Collectifs utopiques en temps de pandémie (5/5)

Dans ce dernier volet de la série, il s’agit moins de décrire des expériences collectives que de s’appuyer sur elles pour imaginer ce que pourrait être une transformation sociale de bas en haut, par-delà les niveaux communautaire et territorial.

Fractale © Domaine Public Fractale © Domaine Public

TRANSFORMER LA SOCIÉTÉ PAR LE BAS (fin)

Ce texte, plus long et plus prospectif que les précédents, s’appuie essentiellement sur deux témoignages : celui de Mathieu Labonne, président et directeur de la Coopérative Oasis, qui prône le changement par la constitution d’un archipel de territoires et celui de Vincent Jannot, membre du collectif de Vispens et salarié de l’association Terre de Liens, pour qui on ne peut pas faire l’impasse de l’Etat social.

 

LE RÉSEAU ET L’ARCHIPEL

Le jeu des entrées et sorties

Visites, chantiers, ateliers, événements culturels, échanges désintéressés ou relations commerciales, c’est par de multiples canaux que les pratiques innovantes des collectifs utopiques se diffusent dans la société. Mais il est un autre mode de diffusion, présent dans tous ces collectifs depuis très longtemps, qui passe souvent inaperçu et qui pourtant contribue grandement à disséminer ces pratiques : le renouvellement de leurs effectifs.

Quand on demande à Gus combien le Mas Lafont compte d’habitants permanents, la réponse est évasive : « une quinzaine ». Comment cela ? Pourquoi une quinzaine et pas quinze ? Si l’effectif n’est pas précis, c’est en raison de la forte dynamique des entrées et sorties. Depuis sa création il y a trois ans, le collectif du Mas Lafont a en effet connu quatre départs et sept arrivées. Ce n’est pas exceptionnel : un collectif nord-américain établi depuis très longtemps comme Twin Oaks, où vit et travaille une centaine de personnes, enregistre un turn-over moyen similaire, de l’ordre de 25 % par an d’après le sociologue Michel Lallement – qui a calculé que « plus de mille personnes ont été membres de Twin Oaks durant la période 1967-2017 ».(1)

Si les départs sont parfois conflictuels et certaines arrivées délicates à assimiler, le flux des entrées et sorties est en fait un moyen de régulation naturelle de la vie collective. Ce fort brassage enrichit le groupe – à condition bien sûr qu’un noyau suffisamment important en assure la stabilité. C’est aussi un important facteur d’essaimage de valeurs et de pratiques innovantes dans le monde extérieur. C’est ce que démontre Michel Lallement à partir d’un échantillon d’anciens membres de Twin Oaks : « 25% sont devenus travailleurs sociaux, enseignants ou appartiennent au personnel médical ou paramédical ; 22% ont acquis un statut de manager, de coach ou de consultant, mais toujours dans des domaines comme les services à la personne ou la santé ; 19% sont artistes (écrivains, musiciens ou photographes) ; 10% travaillent dans le secteur de l’environnement et de l’alimentation bio ; 6% sont éditeurs ou ont des responsabilités dans le monde de la communication ; 4% sont fermiers ; 4% également vivent désormais dans une autre communauté ; les 10% restant ont choisi d’autres voies. »(2)

Un réseau naturel de collectifs

Fait notable, une partie des départs d’une communauté correspond à l’arrivée dans d’autres communautés. Ces transferts qui contribuent à l’enrichissement mutuel des collectifs ne sont pas un phénomène nouveau. L’historien Carl Guarneri, spécialiste des communautés utopiques établies aux Etats-Unis au XIXe siècle, a composé un passionnant diagramme des flux de « migrations entre phalanstères fouriéristes et avec d’autres communautés non-fouriéristes »(3) qui met en lumière cette dynamique.

Une étude analogue de nos jours montrerait sans doute l’existence de flux similaires entre collectifs, formant une cartographie en réseau avec des nœuds d’échange au trafic plus intense que d’autres. Parmi eux figureraient probablement les collectifs les plus anciens ou les plus peuplés.

On peut ainsi faire l’hypothèse que l’ensemble des passages (nombreux et peu durables) et migrations (moins nombreuses et plus durables) entre collectifs dessine un réseau qui se crée et se recrée spontanément au fil des ans. Par ce réseau dynamique circulent des savoir-faire et « savoir-être » expérimentés dans un collectif et transmis à un autre. Il y aurait donc bel et bien, au-delà des canaux de diffusion déclarés et volontaires, un mouvement spontané de pollinisation mutuelle des communautés utopiques passant par leur renouvellement continu.

Catalyser le réseau des collectifs : le projet Oasis

Cette dynamique spontanée peut être catalysée en créant des conditions favorables, que ce soit pour multiplier le nombre de collectifs, consolider leur organisation ou encourager les échanges entre eux. Plusieurs initiatives œuvrent dans ce sens. Citons, entre autres, le Réseau Global des Ecovillages créé en 1994, la revue Passerelle Eco avec sa fameuse rubrique d’annonces et, ces dernières années, le mouvement des Colibris devenu, grâce à son Projet Oasis, un important catalyseur de réseaux.

