Coupe du Monde féminine: Ada Hegerberg, symbole de la lutte pour l'égalité des sexes

La Coupe du monde féminin qui débute ce vendredi 7 juin va se jouer sans la meilleure footballeuse du monde. La Norvégienne Ada Hegerberg, 23 ans, est en conflit avec sa fédération pour des raisons «sexistes». L'attaquante est devenue le symbole féministe de la lutte contre l'inégalité des sexes dans le foot. Au point de ne pas réaliser un rêve de petite fille, en ne disputant pas ce Mondial.

Ada Hegerberg a remporté le premier Ballon d'or féminin. © Reuters Ada Hegerberg a remporté le premier Ballon d'or féminin. © Reuters

Il faut s'imaginer une sélection argentine dans un Mondial sans Lionel Messi. C'est exactement ce qu'il va se passer en ce mois de juin, en France, avec la meilleure joueuse de la planète. Ada Hgerberg, qui a gagné le premier Ballon d'or féminin de l'histoire en décembre 2018, ne défendra pas les couleurs de la Norvège lors de la Coupe du monde - du 7 juin au 7 juillet -. Une décision qu'elle a prise elle-même. L'attaquante considère que sa Fédération ne s'investit pas assez dans la section féminine ; celle qui a inscrit 38 buts en 66 sélections a d'ailleurs refusé toutes les convocations depuis l'été 2017.

Une décision expliquée sur son compte Instagram, au moment de faire ce choix : "Si l'équipe nationale veut atteindre les objectifs et les résultats que l'encadrement a fixés, ça nécessite selon moi des améliorations dans plusieurs domaines, à la fois dans la planification, dans l'exécution et dans le suivi". En mars, elle s'est confiée au journal L'Equipe, regrettant qu'elle avait "du mal avec le fonctionnement amateur de notre système fédéral".

"Ada, est-ce que tu sais twerker ?”

Cette décision peut être considéré comme un caprice de "star". Mais Hegerberg demandait surtout plus d'égalité homme-femme, dans un sport où les joueurs travaillent dans de bien meilleures conditions que les joueuses (confort matériel comme économique). “Je veux appuyer l'égalité dans le jeu car je souhaite que tous, spécialement les filles, sachent que le football est pour eux." En décembre 2017, les capitaines des sélections masculine comme féminine se sont réunies pour sceller un accord dans lequel chaque équipe a finalement reçu 726 000 euros de salaires lors des convocations au cours de l'année 2018. Cependant, Ada Hegerberg n'est plus réapparut sous le maillot scandinave.

Autre avancée significative pour les femmes : le Ballon d'or. Le Trophée individuel - individualiste ? - qui récompense le meilleur joueur de la saison a enfin trouvé sa version féminine. Avec l'Olympique lyonnais, en plus d'avoir gagné tous les championnats possibles en France, Hegerberg a gagné quatre Ligues des champions, le trophée européen le plus important. C'est donc naturellement que la Norvégienne a été élue par ses paires et un conglomérat de journalistes sportifs.

Lors de la remise du Ballon d'or, le maître de cérémonie, Martin Solveig, a trouvé drôle de faire une blague sexiste : "Ada, est-ce que tu sais twerker ?" Solide sur ses appuis, l'attaquante ne s'est pas laissé impressionner en répondant d'un très sec "non". L'assemblée non plus, n'a pas vraiment rit. En refusant ces avances, Hegerberg a de nouveau porté l'étendard du féminisme. De nombreux acteurs l'ont soutenu, dont des joueurs de l'Equipe de France.

Ada Hegerberg a remporté le premier Ballon d'or féminin. Ada Hegerberg a remporté le premier Ballon d'or féminin.
Le Mondial 2019, un tournant décisif

Pour la joueuse de l'OL, la lutte pour l'égalité des genres semble valoir plus qu'une participation à un Mondial. "Ada est une femme libre, confie Mélissa Plaza, ex-collègue de la Norvégienne dans le Rhône. Je l'admire pour son féminisme. Elle s'assume totalement, et ne doute pas de ce qu'elle peut faire malgré son jeune âge. C'est pour ça qu'elle a pu grimper sur le toit du foot mondial : depuis qu'elle est toute petite, on lui a dit que tout était possible".

Aujourd'hui, les aficionados du football féminin sont convaincus que cette édition de la Coupe du monde sera un tournant pour son image et l'ouverture de ce sport aux femmes. Tandis que le Parc des Princes s'apprête à recevoir le match d'ouverture entre la France et la Corée du Sud, les membres de la FIFA, réunis lors d'un congrès à quelques kilomètres de là, organisaient leur première convention sur le football féminin. L'objectif a été fixé : arriver à 60 millions de joueuses en 2026.

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