Réveillons la gauche, et vite !

A gauche, il faut siffler la fin de la récréation. Pour faire revenir la gauche sur le devant de la scène, reconquérir les esprits et le pouvoir, c’est un long combat qui nous attend. Nous devons, en tant que citoyen de gauche, faire pression pour sortir de cette logique fratricide et se mettre -enfin- tous autour d’une table jusqu’à trouver un consensus.

Abécédaire pour que la gauche se relève

L’idée d’une société plus égalitaire et émancipatrice n’est pas menacée : elle resurgira, d’une manière ou d’une autre, au gré des crises et des prises de conscience collectives et ce tant que le capitalisme subsistera.

En revanche, sa mise en œuvre concrète à court et moyen terme en France est en danger de mort.

L’image de la gauche dans l’opinion Française est catastrophique, ce qui est le résultat de plus d’une décennie d’influence des esprits par la droite (conservatrice ou libérale), par une extrême droite ayant pris beaucoup de place sur le terrain de la métapolitique, par une gauche déboussolée qui a beaucoup déçu -parfois même trahis- et par des intérêts privés qui investissent le champ médiatique pour stériliser nos revendications et conditionner l’opinion. Nous avons perdu la bataille culturelle, préalable à toute transformation de la société.

Les états-majors des partis de gauche doivent être actuellement sur le pont pour élaborer une stratégie pour donner suite à ces derniers résultats catastrophiques. A tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de gauche : nous ne devons plus leur laisser le choix.

L’heure n’est plus à l’inventaire ni à la distribution des bons ou mauvais points aux appareils et aux personnalités de la gauche Française. Il faut faire table rase des 2 décennies qui viennent de s’écouler car l’heure est à l’action et cela devient critique, notre seule obsession doit être celle de rebâtir une dynamique de gauche qui fait consensus avec tous ceux qui ont à cœur de poursuivre le combat en mettant de côté leurs ambitions et égos, quel que soit leur histoire personnelle, leur cheminement et leur courant de pensée.

Pour faire revenir la gauche sur le devant de la scène, reconquérir les esprits et finalement le pouvoir, c’est un long combat qui nous attend et qui commence par remettre tous les appareils à plat. Nous devons, en tant que citoyens de gauche, faire pression pour sortir de cette logique fratricide et se mettre -enfin- tous autour d’une table jusqu’à trouver un consensus.

Il faut en finir avec les vœux pieux et les négociations qui ne débouchent sur rien.

C’est pour cela que je vous propose modestement cette charte, sous forme d’abécédaire, qui reprend et survol les idées et thèmes clefs que j’ai pu identifier et qui pourrait constituer une base de réflexion sur le vocabulaire et la pensée de cette gauche réunifiée et déterminée. Cette charte est aussi une pétition que je vous invite à signer et qui est destinée à tous les partis de gauche ainsi qu’aux associations et ONG qui partagent nos combats.

Nombre de nos compatriotes sont dans la souffrance, dans l’humiliation, dans l’angoisse de leur avenir et les perspectives s’annoncent sombres : la précarisation est galopante et les libéraux espèrent l’épuisement de notre résistance pour passer à la vitesse supérieure sur la casse du code du travail, les privatisations et déréglementations, l’appauvrissement de nos services publics.

Notre État-providence, construit patiemment par nos aïeux sur des décennies et au prix de nombreuses luttes, est menacé de toute part quand il n’est pas bradé à des intérêts privés ou étrangers.

A gauche, il faut siffler la fin de la récréation.

 

Adversaires

La gauche est parfois accusée de haïr les riches, de détester la réussite ou d’en être jalouse. On pointe du doigt les belles âmes humanistes tout en suspectant qu’entre un dirigeant du CAC 40 et un militant de gauche, ce qui les sépare est une simple question d'opportunités et de talent.

Ce type de réflexion vient du fait que la gauche ne nomme pas toujours clairement ses adversaires et se fourvoie parfois à jeter l’opprobre sur des individus en particulier ou sur une classe sociale en tant que somme d’individualités plutôt que sur le système qui produit cette structuration.