Pierre Rabhi a forgé le concept d’oasis en 1997. Le mot désignait alors simplement des lieux où des collectifs pratiquaient l’écologie et la solidarité. Interrogé par le journaliste Eric Dupin en 2014, le fondateur des Colibris justifiait cette dénomination de la façon suivante : « C’est l’ensemble du système qui est en train de dégringoler (...) Les ‘ Oasis’ peuvent devenir des exemplaires de ce qu’il faudra faire dans le désert social. »(4)

 L’idée a fait son chemin et conduit Mathieu Labonne, alors directeur des Colibris, à lancer le projet Oasis en 2014, afin de faciliter l’émergence et le développement de ces lieux. Des lieux très divers puisqu’« une oasis peut se trouver en milieu rural ou urbain et prendre des formes différentes : écohabitat participatif, écoquartier, écohameau, commune en transition, tiers-lieu tourné vers l'écologie, peut-on lire sur le site des Colibris. On y trouve également sur ce site la liste des outils destinés à faciliter la création d’une oasis : une formation gratuite en ligne (déjà suivie par 30000 personnes) ; un wiki (sorte d’intranet des oasis) ; des accompagnements par des professionnels baptisés « Compagnons d’oasis » ; une plateforme appelée « Fabrique des Colibris », où les porteurs de projets peuvent afficher leurs besoins (en habitants, bénévoles, expertises, financements…) ; des formations à la gouvernance ; un journal mensuel et, depuis 2018, la « Coopérative Oasis », un outil de financement qui associe systématiquement un accompagnement à ses prêts.

Cette coopérative dispose de son propre site, où sont déclinées les « 5 valeurs clés qui définissent les intentions des oasis : la souveraineté alimentaire, la sobriété énergétique, la gouvernance partagée, la mutualisation de biens et de services et enfin l’ouverture sur l’extérieur. »

Six ans après son lancement, le projet connaît un indéniable succès à en juger par les 743 lieux qui figuraient sur la carte des oasis début juin 2020. Il faut toutefois préciser que, parmi les lieux répertoriés, moins de la moitié (331) étaient des « projets aboutis », 231 étaient « à l’étude » et 181 « en travaux ». Par ailleurs, ces lieux n’ont pas tous vu le jour grâce au projet Oasis, loin de là. Un grand nombre existaient auparavant et ont souscrit à l’initiative pour bénéficier des avantages de la mise en réseau.

Ceci dit, cette carte devrait bientôt comporter de nombreuses autres oasis. C’est en tout cas l’une des ambitions de la réorganisation qui a pris effet le 1e mai 2020, quand le projet a « essaimé » des Colibris pour être entièrement porté par la Coopérative Oasis.

Favoriser la multiplication de petits projets

Mathieu Labonne, devenu président et directeur de la Coopérative, désire que le réseau des Oasis grandisse : « Le concept d’oasis doit s’ouvrir de plus en plus. On veut que ce soit un réseau non idéologique : des bénédictins aux anarchistes, tous ont un vécu complémentaire et enrichissant. »

Mathieu constate qu’« il y a peu de gros écovillages chez nous ». Contrairement aux pays anglo-saxons, où les communautés intentionnelles ont une longue histoire et où les projets de grande taille ne sont pas rares, « en France, on a un contexte administratif et politique moins favorable aux gros projets. Notre jacobinisme fait qu’il y a un rapport compliqué au terme communauté, connoté ‘secte’. On voit donc mal un autre Auroville [qui compte plus de 2000 habitants] chez nous. »

Par ailleurs, le pragmatisme anglo-saxon conduit à mettre rapidement en œuvre les projets communautaires et à les ajuster au fur et à mesure, alors qu’« en France on a tendance à vouloir répondre à toutes les questions avant de commencer quoi que ce soit. Il y a un besoin de contrôle a priori qui limite la taille des projets ».

Ceci dit, les collectifs français ont « un côté militant et créatif qui produit une très riche diversité d’expériences». Alors, plutôt que de chercher à imiter les Anglo-saxons, le projet Oasis cherche à « favoriser la multiplication de petits projets de quatre à douze familles, parfois un peu plus », dont la taille réduite « facilite la capacité à décider ensemble. »

Le collectif, point d’appui pour soulever le monde social

Mathieu pense que tous ces petits projets peuvent jouer le rôle de points d’appui d’une ample transformation sociale. Pour étayer sa thèse, il part du constat qu’il n’est plus possible d’avoir de projet commun à l’échelle du pays : « Il y a cinquante ans c’était encore possible. Aujourd’hui, la société est trop clivée. Il n’y a pas de force collective émergente au niveau national et il n’est pas possible d’harmoniser les réponses à cause de la complexité des systèmes. C’est à l’échelle des territoires que l’écologie se gagnera, pas à l’échelle nationale. »

Dans l’esprit du directeur de la Coopérative Oasis, la reconstruction de la société pourrait avoir lieu par la base, en prenant appui sur les expériences de changement dans les collectifs. Le changement s’étendrait ensuite aux territoires alentours, pour former à terme un « archipel » d’îlots territoriaux.

