Pas après pas Robert Mueller avance ses pions

Avec une série d'inculpations de citoyens et organisations russes Robert Mueller affirme l'idée de l'ingérence et donne un répit peut-être trompeur à Donald Trump.

Le tumulte déclenché par la fusillade dans une école de Floride aurait pu faire passer au second plan les nouvelles de l'enquête de Robert Mueller sur l'ingérence russe dans les élections de 2016 aux États-Unis d'Amérique mais le sujet est trop brulant  et Donald Trump y est trop sensible.

L'annonce a de nouvelles inculpations a été faites par Rod Rosenstein, le vice-ministre de la Justice en charge du dossier au ministère puisque Jeff Sessions a du se défausser du fait de son implication personnelle. La présence de Rosenstein ne doit rien au hasard. Les rumeurs de son limogeage ou à tout le moins des envies de Donald Trump ne cessent de courir. 

Treize citoyens russes et trois organismes ont été inculpés dans un long document précisément rédigé par l'équipe Mueller. Les chefs d'accusation mentionnent des actions diverses dirigées contre Clinton y compris par des contacts avec des locaux. Mais il est bien précisé que ces complices  ont été involontaires. Il n'es a pas fallu plus à Donald Trump pour twitter "NO COLLUSION" et affirmer une fois de plus que toutes les enquêtes le blanchissent. Ses supporters évidemment vont encore plus loin.

Qu'en est-il ? 

Rosenstein a pris soin de ne pas écarter l'hypothèse de possibles futures accusations de complicité actives dans le futur. Le soulagement apporté au camp Trump ne trompe personne. Fidèle à sa manière Meuller plante les banderilles une après l'autre et tisse une toile qui entoure progressivement ses proies. L'annonce de ce jour a validé définitivement l'existence d'une ingérence russe, impliquant une agence officielle dans les élections de 2016 avec l'objectif de nuire à Hilary Clinton et empêcher son élection. Donald Trump est ses alliés ne pourront donc plus aussi facilement nier cette ingérence.. De même limoger Rod Rosenstein pourra difficilement ne  pas passer pour une tentative grossière d'obstruction à la justice. 

Par ailleurs on apprend que Mueller serait sur le point de passer un accord de collaboration avec Rich Gates, le collaborateur de Paul Manafort ancien chef de la campagne de Donald Trump. Il est peu probable que Le procureur spécial consente à cela sans que Gates ait des révélations importantes à lui apporter en échange de la clémence de la justice.

Ces accusations portent sur des agissements visant à fausser l'élection que Donald Trump a gagnée. Nous entrons dans un terrain délicat. L'autre versant supposé de l'enquête porte sur les soupçons d'obstruction postérieures à la prise de fonction du président. Ici le résultat même de l'élection pourrait être mis en question sans que ce cas soit clairement prévu par la Constitution et la jurisprudence. Ce n'est pas actuellement le cas.

En fin de compte Donald Trump peut faire le fier mais cela pourrait bien n'avoir qu'un temps. Si le Congrès changeait de majorité en Novembre (ce qui apparait de plus en plus improbable actuellement) le chemin vers la destitution deviendrait moins hypothétique. La véritable meance pour Trump serait plutôt à chercher dans le retour de Mitt Romney aux affaires politiques. Il est un des rares politiciens Républicains capables de reconstruire une coalition Républicaine sur des bases différentes et il a un modèle : celui de l'Utah. J'y reviendrai plus tard.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.