En effet, la gauche ne doit pas se placer sur le plan de la morale pour décréter que tel individu est vertueux et tel autre est une ordure, car ce serait laisser penser que le libre arbitre à quelque à voir là-dedans ce qui n’est absolument pas le sujet : le monde économique est un monde concurrentiel et impitoyable qui ne laisse aucune place au pas de côté pour ses agents qui de leur côté ne cherchent que leurs intérêts bien compris.

Ce n’est donc pas Monsieur X le problème, s’il part ce sera Madame Y et tout recommencera éternellement. Monsieur X agit comme il le fait car il n’a pas le choix, il n’est pas seul sur son marché et ses concurrents guettent le moindre faux pas pour lui prendre des parts de marché. Et à la place de Monsieur X, j’en ferais sans doute tout autant pour m’enrichir et gâter les miens, inutile de lui jeter l’opprobre. Tous les hommes recherchent leur bien-être ici-bas.

Nous ne devons pas nous disperser dans des considérations morales et philosophiques car encore une fois, ce n’est pas le sujet.

Nous devons accepter cet état de fait, nous ne sommes pas une gauche révolutionnaire qui veut abattre le capitalisme et créer un homme nouveau, cette question n’est clairement plus à l’ordre du jour.

Tant qu’un agent économique ne transgresse pas les lois, nous ne devons pas l’attaquer sur ce qu’il fait et sur ce qu’il est. Chacun reste juge de sa morale individuelle mais il n’est pas question de l’utiliser comme argument, cela finit toujours par se retourner contre nous-même.

L’adversaire de la gauche, ce sont les systèmes qui font exploser les inégalités, qui imposent des carcans aux individus, qui les mettent à genoux, ne les respectent plus, qui détruisent l’écosystème et la société.

L’adversaire de la gauche, c’est cette tendance généralisée vers le laisser-faire et la dérégulation qui conduit inévitablement les agents économiques à agir comme s’il n’y avait pas une société tout autour d’eux et un avenir commun à préserver.

L’adversaire de la gauche, c’est cette destruction de tous les progrès sociaux acquis de longue lutte par des appétits prédateurs jamais rassasiés qui nous font retourner 1 siècle en arrière.

L’adversaire de la gauche, c’est l’atomisation des individus réduits à leurs seuls rôles de producteur et de consommateur, et la mort du lien social, du vivre-ensemble.

Il faut traiter ces problèmes à la racine et, en tant que gauche démocratique du XXIème siècle, le faire dans le cadre de nos institutions : nous amendons, nous encadrons et nous régulons.

 

Alliances

Aucune alliance avec LREM, Les Républicains ou toute autre structure politique qui ne fait pas partie de ce commun. Les tambouilles électorales, c’est terminé. On gagne sur un programme ou on perd sur celui-ci mais on ne se compromet plus au risque de dérouter son électorat sur le long terme.

 

Business

La gauche n’est pas l’ennemie du business, elle encourage même chaque acteur économique à se développer au maximum de son potentiel et à créer de la valeur. Il ne faut cependant pas attendre du business la justice, le progrès ou l'émancipation. Une entreprise n'est pas là pour rendre heureux ses salariés, ni pour servir la communauté nationale, ni pour satisfaire ses clients. Une entreprise ou une société est une organisation conçue pour accumuler de la valeur, c’est son seul but et l’ultime raison qui guidera l’ensemble de ses choix.

Quoiqu'on essaie de faire croire, quel que soit la dose d'éthique, d’écologie ou de modernité qu’un dirigeant (ou un service marketing) affiche, elles sont toutes soumises aux mêmes impératifs. Tout ce qu'on considère comme allant dans le bon sens en ce qui concerne le business n'est jamais que ce qu'on appelle les externalités positives, c'est à dire une conséquence involontaire qui est bénéfique pour la société. Quand Google instaure la cantine gratuite, les salles et terrains de sport ou encore les conciergeries et crèches, ce n’est que dans l’optique d’obtenir une présence et une productivité accrue de leurs salariés sur leur lieu de travail. Ce n’est pas une nouveauté du capitalisme, les mineurs du nord de la France avaient quasiment les mêmes commodités à disposition en leur temps.