Premier niveau : le collectif comme avant-garde

Au premier de ces trois niveaux, on trouve donc les collectifs qui, en tant que laboratoires du changement, constitueraient une sorte d’avant-garde : « Ce sont les seuls espaces où l’on modélise un changement de paradigme complet, dans tous les domaines : l’habitat, l’énergie, la prise de décision... Ce sont des espaces complexes, où l’on sait prendre en compte plusieurs dimensions. Sur les questions de gouvernance, on y va bien plus loin que dans les entreprises dites « libérées ». Pour la dimension écologique, le bilan carbone d’un habitant d’écolieu est deux fois moindre que celui du français moyen. Et tous ceux qui visitent les écolieux disent qu’ils y trouvent un élan qui n’existe pas ailleurs.».

Il s’agit donc de multiplier ces lieux de vie en « cassant l’image de secte » et en valorisant la vie communautaire. Pour ce faire, la Coopérative Oasis peut encourager les porteurs de projets soit à ériger de nouveaux lieux, soit à « investir des hameaux existants » ou même, comme c’est de plus en plus le cas, à acquérir « des lieux de patrimoine oubliés qui étaient aux mains de gens riches et sont repris par des groupes de quinze, vingt, trente personnes qui les font revivre ».

Deuxième niveau : chaque collectif favorise le développement de son territoire

Nous avons vu précédemment que les collectifs sont des lieux ouverts qui entretiennent des relations d’échange avec leur environnement – que ce soit en poursuivant une stratégie territoriale explicite (comme le projet Tera) ou par une multitude d’actions spontanées (comme le Mas Lafont). Ces échanges et relations concrètes avec le territoire sont le pivot du modèle de transformation sociale promu par le directeur de la Coopérative Oasis.

Prétendre que tous les habitants d’un territoire pourraient à terme adopter le mode de vie des collectifs est bien sûr illusoire : « Ces lieux ne sont pas faits pour tout le monde, reconnait Mathieu, mais ils sont nécessaires à la transition sur leur territoire. » Une transition qui prend du temps, « parfois une dizaine d’années », mais dont il pense qu’elle peut avoir « un impact énorme ». Mathieu prend pour exemple la ferme du Plessis, un centre spirituel lié à Amma, dont il est le coordinateur général, aujourd’hui couplé à l’écohameau du Plessis qu’il a fondé et où il vit avec sa famille. « Il y a quinze ans, un centre spirituel dans la Beauce, c’était forcement vu comme une secte, dit-il. Aujourd’hui, les gens du village viennent se balader dans l’écohameau. Nous avons permis l’installation de deux maraichers bio et un membre de l’association a lancé une épicerie bio dans le village. Le maire voulait absolument que deux personnes de chez nous soient sur sa liste électorale, sinon il ne se représentait pas. On prend aujourd’hui une place inimaginable il y a dix ans. »

Et de conclure, « on a un rôle territorial, il faut le jouer : être un lieu de ressources ouvert aux gens du territoire, entrer dans la politique locale, retravailler le modèle économique à ce niveau. » Ainsi, en s’appuyant sur les collectifs présents sur le territoire, se formerait une sorte d’îlot en transition. Un îlot qui n’aurait pas vocation à croître mais plutôt à se relier à d’autres îlots.

Troisième niveau : un archipel de territoires

Le but n’est donc pas d’agrandir chaque territoire, mais qu’il y ait « de plus en plus d’îles » formant « un archipel ». Mathieu fait référence à « la pensée archipélique» d’Edouard Glissant et à la créolisation, définie par le poète martiniquais comme « la mise en contact de plusieurs éléments de cultures distinctes, dans un endroit du monde, avec pour résultante une donnée nouvelle, totalement imprévisible »(5).

Mathieu oppose la pensée archipélique à « la pensée continentale de l’Occident, qui raisonne en termes de macrostructures ». Dans l’archipel, au contraire, il y a l’idée que « la diversité produit une grande résilience ». Alors, plutôt que d’essayer d’extrapoler un modèle communautaire fait pour trente personnes à une mégastructure de 30000 personnes, « mieux vaut faire appel à la pensée archipélique et favoriser l’émergence de mille lieux de trente personnes ». Il s’agit de « déléguer tout ce qui peut l’être au niveau communautaire ». Et, à plus large échelle, au lieu d’un vaste projet commun unificateur qu’il considère voué à l’échec, Mathieu propose plutôt de se retrouver « autour de référentiels nouveaux, autour de la notion de souveraineté alimentaire par exemple ».

Ni hiérarchie ni collaboration encadrée : une troisième voie inspirée des insectes

En complément à l’archipel, l’autre concept-clé auquel Mathieu se réfère est celui de stigmergie (qui a la même racine que stigmate : la marque). Ce concept a été forgé à partir de l’observation des insectes sociaux, qui coordonnent leurs actions grâce aux marques odorantes déposées dans leur environnement. C’est ainsi que, sans coordination centralisée, les abeilles parviennent à construire collectivement des rayons de cire parfaitement réguliers et les termites à construire d’énormes termitières. « Chaque termite ramasse un peu de boue autour de lui, y incorporant des phéromones, et la dépose par terre, peut-on lire sur l’entrée « stigmergie » de Wikipedia. Comme les termites sont attirés par l’odeur, ils déposent plus souvent leur paquet là où d’autres l’ont déjà déposé, ce qui forme des piliers, des arches, des tunnels et des chambres. »

Transposé au domaine des organisations, ce mode de coordination décentralisé se présente comme un modèle alternatif, tant au modèle hiérarchique qu’au modèle collaboratif(6). Il a fait ses preuves dans le domaine des grands systèmes informatiques, avec pour emblème la conception du système d’exploitation Linux dans les années 1990. C’est aussi, pour une bonne part, le mode de fonctionnement de l’encyclopédie collaborative en ligne Wikipedia(7).

