Il faut mettre au crédit de Donald Trump que l'on ne s'ennuie pas depuis son arrivée. Par contre voir clair dans l’avalanche de nouvelles nécessite un effort certain. Les proclamations, signatures de décrets, tweets, photos et indiscrétions diverses se sont succédés sans laisser beaucoup de temps pour y réfléchir.
Le comportement de Donald Trump.
L' interprétations des actions du nouveau président diffère suivant les médias et même parfois suivant les auteurs au sein d'une même rédaction. Le spectre s'étend de ceux qui ne voient que la continuité de la folie du narcisse sans réflexion à ceux qui pensent déchiffrer des arrières-pensées tactiques élaborées. Je ne suis pas certain que les deux soient si contradictoires. Regardons un peu.
La mise en scène de Donald Trump à la Maison Blanche ne peut pas être un hasard. Le premier élément, noté par les commentateurs people plus que par les commentateurs politiques concerne la rapidité de la mise à jour de la décoration du palais. L'élément le plus remarqué se voit derrière le fauteuil présidentiel : les rideaux bordeaux de Barack Obama ont fait place à des rideaux dorés, pas de surprise. Par ailleurs la totalité de l'Aile Ouest semble avoir été passée au bulldozer trumpien et est décrite sur CNN comme "all gold evertyhing". Aussi anecdotique que cela puisse paraître il ne faut pas le négliger. Non seulement cela été fait et très rapidement mais cela sert de cadre à la publication des actions au moins symboliques de signature des décrets censés dans la vulgate trumpienne révolutionner le pays. Ces signatures méritent un regard. Contrairement aux habitudes Donald Trump prend soin de réaliser ces signatures devant une équipe de plusieurs personnes manifestement en pose admirative de leur patron. Il pose pendant la signature et prend soin de présenter ensuite au public par l'intermédiaire de la caméra qui filme, le document signé. Nous sommes devant une mise en scène télévisuelle, certes un peu désuète (je n'oserai pas écrire obsolète), mais très accentuée. Nous voici devant un président qui fait plus de spectacle que de politique ou de la politique par le spectacle. Mais peut-être la dimension politique est-elle secondaire passant après la satisfaction de son ego. La mise scène de l'action fait disparaître son motif (il pourrait signer n'importe quoi) pour ne plus donner à voir que son acteur. Le narcissisme du bonhomme nous étonnera jusqu'au dernier jour.
Ce narcissisme s'en encore donné libre cours à propos de la polémique particulièrement stupide sur le public présent lors de la cérémonie d'investiture. On sait que les médias dans leur majorité ont avec un malin plaisir montré côte à côte les photos de l'investiture de Trump et de celle d'Obama. La comparaison était sans appel. La foule apparaît bien plus clairsemée cette année. Les effets induits ont de quoi étonner. Ce sont d'abord les porte-paroles qui ont tenté de tourner autour du pot pour insinuer que la vérité pourrait avoir été maquillée par les méchants médias. Encore une fois le revanchard en chef a voulu montré qui est le chef. Il a ordonné au directeur du Service des Parcs de lui trouver des photos qui prouvent que lui Trump a gagné la bataille de la plus grande foule. Cette dernière démarche est sans doute la plus inquiétante et la plus significative de la déconnexion du président avec la réalité.
Le mur, l'immigration et le Mexique.
L'annonce renouvelée solennellement de la construction du mur joue un rôle symbolique essentiel pour Trump et ne dit rien dine la réalité des opérations ni de leur planification. La polémique sur le paiement par le Mexique est passée au second plan malgré les efforts provocateurs pour la relancer. Malgré tout il n'est pas certain que Trump y ait intérêt. Le coût même du mur est tout sauf certain. La fourchette des évaluation va de 12 à 50 milliards de dollars pour le seul mur sans prendre en compte les coûts annexes indispensables pour le rendre crédible : le personnel supplémentaire de la "Boarder Patrol", le prix des expropriations et des aides électroniques indispensables au fonctionnement. Crédible ne sigifie efficace. Les trafiquants utilisent déjà des tunnels et des drones pour passer au-dessous et au-dessus du mur. Les migrants passent en majorité avec des visas de tourisme et restent ensuite dans le pays. Par ailleurs on sait que l'immigration est en diminuation permanente depuis une dizaine d'années et que le solde courant est actuellement négatif : plus de gens retournent au Mexique que d'immigrants entrent aux Etats-Unis d'Amérique. Les éléments géographiques, relief, nature du sol , font de plus peser des contraintes physiques et légales encore mal évaluées.