Prendre le business pour autre chose que cela, c’est être les éternels cocus et aller de déceptions en déceptions. Il faut par exemple en finir avec le mythe qu'une entreprise ait pour vocation de créer de l'emploi, quand elle n'a besoin que de ressources supplémentaires.

C'est au pouvoir exécutif élu démocratiquement d'encadrer cette liberté dans les activités économiques, imposer les limites nécessaires et avoir la vision de l'intérêt général (du commun) et du long terme.

Il doit pour cela s'appuyer sur le législateur qui fait appliquer la loi. Ce n'est que dans ce cadre que de vrais progrès peuvent être obtenus pour les citoyens.

Un message doit être lancé au monde économique : la gauche n’est pas votre ennemie, elle souhaite évidemment la croissance et le développement des entreprises Françaises mais l’Etat reste l’arbitre et prendra toujours les décisions en fonction de l’intérêt général (ou commun) des citoyens.

Une bataille culturelle doit en outre être menée pour décorréler le travail du salariat. Il faut que le salariat soit envisagé sous l’angle contractuel du business : un accord entre deux agents économiques basé sur un lien de subordination dont chaque partie retire un intérêt.

La valeur travail est donc hors sujet lorsqu’on aborde le salariat, il faut matraquer ce message car une intense confusion a été instillé dans les esprits par la droite, pour faire accepter des conditions toujours plus précaires et toujours plus délétères pour les salariés (travail le dimanche, monitoring du moindre fait et geste, etc.) en les parant de vertus morales là où il n’y a que recherche du profit.

Au business nous disons : créez de la valeur, c’est votre job et respectez les règles que nous érigeons pour avoir une société harmonieuse et de long terme.

Pour la gauche, le business et la croissance ne sont pas une fin en soit, c’est l’un des moyens pour assurer aux citoyens le bien-être et l’accomplissement, qui ne doit pas être réservé à un sous-groupe de citoyens mais profiter au commun.

 

Compétitivité

L’obsession de la compétitivité est sans fin et n’amène qu’au délitement de la société et à l’effondrement de notre tissu économique, dans le seul but d’optimiser toujours plus les bénéfices d’acteurs économiques devenus hors sol, mondialisés et pratiquant l’évasion fiscale à très grande échelle.

Jamais nous ne pourrons nous rapprocher de la compétitivité des économies émergentes, quand l’emploi n’est pas purement et simplement robotisé. Il n’est question ni d’abaisser nos standards de vie, ni de détruire tout ce que nos aïeux ont patiemment bâtit sur plusieurs décennies (services publics, institutions, code du travail, etc.), ni de plier face aux chantages à l’emploi ou aux pressions des agents économiques.

En tant que formation de gauche, nous refusons absolument de sacrifier une génération ou une partie de la population pour en faire des salariés sous-payés et précarisés, comme cela est hélas le cas dans nombre de pays occidentaux, qui ont une vitalité reposant sur la souffrance d’une partie grandissante de leurs compatriotes au seul bénéfice d’un autre groupe social. C’est la guerre de tous contre tous.

Nous ne glorifions pas l’ubérisation de l’emploi ni les mini-jobs, qui masquent des situations préoccupantes pour l’ensemble de la société et ne correspondent à aucune vision du long terme.

Nous savons aussi que les premières victimes de cette spirale nihiliste sont nos propres entreprises, qui n’ont pas la possibilité de lutter à armes égales.

Il est temps que l’Etat ait une vision claire et ferme de l’intérêt de ses citoyens et de ses entreprises dans leur ensemble, et ce pour chaque décision prise. Il faut réarmer l’Etat en lui donnant de nouveaux moyens dans l’inspection du travail, dans l’inspection des impôts et dans la lutte contre l’évasion fiscale. Se reporter à ce sujet à la Fiscalité et au Protectionnisme de ce présent abécédaire.

L’Etat, ses fonctionnaires et ses élus ne doivent plus être la merci des pressions exercées par les acteurs économiques et leurs lobbies mais ne répondre que des citoyens et de leurs intérêts.