Cela fonctionne grosso modo de la façon suivante : quelqu’un a une idée et commence à la développer. N’importe qui peut venir collaborer à ce développement si ça l’intéresse, formant ainsi un premier groupe de travail. Mais quelqu’un d’autre peut aussi, parallèlement, reprendre le travail où il en est et en faire autre chose, formant ainsi l’embryon d’un autre groupe. L’une des règles est l’absence de rétention d’information : chaque participant met ses résultats à disposition de tous les autres. Des résultats qui pourront à leur tour être repris par d’autres et ainsi de suite. Autre règle : pour que cela fonctionne bien, chacun doit se sentir reconnu pour sa participation. A titre d’exemple, on trouve sur Wikipedia, à chaque entrée, un onglet « Voir l’historique » où apparaissent les contributions de chaque rédacteur.

Comme pour les termites, les fourmis ou les abeilles, il y a au cœur de la stigmergie un mécanisme très simple : « une trace laissée par une action dans l’environnement stimule l’accomplissement de l’action suivante »(8).

Mais quel rapport avec l’archipel des collectifs ?

Quand les îles produisent des traces

Mathieu pense que le rôle du projet Oasis est de « créer des liens entre les lieux collectifs, de donner la parole aux gens et de documenter tout ça pour laisser des traces, qui sont rendues disponibles pour que d’autres puissent s’en servir. »

C’est donc notamment sur le mode de la stigmergie que les îles (les collectifs et leurs territoires respectifs) communiqueraient entre elles. Grâce aux « traces » produites par chacune, l’archipel s’auto-organiserait. Ou tout du moins le besoin de coordination centralisée pour « relier des lieux si différents » serait moindre. Concrètement, la communication prendrait la forme d’activités assez simples : « échanger des bonnes pratiques et des formations, circuler d’un lieu à l’autre, faire des choses ensemble ». Des itinérances et des échanges qui ont pour la plupart déjà cours spontanément et que le projet Oasis a pour vocation de favoriser.

Des actions plus centralisées ne sont pas exclues pour autant. Le projet Oasis utilise ainsi sa position privilégiée pour promouvoir des recherches d’intérêt commun, portant sur un grand nombre de lieux. Une étude en cours concerne par exemple la capacité relationnelle, c’est-à-dire la qualité du lien social que génèrent les projets collectifs.

Les limites du modèle de l’archipel

Le modèle de l’archipel auto-organisé dépend du nombre, de la durée et de la qualité des échanges entre collectifs et de ces collectifs avec leur territoire. Sa mise en œuvre repose donc sur la disponibilité des participants, malheureusement souvent très limitée. Chaque collectif est déjà, en soi, un univers en construction permanente, qui absorbe énormément de temps et d’énergie de ses membres. C’est le revers de la créativité du collectif et de la diversité de l’archipel : il reste souvent peu de temps pour les échanges entre projets. Pas sûr, dans ces conditions, que la stigmergie soit en mesure de faire émerger des projets complexes sur le mode de l’auto-organisation spontanée.

Le modèle mis en avant par les Oasis pose aussi question dans la mesure où il semble faire l’impasse sur des questions politiques importantes, comme celle des rapports de pouvoir ou celle des inégalités au sein la société. Mathieu considère que les Oasis doivent former un « réseau non idéologique » le plus large possible et insiste sur le pouvoir transformateur des relations personnelles et de l’expérience : « Les idées divisent alors que le concret rapproche. Je peux faire un potager avec des gens du Rassemblement national. Il faut débattre mais c’est une conséquence du changement, pas sa cause. » Une conception du changement ancrée dans l’individu, dans la lignée de celle de Pierre Rabhi.

Pour conclure sa longue enquête sur les divers types de « défricheurs » désireux de « changer de vie ici et maintenant », le journaliste Eric Dupin décide en avril 2014 d’avoir un long entretien avec Pierre Rabhi, « de loin, la référence la plus répandue chez ceux (…) rencontrés au cours de cette enquête »(9). Au terme de la conversation avec le fondateur des Colibris, Eric Dupin se sent « à la fois réjoui et soucieux. ». D’un côté, « il est peu fréquent de rencontrer un véritable sage (...) capable d’articuler avec cohérence sa parole et ses actes et, par la même, de contribuer efficacement au changement du monde ». De l’autre, il estime que « cette force s’accompagne d’une réelle faiblesse : Pierre refuse obstinément de se poser la question des moyens politiques. (…) Sa conception du changement est fondée sur des conversions individuelles stimulées par l’exemplarité des démarches alternatives. Pour le reste, il parie sur la crise écologique pour que le système s’écroule de lui-même et laisse la place à une toute autre logique sociale ».

Cette conception du changement semble toujours de mise au sein du projet Oasis, avec peut-être une évolution puisque Mathieu valorise l’engagement dans le jeu électoral municipal et évoque même vaguement « le municipalisme », une approche politique qui propose elle-aussi de réinventer la société par le bas(10).  

