FIFA : seul candidat, Infantino a été réélu malgré des soupçons

Ce 5 juin, Gianni Infantino a été réélu à la tête de la FIFA, lors d'un congrès organisé à Paris. Ce résultat n'est pas une surprise : le Suisse était le seul candidat, et il avait gagné la confiance de la plupart des fédérations, après des années de scandale. Mais s'il a tenté de redorer le blason de l'institution, la FIFA demeure une organisation opaque et certaines affaires le concernent.

Infantino a été réélu par acclamation, à Paris, le 5 juin. © AP Infantino a été réélu par acclamation, à Paris, le 5 juin. © AP
Ce n'était qu'une formalité. Lors du 69e congrès de la FIFA, le président de l'institution depuis 2015 Gianni Infantino a été réélu a main levée et par acclamation. Sans aucune surprise : le sortant était le seul candidat, après être parvenu à écarter ses maigres opposants. Et la scène était quelque peu ironique. Dans son discours, il a souligné "une nouvelle FIFA", débarrassée de la corruption. Tout en ayant un message clair envers ses détracteurs : "Merci à ceux qui m'aiment et à ceux qui ne m'aiment pas". Mais qu'il ne s'y trompe pas. Sa réélection met en lumière les limites du fonctionnement de l'organisme et sa transparence.

Le vote pour l'élection du président s'est fait de manière simple et rustique - pour ne pas dire soviétique -. A main levée, par acclamation dirons-nous. Une façon critiquée au sein même de la FIFA : il est ainsi facile de faire pression sur des fédérations qui n'auraient pas voté en faveur des désidératas du corps dirigent. Une répartition des votes entre fédérations que beaucoup questionnent également : aujourd'hui, chaque pays possède une voix, si bien que Saint-Kitts-et-Nevis ou le Lesotho valent autant que les Etats-Unis ou la France. Un système perméable à la corruption ; les fédérations moins aisées sont nombreuses et vont systématiquement dans le sens du grand manitou, du temps d'Infantino comme sous João Havelange ou Sepp Blatter, les dirigeants précédents.

Faire bonne figure

La réélection d'Infantino est d'autant plus logique que le Suisse s'est efforcé à améliorer l'image de l'organisme après le FIFA Gate. En 2015, avant son élection, des révélations sur des scandales (pots-de-vins, corruption, attribution controversée des Mondiaux 2018 en Russie et 2022 au Qatar) ont éclaboussé la FIFA, menant à l'exclusion de Sepp Blatter (président entre 1998 et 2015) par le Comité d'étique de l'instance. Plusieurs membres de la structure sont en attente d'être extradités aux Etats-Unis car soupçonnés d'avoir reçu 150 millions de dollars en pots-de-vins. Des 22 dirigeants qui ont participé au vote en 2010 lors de la décision des pays organisateurs des Coupes du monde 2018 et 2022, 18 ont été suspendus ou suspectés de conflit d'intérêts.

Mais se défaire de se scandale ne suffira pas à laver l'institution. D'anciens membres dénoncent le gouvernement d'Infantino, qui souhaiterait accaparer tout le pouvoir : "Je ne détecte aucune amélioration promise, a déclaré au Monde l'ancien président de la chambre de jugement de la Commission d'éthique de l'organisation, Hans-Joachim Ecker. Le Comité d'éthique n'est plus du tout indépendant, le secrétariat est sous contrôle. Ce seul élément signifie que ce n'est plus une garantie que le Comité d'éthique puisse décider librement, sans interférences, les enquêtes sur les mauvaises comportements. Avec le nouveau règlement, les employés ne sont plus autorisés à dire la moindre chose négative à propos de la FIFA. Il n’est pas clairement établi comment les employés peuvent rapporter de mauvaises conduites. La transparence annoncée dans tous les domaines n’est pas évidente."

Infantino était le seul candidat à sa réélection © AP Infantino était le seul candidat à sa réélection © AP

Panama Papers et Football Leaks

Malgré ce pouvoir absolu, d'autres éléments pourraient ternir l'image d'Infantino. Le 10 mai, la justice suisse a ouvert une "enquête disciplinaire" contre le Procureur suisse Michael Lauber, chargé du dossier du scandale de corruption à la FIFA. Lauber aurait rencontré secrètement Infantino. D'abord en avril 2016 puis en juin 2017. Des rencontres que Lauber n'a jamais mentionné lors de son audition auprès de l'autorité de surveillance du Parquet suisse. Ces réunions auraient d'ailleurs pu se faire grâce à Rinaldo Arnold, un ami d'enfance du président de l'organisme, aujourd'hui premier procureur du Haut-Valais, qui a reçu des billets pour la Coupe du Monde en Russie, de la part de l'instance du foot, selon des révélations du quotidien helvétique Zürcher Zeitung. En novembre 2018, les Football Leaks aussi ont levé le voile sur des soupçons de connivence entre les deux hommes.

Le nom d'Infantino a aussi été cité dans les Panama Papers qui ont révélé un contrat douteux de droits télés, signés par le président de la FIFA, lorsque celui-ci était directeur des affaires juridiques à l'UEFA, l'Union des associations européennes de foot. Jusqu'à présent, Infantino n'a pas été inquiété. "Aujourd'hui, il n'est plus possible de faire des choses qui ne sont pas éthiques. Nous savons où va chaque dollar". Malgré les révélations récentes, le Suisse paraît serein.

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