Une chose, entre autres, que Hollande n'a pas comprise.

De Sarkozy à Macron en passant par Hollande et Trump ce qui change : la capacité à se mettre en scène.

En 2012 j'ai accueilli avec sympathie l'affirmation du "président normal" formulée par François Hollande. Après l'interminable clip publicitaire sur les aventures matrimoniales du clown de Neuilly voilà qui sonnait reposant, populaire dans le meilleur sens, sans ostentation,. Normal ...

Étais-je fatigué ou simplement désireux de croire en ce président dont j'avais avalé à peu près tous les mensonges dont la réforme fiscale et la volonté de démocratisation de l'Union Européenne? Il disait vouloir et peut-être réellement voulait être un président normal, comme nous. Je l'ai cru et pourtant j'avais tout pour savoir que le naturel dans sa situation ne peut venir que de l'artifice mis en scène. J'ai marché quelques temps dans la comédie de la dédramatisation, de la simplicité de l'homme qui sortait de son domicile pour aller à l'Elysée comme je prenais le train pour aller au bureau. Il faisait tellement d'efforts pour ne rien cacher, montrer la vérité. Cela a duré à  peu près jusqu'au ridicule épisode du scooter.

 L'année dernière Donald Trump est venu nous rappeler l'omniprésence de la société du spectacle. Le candidat  anti-Hollande totalement artificiel dont toute la carrière s'est développée sous le regard du public et par le public. Tellement acteur qu'il ne peut se distancier du spectacle qu'il organise autour de lui. La gestuelle répétitive (mains, tête), les textes stéréotypés, le vocabulaire limité font partie d'une dramaturgie organisée même s'il est improbable qu'il  comprenne complètement ce qu'il fait. Elle a prouvé son efficacité dans la campagne, en particulier celle des primaires quand la scénographie mettait en situation scénique tous les candidats. Rappelez-vous la bouteille d'eau symbolisant la sueur de Macro Rubio dont John Oliver a dit qu'elle était objectivement drôle. Nous avons également vu cette dramaturgie à l'oeuvre lors des débats avec Hillary Clinton  Elle jouait sur le contenu du discours alors que lui continuait son show selon son instinct. Et ainsi chacun marquait des points dans son électorat.

En peu de jours depuis le second tour de l'élection présidentielle française les commentateurs de tous bord ont pu remarquer la volonté affirmée de Macron de ne rien laisser au hasard et de mettre en scène systématiquement ses apparitions et si possible même celle de ses ministres. Nous n'avons pas fini de constater combien Donald Trump et Emmanuel Macron sont les deux faces d'un même personnage. A la fois complètement opposés dans l'apparence immédiate, la réactivité et identiques dans la volonté de mettre en scène leur vie publique. Je n'ai regardé que quelques minutes de la parade d'investiture du 14 Mai. J'ai été frappé par le moment où rentrant à l'Elysée Macron dit "Je vais me changer". La scène se passe à l'intérieur du parvis de l'Elysée. Nous ne pouvons l'entendre que parce qu'il a voulu que les micros soient restés ouverts. Ce détail apparemment insignifiant nous apporte soudain toute cette proximité, cette normalité que Hollande a désespérément recherchée  toute la durée de son quinquennat par le dépouillement de l'apparat présidentiel.

Nous sommes prévenus. Ce quinquennat est déjà celui de l'esbroufe, de la mise en scène systématique et donc du mensonge. Sous ce rapport celui de Hollande n'était guère meilleur, seulement moins rusé.

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