Cette frilosité vis-à-vis du politique est très présente au sein des collectifs utopiques et, au-delà, dans toute la mouvance alternative qu’Eric Dupin a exploré lors de son enquête. Outre le « noyau radical » qui vit dans des collectifs, ceux qu’il nomme « défricheurs »  sont également tous ceux qui, « sans être en rupture franche avec la société, interviennent sur ses marges et à rebours de sa logique dominante. Ceux-là œuvrent dans l’économie sociale et solidaire, les circuits de consommation courts, l’agriculture vraiment biologique, l’habitat partagé ou encore l’éducation populaire »(11). Après avoir sillonné la France à leur rencontre, il constate que l’immense majorité est « très éloignée de la sphère politique » et dit avoir été frappé par le fait que beaucoup d’entre eux « s’abstiennent volontairement de lire les journaux » (12).

A la fin du livre qui rend compte de son enquête, Eric Dupin critique aussi le « changement par les îlots » en se fondant sur le profil sociologique et la distribution géographique de ces défricheurs. D’une part, leur monde « reste atypique par rapport à l’ensemble de la société française » (13). Il s’agit selon lui de « personnes souvent issues des classes moyennes, pas forcément argentées mais dotées d’un haut niveau culturel ». D’autre part,  « Ces initiatives sont encore inégalement réparties sur le territoire national, avec une prédominance dans le sud et l’ouest du pays. C’est pour ces raisons que la thèse de l’essaimage et de l’imitation est très contestable. Les caractéristiques propres à cette mouvance rendent problématique la conversion de pans entiers de la société française, qui en sont trop éloignés pour être au contact de ces expériences. »

Et de conclure : « La théorie du changement par les îlots risque ainsi de n’aboutir qu’au grossissement d’une minorité qui adopterait une ‘vie saine‘. Mais demeurerait incapable de toucher le plus grand nombre ».

Ajoutons que, si le projet Oasis joue un rôle important de catalyseur de réseau et de rassemblement de collectifs sous sa bannière, son réseau ne regroupe pas pour autant l’ensemble des collectifs. Malgré sa volonté d’expansion, certains groupes auront toujours du mal à s’y reconnaitre. On n'imagine pas que des groupes aux positions politiques marquées comme la ZAD de Notre Dame des Landes ou les coopératives Longo Mai puissent devenir des oasis, pas plus que la centaine de communautés Emmaüs. D’autres conceptions du changement, prenant en compte les inégalités sociales et prônant l’engagement militant, voire même le rapport de force, existent donc parmi les collectifs.

 

DES COLLECTIFS NÉCESSAIRES AU CHANGEMENT MAIS PAS SUFFISANTS

Que ferait Vincent Jannot(14), co-fondateur du collectif de Vispens, s’il créait un nouveau groupe aujourd’hui ? Sa réponse est claire : « J’intégrerais dès le début la question de l’engagement politique, la résistance créative ». Car pour lui les lieux de vie collective sont « nécessaires pour montrer ce qu’il est possible de faire, mais pas suffisants. Il faut aussi une vision globale et transverse. ».

Démultiplier les expériences collectives et promouvoir un Etat social et écologique

Vincent émet les mêmes réserves qu’Eric Dupin vis-à-vis de la mouvance alternative : « On touche peu les milieux populaires, on est beaucoup entre ‘Blancs-Blancs’. En cas de crise, on est mieux préparés parce qu’on est en réseaux depuis longtemps, mais il faut une dynamique plus collective et là, je pense à un Etat social et écologique fort » pour que les besoins de tous soient pris en compte.

Fervent défenseur des services publics (« l’eau, l’électricité, l’éducation accessibles à tous »), Vincent souligne que la crise du coronavirus a clairement mis en évidence « le rôle de l’hôpital public et de l’Etat redistributeur ». Mais il réprouve énergiquement la politique actuelle : « Il faut une autre politique, anti-libérale. Je n’ai pas envie d’être positif, j’ai envie d’être négatif. Ce qui s’est passé dans les hôpitaux est une honte. Pour le ‘monde d’après’, je n’ai pas envie de donner un blanc-seing à ceux qui ont provoqué ça. On les connait, ça fait dix, vingt, trente ans qu’ils appliquent leur politique ! »

Quant on l’interroge sur le mouvement des Colibris (dont il a fait partie dans le passé), Vincent se fait volontiers provocateur : « Moi, si la forêt prend feu, je suis content de pouvoir appeler les pompiers ! » lance-t-il, moqueur, en allusion à la fable du colibri que Pierre Rabhi aime à raconter(15). Il estime aussi qu’en cas de crise majeure, les oasis et autres collectifs ne résisteraient pas longtemps : « Oui, on est plus résilients, mais il faut prendre en compte l’ensemble du pays, l’Europe, la population mondiale. Il faut des réponses collectives, sinon on aura besoin de mettre des miradors aux oasis parce qu’on ne pourra pas y accueillir tout le monde. »

Pour Vincent, bâtir des microsociétés expérimentales en marge de la société dominante n’est que l’une des faces de la transformation sociale ; l’action politique en est une autre, indissociable.