 

Consensus

Un consensus demande des concessions, l’idéal et l’absolu n’existant pas. Il faut que chaque formation de gauche ait cela en tête pour ne pas connaître revers sur revers. Il faut se mettre d’accord sur les sujets essentiels et laisser les sujets périphériques / secondaires (sociétaux notamment) de côté.

Chaque formation a une sensibilité différente qu’il n’est pas question de dissoudre mais notre objectif est de gouverner pour transformer et non de s’écharper sur des détails ou sur qui est la vraie gauche, en laissant une autoroute à nos adversaires.

Le bilan de la gauche du XXIème siècle ne devra pas se résumer à des progrès sociétaux.

Une fois la gauche rassemblée, une fois le combat culturel entamé et le retour de la gauche aux manettes, il y aura du temps pour ces débats secondaires.

 

Corruption

Tout élu de gauche condamné par la justice ou ayant eu un conflit d’intérêt avéré (avec un lobby, un intérêt personnel, etc.) doit être révoqué et expulsé, sans aucune forme de bienveillance.

Quel que soit l’importance médiatique ou la popularité de cet individu, il faut en finir avec le laxisme consanguin que nous avons parfois copiés de la droite, cela donne une image consternante et injuste aux citoyens.

 

Déontologie

La garantie de l’emploi à vie que permet le fonctionnariat doit aller de pair avec le devoir de servir l’Etat et de protéger sa stratégie des intérêts privés.

Le président Macron, lors de son allocution télévisuelle du jeudi 25 avril 2019, a lancé sa décision au milieu d’un long monologue de mettre fin aux grands corps de la fonction publique et a fait part de sa volonté qu’il y ait plus de passerelles entre les pouvoir publics et le privé.

C’est une nouvelle menace pour l’Etat-providence qui devra être combattue ardemment par la gauche, voir à ce propos l’entrée « Fiscalité » de cet abécédaire.

Il faut être très vigilant lorsqu’un fonctionnaire entre en disponibilité ou démissionne de son poste pour rejoindre une entreprise privée. Une commission de déontologie doit absolument enquêter méticuleusement, d’autant plus si cette entreprise évolue dans son champ d’action ou qu’elle soit susceptible d’obtenir par ce recrutement des informations stratégiques sur les politiques publiques ou encore si le fonctionnaire a été en contact avec l’un des salariés présents ou passés de cette entreprise durant ses missions.

Ça n’est pas qu’une simple question de conflits d’intérêts, c’est aussi une question d’intelligence économique et du respect de la démocratie : un fonctionnaire qui divulguerait des informations sensibles sur la marche de l’Etat au profit d’intérêts privés trahirait la confiance qui lui est accordé par les citoyens.

 

Diagnostic

Toute la gauche, de la plus modérée à la plus radicale doit faire un diagnostic franc et précis du capitalisme/libéralisme économique et mettre en avant ses conséquences néfastes sur l’ensemble de la société, ses contradictions ainsi que ses bienfaits.

Il faut développer un travail métapolitique et le diffuser en optant pour les nouveaux formats de communication, avec une pédagogie efficace. Il faut donc encourager les penseurs, les économistes, les philosophes, les vulgarisateurs et tous ceux qui font de la transmission.

En résumé, faire de l’éducation populaire à destination d’une grande échelle, comme ce qui est déjà entreprit (et avec talent) sur un public plus confidentiel actuellement.

C’est à partir d’un constat sans concession que les consciences peuvent s’éveiller, c’est un combat culturel qui doit déboucher sur des propositions réalistes et atteignables dans le respect des institutions et du droit.

 

Ecologie

La protection de l’environnement est un enjeu majeur, tout le monde en convient aujourd’hui, cependant il ne doit être ni dépolitisé ni isolé des autres enjeux.

La gauche n’est pas monothématique : c’est une vision profonde et puissante de l’émancipation humaine que l’on souhaite universelle, au contraire des libéraux qui ne veulent l’octroyer que pour ceux qu’ils estiment méritants ou dignes (nous savons que c’est une fable : les hommes ne sont pas égaux pour de multiples facteurs dont il n’est pas question ici de développer : génétiques, sociaux, culturels, d’héritages, déterministes, de hasard, etc.).

