de ce que les Alévis sont et ne sont pas. Il apparaît au vu des sources et des propos des maîtres spirituels authentiques, que la voie Alévie est avant tout une Voie spirituelle, qui ne limite pas l'Islam à sa seule dimension exotérique. C'est une croyance ésotérique qui vient aider les fidèles à donner un sens à ce qui est apparent, en ouvrant l'œil du cœur par l'étude des sciences et l'ouverture par la gnose afin de parvenir à l’anéantissement de l’ego. Celui-ci requiert une certaine maturité spirituelle. Il nécessite une abnégation de soi (Fana) afin de réaliser la palingénésie (Baka).

Le Pir Mürsel Kami a écrit : ''La compréhension Alévie de l’Islam; a trouvé place dans les existences en s'inspirant de ces Saints Philosophes et éminents herméneutes du Coran comme Hoca Ahmet Yesevi, Ebul Vefa, Haci Bektaş Veli, Yunus Emre, Pir Sultan Abdal et les Sages de l'Anatolie. C'est cette interprétation qui permit l'islamisation de l'Anatolie''.

Notons que de nombreux universitaires admettent que l’Islamisation de l’Anatolie a été marquée par une profonde allégeance à l’Imam Ali et à la Ehlibeyt (Famille du Prophète). (KARAMUSTAFA, A., “Anadolu’nun Islamlaşması bağlamında Aleviliğin oluşumu” in ÇAKMAK, Y., GÜRTAŞ İ., Kızılbaşlık, Alevilik, Bektaşilik : Tarih-Kimlik-İnanç-Ritüel, İletişim, İstanbul, 2016, p. 47. ; OKTAY USLU Z., Mesnevî-i Baba Kaygusuz, 2013, pp. 27-28.)

Toutes les figures qui viennent d’être citées sont des grands penseurs qui incarnent un Islam tolérant, trouvant un juste équilibre entre raison et expériences mystiques, à mille lieues des visions dogmatiques et légalitaires, qui prônent l’amour Divin en "aimant la création par amour du Créateur" comme Yunus Emre, le grand poète Alévi de l’Amour. Nous pouvons également citer le grand maître Haci Bektaş Veli qui a dit : "Il n’y a pas de distinction de sexe dans le dialogue qui se fait avec amour. Tout ce que le Vrai a créé est à sa bonne place. Dans notre vision, il n’y a aucune distinction entre homme et femme. Les manquements et les faiblesses sont dans tes opinions".

Pourquoi n'est-il pas possible de séparer les Alévis de l'Islam ?

L'étymologie du mot Alévi vient de l'arabe 'alawi qui signifie être partisan de Ali, cousin et gendre du Prophète de l'Islam, Muhammed. Cette allégeance à Ali implique une continuité de la mission Muhammedienne dans l'interprétation des textes révélés. Et c'est Ali et ses successeurs qui sont les garants de cette mission d'herméneutes et de guides.

D'ailleurs pour les Alévis, le Coran n'est pas venu seul, mais accompagné de la Lumière du Prophète et de sa famille (Ehlibeyt). ''O gens du Livre! Notre Messager (Muhammad) vous est certes venu, vous exposant beaucoup de ce que vous cachiez du Livre, et passant sur bien d'autres choses! Une LUMIÈRE et un LIVRE explicite vous sont certes venus d'Allah!'' CORAN V, 15.

La vision de l'Islam prônée dans la Voie Alévie par les maîtres descendants spirituels et charnels d'Ali, est une vision qui implique la connaissance des sagesses divines que l'on va pouvoir appliquer à toute époque et en tout lieu, dans la tolérance et le respect de chacun. Il existe un attachement important des Alévis à la laïcité, car ils y retrouvent les enseignements tels que "Regarde toutes les communautés d'un même œil", "Nulle contrainte en religion!" (CORAN II, 256), « Point de violence en matière de religion » (CORAN II, 25), “Pourquoi voulez-vous imposer la religion au peuple alors que la religion doit être offerte par Dieu”. (SHARIATI, A. Histoire et destinée, Sinbad, Paris, 1982, p. 54.)

Les pratiques religieuses des Alévis se distinguent clairement des autres visions de l'Islam. Les femmes et les hommes prient côte à côte. L'alcool n'est pas interdit mais l'ivresse. Le contact à un maître spirituel (Pir) est privilégié plutôt que de se rendre en pèlerinage à La Mecque. Et surtout, le rapport au Divin se fait en tout lieu dans l'intimité du cœur. Il existe cependant, un ensemble de rites, de prières collectives (Cem), de jeûnes, etc. Et surtout les fidèles Alévis, essaient de vivre intérieurement, les expériences des prophètes et des hommes saints, notamment ceux des Douze Imams.