Réaménager les territoires ruraux et urbains

Vincent est directeur des programmes et partenariats de la Fédération nationale de Terre de Liens. Cette organisation originale bénéficie d’une forte base de bénévoles (le réseau associatif) mobilisés dans le but d’acquérir des terres agricoles (par le truchement de la foncière et de la fondation) pour les soustraire au marché et y installer des producteurs bio(16).

Fort de cette expérience du monde rural et de son vécu en collectif, Vincent pense qu’il va falloir « changer d’échelle, mettre en œuvre des actions sans les tester sur des niches, ne pas s’autolimiter. Les outils existent déjà, il n’y a pas besoin d’en inventer de nouveaux, mais il faut les diffuser plus. » Et pour mener à bien ce changement d’échelle, « il faut le soutien des citoyens mais aussi de la puissance publique ».

Plus précisément, Vincent souhaite que l’agriculture puisse « sortir à la fois de l’agro-industrie et des micro-fermes de niche ». Pour démontrer que c’est possible, il se fonde sur un outil de Terre de Liens appelé Parcel, permettant de calculer combien de producteurs pourraient être installés sur une surface déterminée. « A l’échelle du pays, on voit qu’une agriculture bio relocalisée permettrait d’installer 1,2 millions de paysans et paysannes ; deux à trois fois plus qu’aujourd’hui. On a la surface agricole pour ça (à condition qu’elle arrête de disparaître sous le béton), à la fois pour répondre à la demande et pour répondre aux enjeux sociaux et écologiquesOn a besoin de gens qui travaillent la terre pour être le plus autonome possible en aliments. Il faut donc vraiment changer d’échelle. »

Les actions à petite échelle sont, d’après Vincent, nettement insuffisantes. « Même l’association Terre de Liens, qui peut paraître grande, est toute petite. On a 250 fermes, on en achète trente ou quarante par an, mais il en disparaît 200 par semaine. Il faut donc qu’on passe à un changement radical, au sens de prendre le problème à la racine.» Pour lui, cela signifie que l’on ne peut faire l’impasse ni sur des politiques publiques de grande ampleur, ni sur des actes militants susceptibles de contrer les forces adverses.

Comment, par exemple, freiner la concentration de la production agricole dans des fermes de moins en moins nombreuses et de plus en plus grandes ? « On sait que 40% des agriculteurs vont partir à la retraite dans les dix ou vingt ans qui viennent. Il faudrait restructurer ces très grandes fermes, et accompagner des collectifs qui s’installeraient avec une agriculture plus écologique, plus localisée et avec des petites unités de transformation, qui permettraient à ces fermes de bien vivre. »

Si l’autonomie alimentaire est une préoccupation fréquente des collectifs, une autre question, celle de l’habitat écologique, est souvent la toute première à être soulevée. Partant de son expérience de l’habitat en écolieu et de la problématique du foncier qui est au cœur de Terre de Liens, Vincent imagine comment mieux vivre, à la campagne comme à la ville. « Avec l’association Relier et la Fondation de France Terre de Liens a fait une étude sur l’écohabitat social. Cela pose en fait la question de l’urbanisme : comment rendre les villes vivables, avec des espaces, de la lumière. Mais j’ai aussi envie que la campagne soit beaucoup plus vivante, qu’il y ait des universités, des services publics qui ne disparaissent pas les uns après les autres. Donc il faut les deux, une campagne plus vivante et une ville vivable, avec un gros travail à faire sur les loyers, sur les cœurs de ville et de bourgs, sinon les gens partent des centres ville et on bétonne les terres agricoles pour construire des logements pavillonnaires. La plupart des français aspirent à avoir une maison avec 2000 m2 autour et ça, ça n’est pas possible. Avoir des habitats partagés comme les nôtres permet de répondre en partie à cette question, en milieu rural mais aussi en milieu urbain. Les urbanistes pourraient travailler là-dessus. »

« Il faut donc un changement radical, à nous d’être acteurs de ce changement, mais il faut être plus nombreux. ». C’est bien le problème : comment dépasser les « il faut », incantatoires et traduire en actes le discours de Vincent ? Comment faire pour être « plus nombreux » à partager cette vision sociale et à y contribuer ? Les membres des collectifs eux-mêmes, chez qui le mot « Etat » suscite souvent de vives réactions et qui sont déjà bien occupés à changer leur monde, semblent peu enclins à changer le monde en pesant sur les politiques publiques.

 

LES COLLECTIFS UTOPIQUES ET LE "MONDE D’APRÈS"

Vers un « après » qui chante pour tous ?

Les microsociétés utopiques ne sont jamais coupées du monde. Si elles ont choisi de vivre en marge et si beaucoup sont en quête d’autonomie, elles sont aussi irrémédiablement insérées dans la « grande » société. Et bien qu’elles rejettent les valeurs de celle-ci, cette porosité entre les deux mondes contribue à leur pérennité : « quand ils travaillent à l’extérieur pour faire vivre la communauté, quand ils vendent leurs produits en suivant les règles du commerce traditionnel, quand ils se soumettent aux règles de l’Etat (…) les communards ne font pas que se compromettre avec la société mainstream, analyse le sociologue Michel Lallement. Ils en tirent aussi des ressources pour pouvoir, au quotidien, donner vie à leurs convictions et, en fabriquant de la sorte leur propre vie, hacker le monde qui les entoure. »(17)

C’est aussi grâce à cette porosité que ces collectifs contribuent à la transformation sociale au-delà de leurs frontières. Leur exemple inspire de nouveaux groupes à se former et à franchir le pas de la vie communautaire. Leurs valeurs et pratiques infusent lentement dans la société au travers de multiples échanges avec leur environnement. Parfois même, ils s’investissent dans la politique municipale. Plus rarement, ils développent, comme le fait le projet Tera, une stratégie de changement sur un territoire couvrant plusieurs communes.