L’écologie doit donc être considérée sous cet angle plus vaste et ne pas devenir un totem se suffisant à lui-même, elle ne doit viser que cette émancipation et prendre en compte les aspirations égalitaires par la réforme de l’organisation économique.

L’écologie ne doit pas se limiter à un nouveau mode de vie en vogue (un « lifestyle ») éphémère ni à une religion dogmatique qui s’éloigne des vrais enjeux. Faire des progrès dans ce domaine va demander de se heurter à des intérêts colossaux qui emploieront les meilleurs talents du marché pour contrer tout ce que la puissance publique voudra mettre en pratique.

Seule une gauche puissante et rassemblée peut avoir le poids politique dans ces bras de fer qui vont émailler les prochaines décennies. La gauche doit également rester très méfiante envers les courants politiques qui ne mettent en avant que leur vision écologique sans être au clair sur les sujets économiques et sur les conséquences anticipées sur le libre marché.

 

Fiscalité

La fiscalité est probablement la thématique sur laquelle la gauche a le plus perdu de terrain ces dernières décennies et qu’il va falloir vivement reconquérir.

A peu près tous les pouvoirs actuels (politiques, médiatiques, économiques), qui sont étroitement interconnectés et poursuivent donc les mêmes intérêts communs, sont ligués dans un seul but : détruire l’Etat-providence.

Pour de multiples raisons idéologiques et d’intérêts car il lui reproche de réguler le marché, de fausser la concurrence, de priver les intérêts privés de pans entiers de l’économie et de leur imposer des contributions à la société.

L’Etat-providence (c’est-à-dire les services publics, la sécurité sociale, le code du travail, les allocations chômages, les allocations familiales, etc.) est le mode d’organisation de notre République, permettant à chaque citoyen d’être en sécurité et de bénéficier d’une redistribution des richesses sous forme de prestations sociales et de services.

L’Etat-providence n’existe que parce que l’impôt existe, c’est même la raison d’être de l’imposition qui est une mutualisation des moyens pour ce projet de société. Mais alors d’où vient ce malaise généralisé vis-à-vis de l’imposition auprès des citoyens ?

Se posait un problème aux intérêts privés et à leurs alliés idéologiques/politiques (les libéraux à l’assemblée, les éditorialistes sur les plateaux) : vouloir détruire frontalement les services publics, c’est se heurter à des résistances puissantes et profondes venant de la majorité de la société. C’était une impasse évidente.

Reste alors le « soft power » qui est ici une guerre idéologique : pour pouvoir déliter progressivement l’Etat-providence, il faut l’asphyxier et qu’y a-t-il de plus habile que de convaincre les premiers concernés à réclamer indirectement cette asphyxie, sans même qu’ils en aient conscience ?

D’où l’acharnement médiatique à parler de charges plutôt que de cotisations. D’impôts qui tuent les entreprises, qui grèvent la compétitivité. De pointer systématiquement du doigt taxes et impôts lorsqu’on parle de baisse du pouvoir d’achat. De ne montrer que les abus, que les anecdotes sur les usages déraisonnés des finances publiques avec des exemples spectaculaires. De stigmatiser les fonctionnaires qui seraient une armée de planqués fainéants et nantis.

20 ans de cette propagande et vous diffusez des réflexes mentaux dans toute une population.

Bien sûr, ce ne sont pas les citoyens qui bénéficieront de cette propagande, la baisse des impôts est avant tout destinée aux entreprises. Et, bien sûr, par entreprises n’entendez pas les TPE ou PME fragiles qui affrontent la concurrence mondiale, non, entendez les plus grands groupes via les mécaniques type CICE (40 milliards d’euro).

Pire encore, ce manque à gagner pour l’Etat-providence se répercute d’une part sur les citoyens qui voient certaines taxes et impôts augmenter et d’autre part sur la baisse des moyens alloués aux services publics qui commencent à être sérieusement sous pression.

