RIC et Brexit

Le vote d'hier à la Chambre des Communes éclaire le débat français sur le référendum d'initiative citoyenne.

Après la défaite historique pour 'un Premier Ministre britannique hier les hypothèses sur la table se décantent.

La probabilité de nouvelles élections n'est pas très élevée et risquerait de ne pas fournir de solution avec une nouvelle majorité. Reste donc une fuite en avant qui ne résout rien avec le report de la date de mise en œuvre du Brexit qui ne fournirait pas autre chose qu'un nouveau délai de négociation sans apporter de nouvel éléments (autre que la peur panique du chaos). Et un nouveau référendum sur la sortie de l'Union Européenne.

Cette dernière hypothèse que très peu de parlementaires et de leaders politiques favorisent apparait comme une possible sortie "démocratique" de la crise actuelle. Est-ce vraiment le cas?

Les partisans du maintien dans l'Union espèrent au vu des sondages que cette nouvelle consultation donnerait un résultat inverse de celui de la première et règlerait définitivement la question. Évidemment les partisans de la sortie auront beau jeu de demander une autre référendum et de contester que le second ait plus de valeur que le premier.

Voilà de quoi nous faire réfléchir alors que le débat sur le référendum d'initiative citoyenne lancé par le mouvement des gilets jaunes émerge comme une des rares revendications unificatrices. J'ai maintes fois écrit ici et ailleurs que ce qui compte dans cette situation c'est le débat qui précède, et qui suit, la consultation. Le Brexit illustre ceci à merveille. Le référendum lancé comme un pari par David Cameron, qui s'en est retiré pour se réfugier dans des activités lucratives aussitôt après l'avoir perdu, n'a pas permis de déployer un débat de grande ampleur et mis en action des émotions. Le temps du débat politique serait-il différent du temps institutionnel procédural de l'organisation d'une consultation? La preuve est sous nos yeux. Plus de deux années ont permis aux britanniques de prendre la mesure des enjeux et de les discuter. La situation de l'opinion a changé. Un nouveau référendum aurait-il donc la légitimité que lui conférerait ce temps de maturation?

Pour autant apporterait-il une solution aux fracture qui divisent profondément le Royaume-Uni? Probablement pas car la question posée ne traite pas les problèmes de fond. La question des inégalités sociales, de la précarisation dans un pays dévasté par la désindustrialisation, les questions nationales, galloise, écossaise et même anglaise, jamais traitées au fond (les dévolutions de Tony Blair les ont au plus masquées) demeurent inchangées et alimentent toujours les haines.

Mais pouvons-nous profiter de cette expérience pour enrichir notre propre débat? Sans doute. Le temps du débat qui doit pénétrer la société pour être pertinent n'a aucune chance de correspondre à l'urgence politique et aux procédures institutionnelles qui imposeront toujours un cadre rigide et un tempo incapables de tenir compte de l'évolution réelle des esprits. Faut-il   pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain et condamner toutes tentative d'améliorer notre système politique? Assurément pas puisque nous souffrons d'un déficit majeur de débat dans l'ensemble de la société, rigidifiés que nous sommes par le fétichisme des élections à dates fixes supposées trancher sans appel tous les sujets. En plus de la possibilité de référendums nationaux la revitalisation du débat à partir des structures locales afin de maintenir la vigilance et la capacité de la population à intervenir en politique est indispensable. 

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