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Billet de blog 27 sept. 2022

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Bérénice de Racine,Théâtre La Scala Paris, mise en scène Muriel Mayette –Holtz

Ce texte de 1670 reste d’une étonnante modernité et l‘alexandrin en est aussi un atout. La metteure en scène en a fait une musique faisant oublier le «  travail » de répétitions, prononciation, de diction des comédiens. Et pourtant, gérer le jeu avec l‘alexandrin, magnifique langue savante, n‘est pas chose aisée.

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Bérénice de Racine,Théâtre La Scala Paris, mise en scène Muriel Mayette –Holtz,  24 représentations exceptionnelles du 15 septembre au 12 octobre 2022, mardi au samedi 21h15, 17h 30 le dimanche, durée 1h 25. WWW.lascala-paris.fr, 13 Boulevard de Strasbourg 75010 Paris, tél : 01 40 03 44 30.

(c)

Revoir les classiques est toujours intéressant, a fortiori dans un nouveau théâtre qui débute sa cinquième saison avec une tragédie celle Bérénice de Racine, mise en scène de Muriel Mayotte-Holtz, actuelle directrice du Théâtre de Nice, CDN Côte d’Azur. Ce texte de 1670 reste d’une étonnante modernité et l‘alexandrin en est aussi un atout. La metteure en scène en a fait une musique faisant oublier le «  travail » de répétitions, prononciation, de diction des comédiens. Et pourtant, gérer le jeu avec l‘alexandrin, magnifique langue savante, n‘est pas chose aisée.

Titus, devenu empereur de Rome, aime Bérénice, une étrangère, qui l‘aime aussi. Le troisième personnage est Antiochus, ami de Titus amoureux fou lui aussi de Bérénice depuis cinq ans. On croirait du Shakespeare !

Des metteurs en scène se sont attelés à Bérénice qui traite des tourments amoureux  entre une femme étrangère et un empereur, dans un contexte guerrier, à Rome  : Vitez, Grüber, Planchon, Lassalle, Lambert Wilson, Celie Pauthe et Muriel Mayette-Holtz, cette dernière l‘avait précédemment créée en 2011 à la Comédie Française.

 C’est que la palette de sentiments, ses nuances exprimées en délicatesse, de la joie à la douleur jusqu‘à la gravité du rejet, les ressentis et questionnements des protagonistes offrent un exercice des plus intéressants pour un metteur en scène et pour les comédiens. Et Bérénice, le mythe,  est aussi une figure de femme détruite par un amour mis en balance avec le devoir, le pouvoir !

 S’agissant de la mise en scène réalisée au théâtre de la Scala, la metteure en scène a réuni Carole Bouquet dans le rôle-titre, Frédéric de Goldfiem est Titus et Jacky Ido a le rôle d’Antiochus, tous deux remarquables de retenue et de passion incarnent force et douceur en même temps. Titus demande à Antiochus de dire à Bérénice de partir dès le lendemain. Ce dernier, amoureux lui-même, peine à le lui dire.

« Je l ‘aime , je le fuis, Titus m ‘aime, il me quitte ».

 Ce qui apparaît nettement dans cette mise en scène est que les deux hommes du trio amoureux s’expriment de manière à faire sortir leur féminité, sur un registre plus physiquement sensible, je veux dire qu’elle apparaît de manière magistrale et à plusieurs reprises. Les solos de Titus avec sa parfaite diction, dans la voix des variations presqu’étouffées, des postures un genou à terre, la veste souvent à la main, posée sur le lit comme un sceptre, le corps à corps avec Antiochus, jeu et fausse lutte qui se termine sur le lit … Jacky Dio est terriblement sensuel et féminin : mise à part une chute au sol figurant son terrassement amoureux assez mal jouée, ou surjouée dans un râle excessif, sa voix, le tremblement de son corps fort et faible, ses déplacements, tout ceci met en avant la féminité des sentiments. Les deux amoureux sont transis, Bérénice ne le voit pas ! Elle ne voit que sa peine et son abandon. Sur Bérénice justement, il y a comme une faille, un manque de conviction, de féminité dans sa robe austère qui ne la met pas en valeur, cheveux tirés en arrière, sa voix qui se perd ou qui monte trop haut parfois. Elle semble réciter son texte, là où ses amoureux l‘incarnent, le vivent dans leur chair.

Bérénice ne se bat pas : pourtant cette reine de Palestine a trahi les siens, elle suit la camp adverse du triomphateur Titus par amour, elle devient une renégate. Installée à Rome, non seulement elle ne demande rien à Titus qui le reconnaît et le dit à Paulin,  elle se contente de l‘attendre, et lorsqu‘il lui avoue enfin qu‘il ne peut la garder auprès de lui, dans de derniers ébats, elle fait ses valises et part avant l‘échéance.

Elle ne se bat pas, elle est passive, n‘entend plus rien, reste sourde à l‘amour avoué d’Antiochus. Même la voix douce et avisée de sa suivante Phénice, ne parvient pas à la calmer. Titus a décidé : «  il ne s‘agit plus de vivre, il faut régner » ! Il a choisi le pouvoir et le devoir.

Il y a un retour de bâton sur Bérénice : elle a trahi, elle est trahie !

La scénographie, simple et efficace avec un lit large comme un fleuve pour seul mobilier, symbole de la relation entre Bérénice et Titus.

 Devant de grandes baies vitrées et par un savant jeu de lumière, on jurerait que surplombant l‘horizon, le regard Bérénice se perd au loin, cherchant une réponse, calmant son inquiétude.

 Certes personne ne meurt dans cette tragédie mais personne ne gagne. Les sentiments, la passion amoureuse ne laissent personne indemne.

 Un public attentif était porté par cette pièce créée avec sensibilité et modernité. Mention spéciale pour ce théâtre où l‘on est vraiment accueilli.

Distribution :

Bérénice    : Carole Bouquet

Titus            : Fréderic de Goldfiem

Antiochus    :  Jacky Ido

Paulin          : Augustion Bouchacourt

Phénice       : Eve Pereur

Mise en scène            : Muriel Mayette-Holtz

Décors et costumes    : Rudy Sabounghi

Musique originale     : Cyril Giroux

Lumière                     : François Thouret 

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