Leur pouvoir de transformation sociale reste cependant à démontrer au-delà de l’échelle locale. Il n’est pas du tout certain que les collectifs représentent des points d’appui permettant de faire levier pour transformer la société dans son ensemble. L’archipel des collectifs existe bel et bien mais, au regard de cette ambition, le nombre d’îlots est encore faible et ils sont très inégalement répartis dans le pays. Sans compter que des forces contraires pourraient s’exprimer plus vivement en cas de changement d’échelle. Contrairement à l’image souriante souvent associée à « la transition vers une société plus résiliente », il est à craindre que si ce mouvement prenait vraiment de l’ampleur, cela ne se ferait sans doute pas sans opposition ni sans heurts. Il faudrait dans ce cas forger des alliances bien au-delà du niveau territorial, une hypothèse peu probable au vu du rejet du politique affiché dans l’archipel alternatif et de la disparité des îlots qui le composent. Les collectifs sont-ils alors condamnés à avoir une influence limitée et ne former que des espaces restreints de vie saine, auxquels la majorité ne pourra jamais prétendre ?

Eric Dupin conclut son enquête sur les défricheurs en se demandant quel « type de transition nous ferait passer d’un capitalisme gouverné par la finance à une écologie sociale »(18) ? Il distingue alors deux grandes conceptions du changement. D’un côté, « un processus régulier, presque naturel, de conversion des individus », comme le prônent Pierre Rabhi et ses nombreux adeptes. De l’autre, une démarche, plus rare, où « transformation sociale et transformation personnelle sont complémentaires », défendue par le philosophe Patrick Viveret, un partisan du « buen vivir » pour qui « l’horizon de la ‘joie de vivre’ doit être posé comme une ‘question politique’ ».

Conseiller à la Cour des comptes, essayiste altermondialiste, inspirateur des premières monnaies complémentaires en France, concepteur d’une méthode de « construction des désaccords », promoteur de convergences telles que le Collectif pour une transition citoyenne, Patrick Viveret est un homme éclectique qui se définit comme « passeur cueilleur ». Il est aussi signataire du second manifeste convivialiste publié en février 2020, juste avant la pandémie. Ce texte est le « résultat d’un travail qui réunit des intellectuels, mais aussi des activistes, des écrivains et des artistes, quelque 300 personnalités de 33 pays différents » et se veut « le manifeste d’une Internationale informelle naissante ». Cette démarche est à l’exact opposé de celle des collectifs utopiques : les auteurs proposent une analyse et des actions concernant d’emblée l’ensemble de la planète et qui, pour que la proposition devienne effective, devront être « largement crues et partagées ».

A l’inverse, les membres des collectifs sont des praticiens qui expérimentent en petits groupes et étendent lentement leur influence à leur environnement immédiat. Dans quelle mesure le dialogue entre ces deux postures, l’une réflexive et globale, l’autre pragmatique et locale, est-il possible ? Combien de collectifs seraient susceptibles d’adhérer à l’Internationale convivialiste au nom d’un « après » qui chanterait pour tous ?

Collectifs pandémiques en temps d'utopie

Les collectifs utopiques – où les valeurs de liberté, égalité, solidarité et créativité sont incarnées au quotidien comme nulle part ailleurs – sont de formidables espaces de questionnement et d’expérimentation pour cet « après ». Mis à l’épreuve en temps de pandémie, ceux que nous avons suivis ont rapidement retrouvé un équilibre permettant de préserver l’essentiel : rester « libres ensemble ». Et si la crise sanitaire du coronavirus a mis en lumière certaines de leurs fragilités, elle a d’abord fait ressortir leurs forces, en montrant notamment qu’ils savent débattre de problèmes complexes et inventer des réponses originales.

Mais est-ce que ce sera suffisant pour faire face aux autres crises – écologique, économique, politique, sociale – qui, avant même que la pandémie ne soit terminée, occupent déjà le devant de la scène ? Les collectifs utopiques pourront-ils maintenir et justifier longtemps leur îlot « résilient » au milieu d’un océan fortement houleux ?

On peut également se demander si le crédo du changement par la conversion personnelle qui contaminerait peu à peu l’ensemble de la société, ne serait pas un obstacle, voire un leurre permettant d’éviter de penser le monde dans sa complexité et sa globalité.