Les médias reviennent donc à la charge : regardez à quel point ces services publics sont dysfonctionnels, les fonctionnaires n’en font pas assez, ces usines à gaz ne fonctionnent plus, votre argent est gaspillé et on vous en demande toujours plus !

Le pouvoir politique lâchera ici ou là quelques allègements de cotisations aux citoyens, comme la taxe d’habitation pour calmer les revendications et augmenter à la marge le pouvoir d’achat. Puis il expliquera que baisser plus encore les impôts demandera des efforts aux citoyens : travailler plus, baisser les services publics et privatiser. En résumé, de répondre aux attentes des intérêts privés.

A aucun moment ne sera évoqué la hausse du SMIC et des salaires.

A aucun moment ne seront évoqués les paradis fiscaux, l’évasion/l’optimisation fiscale, les multinationales qui pillent les Européens.

C’est au contribuable et au consommateur que cette propagande s’adresse et non au citoyen. C’est une spirale qui ne prendra fin que lorsque l’Etat-providence sera définitivement mort et que les impôts seront baissés au strict minimum pour financer l’Etat régalien : la police, la justice et l’armée.

La crise des gilets jaunes ne peut être plus explicite : elle a commencé par une révolte fiscale sur les taxes sur le carburant et, au fur & à mesure de la conscientisation et de l’éveil politique de ses participants, s’est terminée sur une demande d’une plus grande justice fiscale et un ressentiment contre les sociétés privatisées.

Endiguer ce déferlement de propagande sera l’un des combats majeurs à gauche dans les années à venir. Il faut rappeler l’histoire de l’Etat-providence, l’utilité des taxes et impôts, expliquer le piège dans lequel on veut nous faire tomber, revaloriser les services rendus par la sphère publique et la chance que nous avons de bénéficier de toutes ces structures.

Il faut également avoir un programme ferme sur ces questions pour en finir avec l’impunité dans le domaine fiscal et tous les moyens seront bons pour cela. Les intérêts privés ont les moyens de s’offrir les meilleurs experts de la fiscalité qui prennent de court les Etats en contournant et en optimisant les dispositifs mis en place, il faut donc pouvoir suivre et avoir toujours un coup d’avance en y mettant les moyens. Si des réglementations empêchent l’Etat d’agir concrètement (les traités Européens, par exemple), il faudra que l’Etat n’hésite pas à faire du name and shame envers les organisations privées et leurs représentants qui ne respectent pas les règles du jeu au mépris de toute la population et d’expliquer publiquement avec les moyens de l’Etat comment et pourquoi ils se comportent ainsi. Il faudra entraver sévèrement leur business jusqu’à ce qu’ils plient et il existe de nombreux leviers pour cela (par exemple la création d’un label mettant en avant les produits des entreprises les plus respectueuses du code du travail et du bien-être de leurs salariés). 

Enfin, l’outil fiscal est redoutable pour inciter le monde économique à respecter les décisions prises démocratiquement ou à le contraindre si ça n’est pas le cas : c’était le principe du « donnant-donnant » défendu dans le programme du Parti Socialiste aux élections présidentielles de 2007, on aurait tort de laisser aux oubliettes cette proposition qui peut être un levier puissant.

 

Flexisécurité

Si un programme de flexisécurité est envisagé, toutes les mesures de sécurité doivent être prévues pour être mises en place chronologiquement avant les mesures de flexibilité. C’est un engagement vital et indispensable pour ne pas reproduire les erreurs passées et qu’il ne reste plus que la flexibilité à l’arrivée comme c’est à chaque fois le cas.

La gauche se meurt de ces revirements pendant sa gouvernance, rien n’est plus dommageable à long terme pour la gauche que la déception qu’elle suscite lorsqu’elle est au pouvoir et se trahit. Soyons clairs : quand la gauche n’est pas prête, il ne faut pas qu’elle prenne le pouvoir.

 

Front républicain

En finir avec le front républicain : si la gauche n’est pas en position éligible durant une élection, elle ne doit donner aucune consigne voire appeler à voter blanc.

