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Billet de blog 3 nov. 2020

LE MARCHÉ DE L’ART CONTEMPORAIN SERAIT-IL IMMUNISÉ CONTRE LA COVID?

Depuis 7 mois, les acteurs du marché de l’art adaptent leurs activités aux contraintes de la crise sanitaire. À l’heure où plusieurs foires sont annulées et des galeries forcées d’accélérer leurs mutations numériques, des signaux font entrevoir le reflet d’un marché qui résiste avec acharnement à la Covid 19.

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Brice Marden à l'espace d'exposition Daros © ©Kendall Starr


Le pretium doloris

En 2019, une baisse de 5% du chiffre d’affaires des acteurs du marché était considérée comme un inquiétant problème. 

Le rapport Art Basel, concernant l’impact de la Covid-19, fait état d’une baisse de 30 à 50% en valeur de vente sur le marché de l’art pour 2020. Mais cela, faut-il le préciser, concerne seulement l’hypothèse d’un état sanitaire et économique plus favorable dès l’été 2020.  

Au premier semestre 2020, les galeries ont perdu 36% en valeur de vente par rapport à la même période en 2019. 

Pour les galeries plus petites, la situation est plus dramatique!  On note en effet une chute de 39% chez celles dont le chiffre d’affaires est inférieur à 213.000 euros, et une chute de 47% chez celles dont le chiffre d’affaires est compris entre 213.000 et 426.000 euros. 

Ce sont ces dernières qui ont été contraintes de procéder à une réduction drastique de leur effectif allant jusqu’à 38%. 

Le rapport du site Artnet News est plus alarmant encore!

Il conclut à un effondrement de 54,1% des ventes publiques d’art contemporain et d’art d’après-guerre, au premier semestre 2020, sur la base des résultats de 449 maisons de ventes.

 Face à la deuxième vague de la pandémie, notamment en Europe, et au spectre du re-confinement, il est fort à parier que la baisse sera encore plus importante à la fin de l’année.

La plupart des petites galeries sont en danger! 

Leurs chiffres d’affaires sont souvent « boostés » par les foires qui représentent 30 à 80% de leurs revenus. L’annulation de la plupart de ces foires, et la raréfaction des ventes en galerie, n’arrangent pas la situation. 

Dans ce contexte, il est à craindre en France la fermeture d’un tiers des petites galeries. Celles qui se sont lancées dans une digitalisation de leurs activités pourraient néanmoins résister à la crise. 

L’internet au secours du marché...

Le confinement a contraint les acteurs du marché à recourir à la dématérialisation de leurs offres et des transactions.

En Mars 2020, Art Basel crée la résistance en lançant une version en ligne de sa foire de Hong Kong. 250.000 visiteurs y participèrent, contre 88.000 en 2019.

Cette solution adoptée par Frieze et Art Basel est une réponse proportionnelle et pleine de promesses pour la survie du marché dans le contexte actuel.

Les maisons d’enchères se sont aussi mises au diapason des ventes en ligne...

Christie’s et Sotheby’s réalisent depuis quelques années des ventes exclusivement en ligne. Elles avaient donc déjà une clientèle de confiance habituée à ces modes de transactions. 

Ces ventes aux enchères ont progressé de 25% depuis le début de l’épidémie.

Toutefois, il faut noter une réticence des collectionneurs à acquérir en ligne des oeuvres de plus de 50.000 euros. Pendant le confinement, la plupart des oeuvres vendues en ligne Chez Lelong ne dépassèrent pas la barre des 60.000 euros.

Des records! 

Encore des records ...malgré la COVID-19

Les ventes liées aux oeuvres de Brice Marden, Bansky, Eddie Martinez et Matthew Wong symbolisent le bouclier de résistance du marché de l’art contemporain face à la Covid-19. 

Les résultats des ventes de ces artistes montrent une dynamique du marché que la crise ne semble pas ébranler.

Au cours de la vente spectaculaire de Christie’s en juillet 2020, le tableau abstrait “Compléments”, de l’artiste américain Brice Marden, a été adjugé à 26.346.000 euros . 

Ce résultat hisse cet octogénaire au classement des 10 artistes vivants les plus performants du marché.

De son côté, Eddie Martinez continue de susciter l’intérêt des collectionneurs. 53 de ces oeuvres dont deux à plus de 420.000 euros ont déjà été vendues depuis le début de l’année.

En ce qui concerne Bansky, plus rien n’arrête sa croissance. De janvier 2020 à ce jour, il a réalisé aux ventes aux enchères un chiffre d’affaires de 36.490.000 euros . 550 oeuvres de ce « street » artiste ont été vendues cette année dans les maisons de ventes.

L’artiste Matthew Wong, quant à lui, est sans doute cette année,  l’un des recordmen du marché. Ce peintre autodidacte, salué par la critique, s’est suicidé en octobre 2019, à seulement 35 ans.

On serait tenté de faire un lien entre ce tragique événement et les résultats époustouflants de ses ventes. 

Son tableau “The Realm of Appearance” de  2018, estimée entre 51.000 euros et 68.000 euros chez Sotheby's, a  été adjugé 1.551.800 euros en juin dernier. 

Le 7 octobre 2020, chez Christie's, l’artiste confirme sa croissance  par la vente de son tableau “Shangri-La”, peint en 2017, pour 3.811.000 euros. La semaine dernière, il a affolé les compteurs chez Sotheby’s avec la vente de l’œuvre Dialogue estimée entre 170.000 et 258.000 euros et vendue 1.456.000 euros.

Les investissements artistiques résistent!

La Covid-19 ne semble pas dissuader les investisseurs artistiques. Ils continuent à manifester leurs présences lors des ventes aux enchères. 

Les résultats des ventes des toiles «Season Chery» de Yayoi Kusama, et «Laddies In The Grass» de Geneviève Figgis illustrent bien cela.

Peint en 1978, « Season Chery »avait été vendue chez Sotheby’s à 8.500 euros en 2011, avant d'être adjugée en juillet 2020 à 90.500 euros.

« Ladies In The Grass », toile réalisée en 2015 a, pour sa part, été vendue en 2019 chez Christie’s New York à 15.900 euros avant d’être acquise en juillet 2020 à 206.000 chez Christie’s Hong Kong.

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