Une des principales erreurs que beaucoup font, est de voir l’Islam comme une entité unique. Il serait plus judicieux de parler de l’Islam comme l’ensemble des visions qui s’articulent autour de la croyance en un Dieu unique et l’acceptation du rôle de Muhammed comme dernier prophète. Et sans aucun doute, les Alévis acceptent ces deux points. Donc, écarter les Alévis de l’Islam que l’on jugerait monolithique reviendrait finalement à donner raison à Daech, ainsi qu'aux autres mouvements dits "takfiristes" qui excluent toutes autres visions en dehors de la leur et qui n’hésitent pas à considérer les autres courants comme infidèles.

Confondre l’Islam avec la barbarie et légitimer l’hégémonie dans la compréhension de l’Islam aux extrémistes (qu'eux seuls possèderaient) est une insulte envers les maîtres spirituels musulmans ayant prôné pendant des siècles l’amour et la tolérance, ainsi qu’une contribution à la légitimation de la barbarie ! Cela revient également, à nier totalement la pluralité en Islam qui est un fait indéniable quand on connaît tous les divers courants d’interprétations qui existent dans le monde musulman.

Pouvons-nous nier l’Islamité de tous les courants qui ne sont pas légalitaires mais ésotériques (Batini) comme les Ismaéliens, les Druzes, les Nusayrîs, les Soufis ?

Pouvons-nous nier l’Islamité de Hallaj (qui disait "Je suis le Vrai"), d’Ibn Arabi ("l’Amour est ma religion et ma foi"), de Bayazid Bestami, Rumi, Shams de Tabriz etc…?

En effet, cela est possible, mais n’aura aucune valeur scientifique, puisqu’on ne peut y parvenir seulement qu’en faisant fi de toutes les sources scripturaires, spirituelles et philosophiques de l’Islam. 

Pourquoi la Voie Alévie ne peut pas conduire aux fanatismes ?

Dans la croyance Alévie, celui qui souhaite se rapprocher de la Voie doit avant tout rencontrer des gens de la Voie (Yol Ehli). Par ce premier contact, indirectement, c'est un premier pas en direction du Pir (guide spirituel) qui a été fait et qui s'approfondira progressivement jusqu’au moment où un Serment (Ikrar) sera donné. C’est clairement une initiation spirituelle qui est réalisée et qui permet réellement de devenir un disciple (Talip) Alévi. Or, avant cette étape, on parle uniquement de sympathisant (Muhip) de la Voie. En d’autres termes, il n’y a en réalité qu’un nombre réduit de disciples, bien que beaucoup de monde se présentent de culture Alévie. 

Ce sont les initiés, uniquement, qui plongés dans la Lumière de Dieu, à travers la réalité de Muhammed et Ali, vont pouvoir lire dans l’univers, dans les livres saints et dans le cœur de l’Homme, les sagesses qui conduisent à l’union avec le Vrai. La connaissance des textes révélés et les pratiques religieuses ne peuvent pas conduire à des dégénérescences, si les maîtres spirituels suivent les préceptes clairement énoncés par l'Imam Cafer Sadık (Voir les Commandements de l’Imam Cafer). Les maîtres spirituels réalisés sont des exemples dans la Science (İlim), dans la Gnose (İrfan) ainsi que dans les mœurs (Ahlak).

De facto, celui qui souhaite évoluer dans le cercle des Pir et de leurs initiés (Talip) doit toujours pouvoir échapper aux dogmatismes par ce va-et-vient permanent entre la Science et la Gnose.

Lire le Coran conduit-il automatiquement à épouser la vision binaire et cruelle de Daech ?

Nous pouvons clairement affirmer que si les fidèles ne parviennent pas à se relier à la Lumière de Muhammed-Ali en donnant Serment à un Pir, le risque de dévier est très élevé, car l'adhésion à la Voie n'est que virtuelle et les enseignements mystiques ne peuvent que peu ou prou être saisis. Et beaucoup, d'enfants Alévis préféreront s'éloigner de cette spiritualité tout en continuant à revendiquer leur appartenance à l'Alévisme. Cela étant précisé, l'argument selon lequel : ''Ce jeune a lu le Coran et s'est radicalisé. Il voulait rejoindre Daech...'' utilisé par certaines personnes est vraiment biaisé. Car ce qui est sous-entendu, c'est que la connaissance du Livre révélé à Muhammed conduirait automatiquement à des mauvaises conséquences. Or, si les jeunes n'ont pas eu l'éducation Alévie nécessaire, et la proximité des Pir et des amoureux (Aşik), n'ont jamais entendu une prière Alévie (Dua, Gülbeng...), et n'ont jamais participé à une communion (Cem), alors loin de la Lumière de Muhammed-Ali, ils ne sont pas armés en tant que muhip de la Voie, face aux pratiques déviantes et surtout légalitaires. Ainsi, le véritable fléau est l’ignorance et non l'approfondissement des connaissances de la Voie.

