Sous la VIe République, vive Hamon premier ministre !

A dix jours du premier tour de la présidentielle, le peuple de gauche a déjà entériné la défaite annoncée des deux candidats qui, jusqu'au bout, n'auront pas su faire l'unité espérée par beaucoup d'entre nous. Et pourtant, ne pourrait-on imaginer un contrat de gouvernement qui verrait, dans le cadre d'institutions rénovées, un Hamon premier ministre aux côtés d'un Mélenchon président ?

Je suis un électeur de gauche, un social-démocrate qui, depuis une bonne vingtaine d’années, a le plus souvent donné son suffrage aux Verts, autant par adhésion à un projet de société que par rejet d’un Parti socialiste louvoyant et souvent incapable de penser la complexité du réel et de proposer une politique progressiste en adéquation. Or, il se trouve que cette année, je me retrouve très largement dans le profil et surtout le programme du candidat qui a émergé de la primaire socialiste et auquel s’est rallié Yannick Jadot, le candidat d’EELV.

Benoît Hamon ne se contente pas de verdir son projet politique mais veut engager la France dans une véritable transition écologique qui suppose un ambitieux changement de paradigme de notre vision du bien-être et de notre conception de la croissance ; son idée d’un revenu universel vaut là encore surtout par le regard porté sur les mutations sociales et le rapport au travail, mais aussi par les perspectives que cette proposition ouvre en matière de relance et de financement de l’économie en dehors des circuits du prêt bancaire ; il ne fait pas de l’Europe un bouc-émissaire mais une chance pour que, au sein d’un ensemble pluriel riche de sa diversité, il soit possible de jouer sur des leviers puissants de développement, sur l’esprit de solidarité au fondement du projet européen, et enfin sur un élargissement de notre horizon démocratique, complémentaire des autres échelles de participation politique ; son rapport au monde repose sur une exigence éthique, ces valeurs européennes que nous semblons avoir oublié lorsque nous fermons la porte au nez des demandeurs d’asile, et les yeux devant le martyr des Syriens victimes bien davantage de leur dictateur maison que des fous de dieu de l’EI largement fabriqués par le premier ; son projet est aussi libéral, au sens politique du terme, et parie sur l’intelligence collective en prônant notamment une conception ouverte de la laïcité, la dépénalisation des drogues et une politique sécuritaire où la prison n’aurait plus pour vocation de fabriquer des délinquants.

Enfin, j’apprécie aussi cette façon d’afficher une certaine modestie, cette tentative paradoxale de rejeter la posture de l’homme providentiel, au contraire de Jean-Luc Mélenchon qui, lui, veut habiter la fonction et s’en trouve récompensé par les sondages. Tous deux veulent pourtant refonder nos institutions, nous faire enfin sortir de cette Ve République si infantilisante en remettant les citoyens en responsabilité (to empower dit-on en anglais) et faire de la France une démocratie à la fois « normale » et exigeante, conforme au modèle parlementaire dominant en Europe.

Malheureusement, cette candidature aux si nombreuses qualités semble promise à l’échec, les sondages reléguant le candidat Hamon à une possible cinquième place, derrière son alter-ego de la France insoumise à l’ego surdimensionné. Pour que la gauche ne disparaisse pas provisoirement du paysage politique, on crie au rassemblement des gauches, par-delà les différences, et la raison voudrait que le plus radical des deux s’efface au profit du plus consensuel, du moins en apparence. Mais mis à part le fait que les opinions sont devenues imprévisibles et que les courbes inversées des sondages semblent donner raison à Jean-Luc Mélenchon, n’y aurait-il pas une autre logique qui pourrait faire aboutir ce désir d’unité du peuple de gauche ? En effet, sous la VIe République promise par les deux candidats, le président devrait retrouver sa posture de chef d’Etat arbitre au-dessus de la mêlée, tandis que le premier ministre serait, au même titre que ses collègues européens, celui qui, à la tête de son gouvernement, mettrait en œuvre la politique défendue lors de la campagne électorale, non pas subordonné au président, mais avec un mandat du peuple. A condition d’adopter une stratégie de Front Populaire aux élections législatives sans faire montre de trop de sectarisme de la part des uns ou des autres, une combinaison Mélenchon à la présidence et Hamon à la tête du gouvernement ne pourrait-elle se muer en ticket gagnant ?  Etant donnée la volatilité des intentions de vote, il n’est pas encore trop tard pour espérer un sursaut salvateur.

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