L'Être et la conscience d'être

Tout disparaît. Tout a une fin, y compris notre espèce. Ce qu'elle aura fait, ses grands hommes, ses livres, ses découvertes, ce qu'elle aura bâti. Tout disparaîtra. L'Univers a une fin. Mais en même temps, la fin suppose le commencement et donc l'Éternité.

L’Éternité, c'est la fin et le commencement, qui se transforment l'un dans l'autre, qui sont une seule et même chose, dans un entrelacement infini. Nous ne pouvons concevoir une chose sans fin, mais aussi nous ne pouvons la concevoir sans commencement. Là est Dieu, dans cette certitude, dans cette conscience. Ce point, où la fin est en même temps le commencement , où il n'y a plus ni fin ni commencement. Dans cette notion d'infini, qui s'impose à nous, comme une certitude, une impossibilité de penser autrement qu'une succession sans fin de commencements et de fins. Dans cette paix enfin trouvée contre la douleur des deux idées de fin et de commencement. L'absence d’Éternité est inconcevable pour notre conscience. D'où nous vient ce sentiment que l'Éternité est, qu'il est inconcevable qu'elle ne soit pas, cette impossibilité de concevoir le néant, si Dieu n'était pas. Si la conscience existe, c'est qu'elle est celle de la vie, c'est qu'elle est celle de la mort, c'est parce que la mort existe. Elle est alors source d'angoisse. Elle fait trembler le corps parce qu'il est vivant, au sens où il est concerné par la mort, où c'est lui qui disparaît avec la mort. Mais pourquoi suis-je conscient que je vais mourir? A quoi sert cette conscience si elle est aussi mortelle, si elle est destinée à disparaître avec ma mort? A quoi sert-elle puisqu'elle voit ma mort et qu'elle en est donc distincte? A me faire souffrir seulement? A me faire peur de la mort seulement? C'est donc qu'elle a un sens, une fonction, celle de dépasser les limites étroites de ce corps, de cette vie. Pourquoi avoir peur de la mort. Comment accepter sa propre mort.

 

Au fond, toute l'angoisse existentielle, est une manière, une voie pour essayer de comprendre l'être, et donc l'Etre. C'est une manière de trouver le chemin vers Dieu. Envisagée ainsi, l'idée de la mort n'est plus angoissante. Elle laisse la place à la paix et à la sérénité. Elle devient une issue, une porte de sortie de la vie. Un cadeau pour rejoindre Dieu. C'est ne pas avoir confiance en Dieu qu'avoir peur d'aller vers lui. La sérénité, c'est celle par rapport à la mort, il n'y en a pas d'autre. La mort est un passage vers Dieu, c'est le moyen d'arriver à Dieu, de le connaître, de le rejoindre. Sans Dieu, la vie n'a pas de sens. La mort n'a pas de sens. La mort n'a un sens que dans l'existence de Dieu ou alors elle est inutile. La conscience de la mort de même. Comment peut-il y avoir la conscience, celle de la vie, celle de la mort, et qu'elle ne soit pas aussi une conscience de Dieu. Comment la conscience d'être pourrait elle disparaître? Elle n'aurait alors aucun sens par le fait de disparaître, elle n'aurait pas de sens si elle ne s'accompagnait pas de la conscience de l'Éternité, c'est à dire de Dieu. Et si je crois en Dieu, ce n'est pas pour Lui, c'est pour moi. C'est la plus belle chose qu'il puisse me donner. Croire en Lui, le savoir, le savoir suprême, immanent, omniscient. Mais je ne m'adresse pas à Dieu pour le convaincre , ce qui n'aurait aucun sens, mais pour m'apaiser, pour le trouver, pour accepter la mort et donc le sens de la vie, la signification de la fin de la vie, de la fin de ce corps. Face à la mort, c'est ce corps qui me fait trembler, ou plutôt qui tremble, qui me torture parce que j'en fais tout entier moi, alors qu'il est aussi autre chose que moi. J'ai peur parce qu' il a peur, parce qu'il ne veut pas se détacher de moi, alors que je le regarde et que je sais qu'il est autre chose que moi, ou qu'il y a autre chose que lui. Lui aussi a besoin de mon âme pour vivre en paix, lui aussi me demande de recourir à mon âme.