Les collectifs utopiques pourront-ils longtemps, comme celui du Mas Lafont, se contenter d’être un exemple inspirant ? Le projet Tera disposera-t-il de conditions suffisamment favorables pour mettre au point son modèle territorial dans les années qui viennent et pour le transmettre les années suivantes ? Le modèle de l’archipel des oasis et du réseau de territoires interconnectés pourra-t-il faire abstraction des fortes perturbations qui s’annoncent ? Et quelle force politique d’envergure serait susceptible à la fois de promouvoir l’Etat écologique et social que Vincent Jannot appelle de ses vœux et de créer un environnement favorable au développement des collectifs ?

A terme de cette enquête, nous ne pourrions apporter que des réponses très incertaines à ces questions. Si nous les posons, c’est plutôt pour inciter à approfondir la réflexion autour de l’ouverture des collectifs utopiques, au-delà des îlots déjà constitués. Une première piste à creuser serait de renforcer les interactions avec certains de leurs cousins de l’économie sociale et solidaire (coopératives et associations) et du mouvement municipaliste en plein essor, avec lesquels ils ont souvent des affinités de méthodes (de discussion et de prise de décision) et, parfois, de stratégie (de changement par le bas). Cela pourrait donner un élan et une envergure plus vaste au foisonnement de débats, d’idées et de solutions à l’œuvre dans ces laboratoires du futur.

 

REMERCIEMENTS

Un grand merci aux quatre interviewés, Augustin Baron-Vieillard, Julie Prêtre, Mathieu Labonne et Vincent Jannot, pour leur confiance et leur générosité dans le partage de leur riche expérience. Je leur dois l’essentiel de la substance de ce texte.

Je suis également profondément reconnaissant à David Jasmin, Eve Luquet et Sylvain Desmoulière, trois amis de cœur aux yeux de lynx, d’avoir accepté de réviser les articles. Je leur dois une bonne partie de la fluidité et de la cohérence du texte, mais aussi, par leur constant soutien, de l’élan qui m’a habité tout au long de cette enquête, dont l’idée a germé en plein confinement et qui s’est achevée deux mois plus tard.

 

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NOTES

(1) Michel Lallement. Un désir d’égalité. Vivre et travailler dans les communautés utopiques. Le Seuil, Paris. 2019 p.474-475. Résumé du livre ici et un passionnant entretien avec l’auteur sur France Culture, à propos de la communauté Twin Oaks, l’un des plus importants collectifs utopiques nord-américains.  

(2) Idem p.488

(3) Carl J. Guarneri, The Utopian Alternative: Fourierism In Nineteenth-Century America, Ithaca, Cornell University Press, 1991, Figure I p.416

(4) Eric Dupin, Les défricheurs. Voyage dans la France qui innove vraiment. La Découverte, Paris, 2014 p.228  Voir la table des matières ici, et une interview de l’auteur dans une vidéo de 53 minutes.

(5) Edouard Glissant, Traité du Tout-Monde, citation extraite du glossaire figurant sur le site Edouard Glissant, Une pensée archipélique, consulté le 2 juin 2020.

(6) Dans un article datant de 2012, Heather March compare les trois modèles. Le modèle hiérarchique y est décrit comme celui qui permet la coordination d’actions complexes à grande échelle, mais aussi celui où le groupe est contrôlé par un seul individu. Dans le modèle collaboratif, qu’elle considère inefficace pour des groupes supérieurs à 25 personnes, l’auteure affirme que l’inverse se produit : ce sont les individus qui sont contrôlés par le groupe. Elle présente alors le modèle stigmergique comme une troisième voie idéale, permettant la collaboration à grande échelle sans qu’il y ait besoin de coordination centrale par un quelconque chef d’orchestre.

(7) Ce modèle de coopération décentralisée ne s’applique pas uniquement au monde virtuel. Sylvain Desmoulière a par exemple montré sa pertinence pour modéliser les pratiques de manipulation de variétés de manioc par les paysans d’Amazonie !

(8) Voir Heather March ci-dessus.

(9) Eric Dupin, op. cit. p.224

(10) Encore faudrait-il savoir à quel type de municipalisme il est fait référence. Ce terme renvoie à des conceptions et des pratiques très différentes, des plus réformistes aux plus radicales : depuis les listes participatives aux dernières municipales en France jusqu’au municipalisme libertaire révolutionnaire de Murray Bookchin, en passant par le mouvement qui a inspiré des « villes rebelles » espagnoles comme Barcelone ou Madrid.

(11) Eric Dupin, op.cit. p.8

(12) Eric Dupin, op.cit. p.240

(13) Eric Dupin. op. cit. p.249

(14) Une partie du discours de Vincent Jannot est issue de la web-conférence Les collectifs ruraux en transition, organisée par l’Agora des Colibris le 8 avril 2020 et consultée sue le Web le 9 avril 2020.

(15) La fable du colibri dit qu’un jour la forêt pris feu et tous les animaux assistèrent impuissants à l’immense incendie. Seul le minuscule colibri s’en fut chercher un peu d’eau dans son bec et arrosa les flammes. Quand le tatou lui fit remarquer que c’était inutile, le colibri répondit : « Je sais, mais je fais ma part ».

(16) Ces installations sont le fait de producteurs, seuls ou en famille, mais aussi, de plus en plus, de collectifs. A tel point que le mouvement Terre de Liens a lancé une grande étude pour mieux connaître et accompagner ces groupes de producteurs.

(17) Michel Lallement, op. cit., p.529

(18) Eric Dupin, op. cit., p.270

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