Nos adversaires (voire la gauche elle-même) jouent depuis des décennies avec ce réflexe en élaborant une stratégie perverse et dangereuse pour assurer leur élection : il n’est plus question de leur faire ce cadeau et de duper les électeurs, ce qui donne également du crédit à l’extrême droite en assimilant tous leurs opposants en tant que « système ».

Il faut faire comprendre aux autres formations politiques que ce filet de sécurité n’existe plus et qu’ils devront assumer les conséquences de leurs basses manœuvres politiciennes.

 

Gauchisme

Ecriture inclusive, LGBTQI, pratiques en non-mixité… toutes ces thématiques qui émergent ne sont pas dénuées d’intérêts mais elles clivent inutilement l’opinion française pour des sujets très secondaires voire franchement anecdotiques.

Cela dissipe l’énergie militante, divertit des vrais enjeux et est un repoussoir puissant dans l’opinion.

La gauche ne doit pas s’enfermer et se perdre dans des sujets sociétaux et expérimentaux, qui n’ont d’intérêt que pour une minorité très urbanisée de Français, souvent embarquée dans une croisade identitaire, virtuelle et provocatrice.

Nous avons suffisamment de pain sur la planche sur des sujets centraux où nous sommes et serons attendus.

Enfin, ne promettons jamais de lendemains qui chantent ou de réformes irréalistes. La complexité du monde doit nous appeler au réalisme et à la tempérance, la marche vers l’émancipation est fragile et il faut progresser pas à pas, en ayant l’ambition de l’idéal et la sagesse du réel.

La maxime populaire nous enseigne « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » : faisons la nôtre pour ne plus jamais décevoir.

 

Peuple

La gauche ne doit plus parler d’ouvriers ou de paysans, ce vocabulaire est daté et folklorique. Il n’est pas non plus question de s’appuyer sur un électorat urbain VS périphérique ou fonctionnaires VS salariés du privé.

La gauche doit revenir à ses bases : elle s’adresse aux citoyens, qu’ils soient salariés (dont les ouvriers), indépendants (dont les agriculteurs), fonctionnaires, retraités, étudiants ou sans emplois. Quelque soit leur religion, leur couleur de peau, leur opinion politique et philosophique.

C’est pour cette raison qu’il faut développer un concept que je nomme (temporairement, faute de mieux) « schizophrénie sociale » : chacun de nous est à la fois un agent économique (un salarié, un indépendant, etc.), un consommateur, un membre d’une famille, un contribuable, un amant/un époux, un parent, un voisin, un membre d’association… et un citoyen.

Tous nos rôles constituent les différents aspects de notre vie et nos interactions sociales, et ils ont des intérêts parfois similaires parfois totalement contradictoires, quasiment schizophréniques.

Le travail le dimanche est un exemple édifiant : en tant que consommateur, il est commode que les boutiques soient ouvertes le dimanche pour flâner ou dépanner (même si on n’en est pas convaincu à titre privé, on peut convenir que cela peut s’appliquer pour quelqu’un d’autre).

Mais en tant que membre de famille, qu’éventuellement de parent / d’époux et surtout de citoyen, on ne peut que constater la destruction du lien social que cela engendre. Combien de familles, de couples n’ont ainsi plus de temps sacralisé pour simplement se retrouver, profiter de la vie et se connaître. Les moments de sociabilité et de convivialité deviennent de plus en plus compliqués à maintenir dans ces conditions. Les individus deviennent atomisés, individualisés et isolés. Ce n’est pas un projet de société.

C’est pour cela que la gauche ne s’adresse pas ni aux consommateurs, ni aux agents économiques que nous sommes. Elle s’adresse à nous en tant que citoyen, qui comprend tous ces rôles à la fois.

Le travail est enfants de moins de 12 ans au 19ème siècle en Europe et aux Etats-Unis était profitable pour les agents économiques de l’époque car leur salaire était plus bas et leur résistance politique et syndicale inexistante. La démocratie a légiféré pour interdire cette pratique, progressivement et avec intelligence, en rendant notamment l’école obligatoire.