A titre d’exemple, la plupart des personnes qui se sont engagées en Syrie n'avaient connaissance de la religion que depuis un laps de temps très court. Souvent, des anciens délinquants, ou des nouveaux convertis, ne maîtrisant même pas les bases de toute spiritualité ! D'ailleurs la plupart, nous l'avons vu dans les enquêtes judiciaires, n'avaient jamais lu le Coran, ou très peu! (Voir les témoignages dans le procès Cannes-Torcy) 

Un des plus grands maîtres spirituels, ayant vécu au XVIème siècle, que les Alévis prennent comme référence, Pir Sultan Abdal, a dit : "Ne discute point avec l’ignorant, où tu deviendras toi-même ignorant". (ÖZMEN, İ., Alevi-Bektaşi Şiirleri Antolojisi, Cilt 2, Ankara, 1998, p. 276). Ce qui montre bien que les Alévis ont toujours prôné la connaissance et vu dans l’ignorance, un grand danger pour les individus comme pour la communauté.

Ali Riza Polat est-il un excommunié de la voie ?

Dans la littérature alévie, on insiste énormément sur la difficulté que présente l’entrée dans la Voie spirituelle. Celle-ci implique une pleine adhésion ou le retour n’est plus permis. "Meurs, ne prête pas serment ! Meurs, ne reviens pas sur ton serment". Précisons que c’est uniquement un avertissement d’ordre moral, et que jamais un Alévi n’opprimerait ou même ne jugerait un autre s’il voulait renoncer à sa voie. Entrer dans la Voie alévie ne peut s’effectuer que lorsque l’individu, qui est arrivé à une certaine maturité par la connaissance va pouvoir donner alors, devant témoins, ses serments. Il y a d’ailleurs tout un ensemble de cérémonies autour de ses serments. Ce n’est qu’à partir de cet instant que le fidèle devenu officiellement disciple, peut, s’il ne respecte pas certains interdits, devenir excommunié, ou plutôt littéralement "tombé" (düşkün) de la Voie. Et personne ne peut s'arroger le droit d'excommunier un disciple en dehors de son propre maître spirituel (Pir).

Même s’il s’avère qu’une personne de culture Alévie a rejoint les rangs de Daech, il faudrait d’abord savoir qu’elle était son degré de connaissance, et s’il était parvenu à donner ses serments devant des maîtres spirituels. Il est indéniable qu’une double appartenance n’est pas possible, puisque les Alévis sont considérés par la majorité des musulmans sunnites légalitaires, comme des exagérateurs, dont le sang est licite (Voir Fatwa d’Ibn Taymiyya : Yaron FRIEDMAN, Ibn Taymiyya’s Fatāwā against the Nuṣayrī-ʿAlawī Sect, Ders Islam, Volume 82 : Issue 2, 2005)  Il est évident que l'attentat perpétré par les frères KOUACHI contre Charlie Hebdo et l'attentat de l'Hyper Cacher doivent être condamnés et tous ceux qui ont facilité ces tueries doivent être jugés. Mais, il faut essayer de faire un travail de fond, pour comprendre pourquoi des individus, de parents musulmans sunnites, alévis, chrétiens ou athées, ont adhéré à des idéologies qui justifient ses massacres. Ali Riza POLAT connaissait-il réellement la Voie spirituelle de ses ancêtres? Savait-il que beaucoup d’Alévis, peut-être même des gens de sa propre famille, ont été victimes, jusqu’à très récemment encore de la cruauté des extrémistes en Turquie, en Syrie, ou ailleurs ? 

