Deux jours après

Quelques réflexions et remarques sur le désastre électoral du 8 Novembre 2016 aux Etats-Unis d'Amérique.

Il a été élu. Comme tant de gens il me faut digérer la nouvelle. Nouvelle qui relève plusb de l'inconcevable que de la catastrophe plus ou moins annoncée. J'ai beau écouter en boucle "American Band" de Drive-By Truckers ou "The Ashmore's store" de Michael Koppy j'en suis encore tremblant. Convoyant tout à l'heure une camionnette de location pour ce week-end j'avais du mal à dépasser le soixante à l'heure.

Pour nous remettre le cœur à l'endroit The Nation a eu la bonne idée de republier cette tribune de Toni Morrisson où elle évoque le lendemain de la réélection du petit Bush en 2004. Sous une magnifique photo et dans des circonstances différentes de celles d’ aujourd’hui elle nous exhorte a fuir l'apitoyement sur nous-même, la peur qui nous envahit et à parler pour ne pas succomber à la méchanceté  du monde.

Je cherche à mettre un peu d'ordre dans les informations et les réactions qui fusent de toutes parts. 

Où avons-nous raté quelque chose ?

L'ensemble de la presse et des commentateurs accable les sondeurs et les prévisionnistes. Que disent le chiffres ?

Comme toujours le riche travail ingrat de Michael McDonald fournit des données clairement présentées. 


VAP VEP Votes 2012 240 957 993 222 474 111 130 292 355 2016 251 107 404 231 556 622 131 741 500

VAP = Voter Age Population

VEP = Voter Eligible Population

On constate que les proportions entre population éligible et votants effectifs sont sensiblement égales. Un peu plus de votants par rapport à la population en âge de voter (0,56/0,58) en 2012 qu'en 2016 et la même chose pour les électeurs effectivement validés (0,52/0,24). La petite proportion de votants par rapport à la population totale constitue un des problèmes récurrents du système. Les commentaterus, Michael McDonald lui-même l'a écrit avant l'élection dans le Huffington Post attendaient une forte participation, plutôt de l'ordre de 135 millions. Tous avaient écrit, y compris moi, que l'élection se jouerait sur la participation. En voici une première confirmation. La participation n'a pas été catastrophique mais sans doute répartie de manière inattendue. On peut donc supposer une faiblesse de la mobilisation par la campagne Clinton et une mauvaise appréciation des méthodes, des moyens à mettre en oeuvre et des endroits où le faire.

Qu'est devenue la "coalition Obama" ?

Les principaux groupes sociaux censés apporter la victoire à Clinton ont-ils répondus ? Voici quelques détails de la composition de l'électorat en 2012 et 2016.


2012 2916 Blancs 72% 70% Noirs 13% 12% Hispaniques 10% 11% 18-29 ans 19% 19% Femmes seules 23% 23%

Alors que la population noire était censée indéfectiblement acquise aux Clinton (Bill et Hillary) et que cela avait marqué le début des primaires quand ses voix manquaient cruellement à Sanders elle ne s'est pas mobilisée cette fois comme elle l'avait fait pour Barack Obama. Et 2012 avait été en repli par rapport à 2008 et la  grande première du président noir. Mais la différence reste mineure.

Les différences se confirment si l'on examinent les scores respectifs des candidats dans les différents groupes.


Obama Clinton Noirs 96% 88% Hispaniques 71% 65% 18-29 ans 60% 55% Femmes seules 67% 62%

Clinton est systématiquement en retrait. Elle recueille un peu plus de voix que Trump. Les totaux devraient être finalement autour de 59 millions de voix pour Trump et près de 60 pour Clinton qui remporte certains états (Californie par exemple où les décomptes de votes par correspondance n'étaient pas terminés quand j'ai collecté les données).

Les chiffres globaux ne sont pas complètement scandaleux pour Clinton. La carte joue un rôle crucial. On s'y attendait, les états de la ceinture autrefois industrielle des grands lacs ont porté le coup fatal. Comment les sondages ne l'ont-il pas détecté ?

La question mérite probablement une réponse complexe mais une composante assez simple est rarement évoqué par les commentateurs qui préfèrent vouer aux gémonies les modèles et procédés sophistiqués des instituts de sondages. On peut d'abord remarquer que les résultats des sondages n'étaient pas si faux nationalement. Clinton a bien remporté une majorité de suffrages, peut-être de l'ordre de 1 % au décompte final. Ce sont donc les sondages dans les états qui sont en cause. Rappelons-nous les corrections opérées sur les données brutes recueillies par les collectes pour arriver à estimer les "votants probables", catégorie fétiche des sondeurs sur laquelle il fondent leurs évaluations. Les procédures de corrections sont en général basées sur deux indices : la question posée aux sondées de leur intention de vote et leur passé de votants. Dans le cas où un grand nombre d'électeurs auparavant abstentionnistes se rendent au bureau de vote on sait et on comprend que ces méthodes ne fonctionnent pas. Ce point suffit presque à expliquer le défaut de détection d'électeurs de Trump.

On a beaucoup raillé la campagne de Trump, sans organisation de terrain et, supposait-on, sans arme informatique d'analyse des données électorales. On savait quelle avait confié à une société peu connue, Cambridge Analytica, ces opérations. Ils ont eu le bon sens de ne pas faire de bruit autour. Les responsables ont raconté après l'élections qu'ils avaient bien observé l'évolution positive pour Trump dans les dix derniers jours : le déclin de la participation ds noirs, la montée relative de la participation des hispaniques et surtout la montée de la participation de la population blanche en particulier dans les états critiques (Ohio, Michigan, Wisconsin, Iowa). Ces états que la campagne Clinton a identifié tardivement comme en danger.

Tout cela permet de poser les questions politiques importantes. Dans le prochain billet.

 

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