Nul doute que les industriels de l’époque ont alarmé la population sur les coûts de production qui allaient s’envoler et sur les prix qui augmenteraient massivement. Les populations d’alors n’ont pas pensé comme des consommateurs, ils ont pensé comme des citoyens.

Nous œuvrons pour un projet de société qui défend le vivre-ensemble et l’émancipation qui ne soit pas réservé à un groupe spécifique, à une corporation ou à un rôle social (ma liberté de consommateur contre ta liberté d’avoir une vie de famille).

Cette distinction est indispensable car la sémantique est une bataille culturelle.

 

Privatisation

La constitution doit être amendée pour que toute future privatisation soit soumise obligatoirement à référendum, le dernier mot sera donc toujours celui des citoyens.

De la même manière, les opérations importantes concernant les participations que l’Etat détient doivent être soumises de la même manière par référendum.

Ceci afin de graver dans le marbre ce principe démocratique : lorsqu’il s’agit du patrimoine des Français, ils décident de ce qu’il doit advenir.

 

Progrès

Le nouveau duo qu’a imposé la République en Marche sur tous les médias durant la campagne des Européennes 2019 opposerait progressistes (LREM) et nationalistes (RN). Ce qui fait bien l’affaire des deux intéressés : l’un voulant garder le pouvoir, l’autre cherchant à grenouiller le plus longtemps possible dans les institutions.

Il faut dénoncer systématiquement cette appropriation de l’idée de progrès par les libéraux, rappeler ce qu’est le progressisme et expliquer la différence fondamentale entre modernité et progrès.

Ce faux clivage et cette polarisation trompeuse doit être dénoncé comme tel et la gauche se doit de refuser de tomber dans le piège qui ne fait que l’affaiblir au bénéfice des libéraux et des nationalistes (voir « Front républicain »).

Enfin, le progrès ne doit pas donner l’impression d’être une décadence dans l’électorat plus conservateur, il faut pour cela accompagner les décisions, expliquer leurs contours et la vision émancipatrice qu’elles portent. La gauche a parfois joué de ces sujets (à défaut d’appliquer ses autres promesses) pour en faire, à dessein, des clivages qui desservent et créent de l’animosité envers les principaux bénéficiaires.

 

Protectionnisme

Contrairement à ce qu’affirme les représentants du Rassemblement National, ils n’ont jamais été à l’initiative idéologique du protectionnisme. Le plus ardant défenseur en est Jean-Pierre Chevènement, qui porte cette mesure depuis des décennies et cela au sein de la gauche.

C’est un enjeu majeur car notre projet émancipateur a une portée universelle, ce que nous ne souhaitons pas pour notre propre population nous ne le souhaitons pas non plus pour les autres.

Le protectionnisme permet de protéger notre Etat-providence, nos citoyens et nos entreprises d’une concurrence déloyale féroce qui ne recule devant aucune atteinte aux droits fondamentaux des individus et à l’environnement pour submerger l’Europe de productions qui remplacent, année après année, nos propres productions nationales.

Il n’est pas question de revenir sur le libre-échange, nous ne pourrions légalement pas le faire. Mais il faut mettre en place un système intelligent de bonus-malus qui peut reposer sur la fiscalité ou sur la communication auprès des citoyens.   

 

Sociétal

Les progrès sociétaux sont importants dans le projet politique d’émancipation que porte la gauche. De nombreuses avancées historiques sont à son crédit et nous pouvons nous en féliciter.

Hélas, lorsque la gauche de gouvernement renonce, ce sont bien souvent les seuls progrès à mettre à son actif. Ce sont aussi les moins ardus à obtenir, la résistance étant largement plus faible et éclatée sur le plan philosophico-morale que sur celui de l’intérêt économique.

 

Volontariat

Le volontariat n’existe pas dans le monde salarial. Le lien de subordination, l’un des 3 éléments qui caractérise un contrat de travail, le rend hors sujet dès l’origine. A partir de là, tout texte de loi qui y ferait référence doit être abrogé. Ce concept doit être banni de toute réglementation qui concerne le salariat.

 

 Par Dimitri, citoyen de 32 ans, père de 2 fillettes

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