"Expliquer", n’est pas "excuser", contrairement à ce qu’a pu dire un ancien premier ministre. Comprendre, c’est pouvoir agir et éviter des nouveaux massacres. Dans un rapport de Alain FUCHS, alors président du CNRS, il est dit : "Les enseignements des sciences sociales sont la meilleure façon de lutter efficacement contre toutes les formes de terrorisme. Leurs analyses et explications proposées par les chercheurs qui se consacrent à ce domaine sont essentielles à cet égard. Connaître les causes d’une menace est la première condition pour s’en protéger" (Voir article de Jean-Baptiste DE MONTVALON , « Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser » : la cinglante réponse des chercheurs à Manuel Valls, disponible sur : https://www.lemonde.fr/societe/article/2016/03/03/terrorisme-la-cinglante-reponse-des-sciences-sociales-a-manuel-valls_4875959_3224.html)

Les Alévis ont longtemps souffert de ne pas pouvoir pratiquer librement leur croyance en Turquie et dans le monde musulman en général. Aujourd’hui, en Europe, de petits groupes d’Alévis commencent à travers certains cercles d’initiation à retrouver les enseignements de leur Voie, mais cela reste encore faible et marginal. Et, malheureusement, cette méconnaissance doit être un des éléments à prendre en compte lorsque l’on étudie le profil d’un Ali Riza POLAT, ou encore d’un Mahir ASLAN (enfant de famille Alévie, mort dans les rangs de Daech). En intellectuel honnête, on ne peut pas faire fi du passé de délinquant d’Ali Riza POLAT et de sa promesse solennelle de continuer d’avantages dans le banditisme. (Voir l'article de Willy LE DEVIN, Ali Riza Polat : «Quand je sortirai, je vais faire pire», disponible sur : https://www.liberation.fr/france/2020/09/04/ali-riza-polat-quand-je-sortirai-je-vais-faire-pire_1798623)

Tous ceux qui ont œuvré à éloigner les Alévis de leur croyance n’ont-ils pas une part de responsabilité ?

Si l’appartenance à la Voie Alévie ne conduit pas à la radicalisation, quels peuvent être alors les facteurs qui expliqueraient cette radicalisation ?

La communauté alévie est présente en Europe depuis déjà plusieurs siècles, notamment en Albanie, où à peu près 20% des musulmans sont Bektâchîs. Contrairement, au Kosovo ou à la Bosnie, il n’y a pas eu de monté significative de l’idéologie Wahhabite (voir l’article d’Elodie Toto, «Le bektachisme, l'islam «cool» qui séduit l'Europe», disponible sur : http://www.slate.fr/story/167960/religion-bektachisme-islam-albanie-ouverture-tolerance). Il serait prétentieux de dire que c’est la Voie Alévie qui a contré l’adhésion à cette idéologie littéraliste qui peut parfois mener à la radicalisation. Mais, l’observation des cas de la Bosnie et du Kosovo, nous pousse à constater que les conflits, les guerres, les crises politiques peuvent être des facteurs essentiels expliquant cette radicalisation. 

Pour le cas de la France, on doit parler avant tout des facteurs sociaux et psychologiques. Nous renvoyons les lecteurs aux travaux de Fethi BENSLAMA et Farhad KHOSROKHAVAR. Il serait intéressant de voir quels liens avaient ces jeunes radicalisés avec leur histoire familiale? Ont-ils pu construire leur identité propre, pour leur permettre de s’épanouir et être suffisamment solide dans une société capitaliste de plus en plus écrasante ? Comment les conflits générationnels ont pu générer de réels fossés entre leur monde et celui de leurs parents. Beaucoup de ces jeunes viennent également de banlieues très défavorisées, où l’accès à la culture est faible, sans parler de tous les problèmes de drogue, de délinquance et de banditisme. Il faut également pointer du doigt le racisme et les préjugés qu’ils peuvent subir, parfois, de la part de représentants des institutions. Nous renvoyons, aussi aux travaux de Pierre BOURDIEU. (BOURDIEU, P., PASSERON, J-C., Les héritiers : les étudiants et la culture, Les éditions de minuit, Paris, 1964.) 

Pour finir, ceux qui essayent de séparer les Alévis de l’Islam pour prendre place aux côtés des islamophobes jouent un jeu terriblement dangereux, qui va à l’encontre des fondamentaux de la Voie Alévie. Car, le principe de Justice doit dominer et non les lectures émotionnelles. Tout le monde, aujourd'hui, a un lien avec les extrémismes (sans distinction de religion), car c'est un phénomène global qui touche le monde musulman, autant que le monde occidental. Ce doit être, en vérité, toute la société, sans distinction d’origine, de religion, qui doit prendre ses responsabilités, et doit trouver les causes réelles de ces maux, qui conduisent certains citoyens à se sentir étranger dans leur propre pays, mais également, très souvent au sein de leur propre famille.

 

Dersim AKKUS, Enseignant et chargé d’études socio-économiques.

Chercheur à l’Institut de Recherches Alévi de Strasbourg (I.R.A.S.)

 

Serdar UMUT, Juriste spécialisé dans les droits de l’Homme.

Guide spirituel (Pir) dans la Voie Alévie.

 

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