 

Dieu est conscience. Il est la preuve de l'utilité de ma conscience, de sa nécessité. Le matérialisme ôte tout sens à la conscience puisqu'il accepte sa disparition et donc son inutilité. C'est ma conscience de Dieu qui donne un sens à ma conscience et donc à mon existence. Si c'est la matière qui est éternelle, comme le dit le matérialisme, pourquoi y aurait-il la conscience puisque la matière n'est pas consciente. La conscience serait donc "un stade d'organisation de la matière", une sorte de ricochet où la pensée se réfléchit pour revenir sur elle même et donc se penser pensée. Pourquoi ? Dans quel but? Pour quelle fonction, quelle utilité alors? Le matérialisme ne répond pas à cette question. Or, il faut bien que la conscience ait une utilité, permette de savoir quelque chose, d'être conscient de quelque chose. Conscient de la vie ? Il faudrait alors prouver que la conscience est nécessaire à la vie. Or celle ci peut exister sans conscience d'elle même, comme existent les pierres. En effet, dire que "la conscience est un certain degré d'organisation de la matière", c'est dire qu'il y a un moment au moins où la matière est inconsciente, quand elle n'est pas arrivée à ce degré d'organisation, ça n'est donc qu'éluder la question de cette évolution, de ce "degré d'organisation" et de sa signification, de son origine. Pour le matérialisme, la question "pourquoi j'existe", n'a pas de sens. Alors pourquoi cette question existe-t-elle ? Pourquoi cherche-t-on toute notre vie à donner un sens à notre existence? Pourquoi, justement, est ce la conscience qui organise toute la vie de l'humanité, conscience envers toutes les formes de vie, conscience envers nos semblables. Pourquoi la conscience est-elle au centre de notre vie? C'est grâce à la conscience que je suis, que je donne un sens à ma vie. Et c'est cette conscience que je suis qui m'amène à me poser la question du sens de la vie, et c'est elle aussi qui me conduit vers Dieu, en tant que sens donné à cette conscience. Et là mon angoisse n'est plus stérile, elle n'est plus simplement peur, elle est créative, elle est bonheur d'arriver à Dieu, de trouver une réponse à la question Pourquoi.

 

La Science ne peut résoudre la question de l'angoisse d'être, ou, comme on dit, la question métaphysique. Plus le Science progresse, plus elle élargit le champ de l'inconnu, plus elle approfondit la conscience de la limite de la connaissance. Elle a dés lors une fonction morale, celle de nous conduire à l'humilité, à la modestie puisque chaque connaissance acquise révèle encore plus la profondeur de ce que nous ne savons pas, et cela de façon infinie. Le mouvement de la connaissance scientifique ne repousse pas les limites de l'ignorance mais les approfondit, nous fait comprendre en réalité qu'elles n'ont pas de limites, qu'elles sont illimitées. Là aussi, de ce côté, sous cet angle, on atteint l'infini et la conscience de l'infini. En fait, fin et commencement, fini, infini, éternité, ne sont que les différentes faces, les différentes expressions de la conscience. Le savoir n'a pas de limite, mais le dire, c'est dire en même temps que l'ignorance n'en a pas aussi. Plus je sais, plus je sais que je ne sais pas. En cela, la Science, ce besoin inné, instinctif que nous avons de savoir, cette curiosité peut être un chemin vers Dieu, la recherche de Dieu. La Science ne répond pas à la question Pourquoi. La seule question qu'elle peut aborder, et qui donc l'intéresse, est la question Comment. Comment la vie se développe, comment les espèces ont évolué, comment l'Univers fonctionne, quelles sont les lois de la gravité etc..

 

Est-ce que moi est mon corps. Si c'est le cas, pourquoi mon corps m'est-il si étranger, pourquoi me fait-il souffrir, pourquoi m'échappe-t-il? Pourquoi est ce que je ne peux lui commander comme je le veux. Je me vois dans une glace et c'est toujours un étonnement. On peut dire bien sûr qu'on n'a jamais vu quelqu'un penser sans son corps, une conscience sans un corps. Mais il faudrait alors dire aussi qu'on peut voir un corps sans conscience, lorsqu'il est mort. C'est donc que le corps et la conscience peuvent se séparer, que l'un peut exister sans l'autre. Si le corps peut exister sans la conscience, pourquoi la conscience ne pourrait elle exister sans le corps.

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