Une commisssion "indépendante" constituée de "personnalités qualifiées"

Une commission "indépendante" composée de "personnalités qualifiées". ou Comment s'en débarrasser (de l'article 24 - ou du Parlement ) ?

Mesdames et messieurs les Députés de la majorité qui avez voté la loi sécurité globale...

Le Premier ministre vient d’annoncer qu’il confiait à un comité « indépendant » de personnalités « qualifiées », la réécriture de l’article 24 de la loi sécurité globale.
Tout de même, curieuses épithètes, ces adjectifs « indépendant » et « qualifié ».
Le parcours ordinaire de la loi, d’après les textes constitutionnels, passe en première lecture par l’Assemblée, puis par le Sénat et revient à l’Assemblée pour le vote définitif.
On ne peut que s’interroger sur ce détour opportuniste par un comité « indépendant » et« qualifié » qui serait appelé à modifier le texte pourtant voté en première instance et qui donc, se substituerait à l’Assemblée.
Voilà une convaincante preuve de l’estime de votre vote par l’autorité politique, Mesdames et messieurs les Députés de la majorité qui avez voté la loi sécurité globale. Le président de votre groupe a fait part de son « étonnement ». On connaît ses états de sevice,  mais c’est le moins que l’on puisse faire, même si l’on est habitué aux sinuosités. Certains, dans vos rangs, pourtant en ordre, d’ordinaire, sous sa houlette, s’indignent ; d’autres parlent d’ « insulte » au Parlement.C’est vous fédérer un peu artistement ceux qui ont voté contre la loi et qui peuvent vous inviter à vous interroger avec une certaine ironie. Et la minorité déjà « indépendante » de 10 députés LRM qui, parmi vous, se sont opposés à ce texte auraient-ils finalement eu raison de le faire avec clairvoyance ?
L’annonce du premier ministre, fin philologue, vous invite à vous intéresser à ces adjectifs si banals en apparence : « indépendant » et « qualifié ».
Est-ce souligner la dépendance et le manque de qualification ? Faut-il à « qualifié » opposer « dis-qualifié » ou « inqualifiable?
Certains des ténors de la majorité semblent découvrir la portée véritable de leur voix et la considération dont ils jouissent ; plutôt que de pousser des cris d’orfraie sans lendemain, ils pourraient se demander comment retrouver leur « indépendance », et comment rendre à l’Assemblée, sa « qualité » de chambre d’expression - et de contrôle des emballements de l’exécutif.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.