Quand on s'intéresse aux bébéficiaires potentiels de l'opération apparait quelque chose que Donald Trump s'est bien gardé d'annoncer : les entreprises mexicaines pourraient être les grandes gagnantes. Pour les 6 à 9 Milliards de ciment à fournir elles sont notablement bien placées. de même pour la main d'oeuvre. L'acier et la logistique devraient être à l'avantage des entreprises du nord.
Après une rencontre avec les élus Républicains Trump a fait annoncer par son porte-parole des droits de douane de 20 % sur les importations mexicaines comme le moyen de payer le mur avant de faire machine arrière. Outre que cette mesure fait de longue date partie d'un ensemble de mesures du plan Républicain de baisse de l'impôts sur le sociétés sous le nom d'"ajustement frontalier" (couplée avec tout un dispositif complexe de déductions fiscales) elle ne fait pas payer les mexicains mais bien les consommateurs des Etats-Unis d'Amérique. Donald Trump dispose de deux avantages dans le bras de fer avec le Mexique : la capacité de son économie à faire pression sur celle du Mexique et le besoin d'allié du président mexicain. Enrique Pena Nieto est très impopulaire. La rodomontade de l'annulation du rendez-vous avec Trump ne l'a pas empêché de prendre le téléphone pour lui parler. Le Mur trumpien a été vécu comme une offense nationale par le peuple mexicain. Pena Nieto est donc pris dans une tenaille infernale. Il doit se montrer à son peuple comme digne défenseur de l'honneur du pays mais doit compter sur Trump pour l'aider.
La démonstration a continué avec le décret sur l'immigration très vraisembablement inspiré directement par Stephen Bannon et ses conséquences nationales et internationales. Quelques heures après la signature du décret la mosquée du Texas à Victoria a été incendiée, signe avant-coureur de l'attentat de Québec et sans doute d'autres à venir.
Les réactions d'opposition auront eu un effet inattendu. Les Démocrates du Sénat qui participent en commission aux confirmations des ministres proposés par le président étaient jusque là bien timides. Cela étonnait pas mal de gens vu l'opposition et même l'obstruction systématique pratiquée par les Républicains sous Obama. Même Elizabeth Warren et Bernie Sanders avaient voté les confirmations sans se faire trop prier. Leurs explications, basées sur la nécessité de préparer un avenir de dialogue bi-partisan ne tenaient pas vraiment vu la situation. Il a fallu que l'opinion les rappelle à l'ordre. Ceci nous rappelle combien le renouvellement du personnel politique et du Parti Démocrate en particulier sera important. Les cycles politiques sont courts, à la base deux ans entre deux élections parlementaires, quatre entre deux élections présidentielles. En 2004 la Convention Démocrate avait servi de rampe de lancement à Barack Obama pour sa candidature lors de l'élection suivante. Les circonstances privent les Démocrates de cette opportunité. Il faut donc se placer dès que possible. Les débats parlementaires sans doute acharnés fourniront des occasions mais les mouvements de masse également. Par exemple l'intervention de Kamala Harris, nouvelle Sénatrice de Californie, lors de la marche des femmes à Washington a pu être remarquée. Malheureusement Debbie Wasserman-Schulz, ex-présidente du parti, clintonienne de choc et grande amie des banques était aussi là, bien en vue (la blonde bouclée à droite sur la vidéo du LA Times).
Et maintenant.
Il y a deux lignes de pouvoir à Washington plutôt que deux lignes au pouvoir. Les majorités des deux chambre s'activent à traduire en lois la ligne Républicaine réactionnaire classique, anti-féministe, néo-libérale qui s'incarne au plus haut niveau en Mike Pence. La ligne d'extrême-droite, autoritaire et raciste, volontiers protectioniste vient du président et deStephen Bannon qui lui parle à l'oreille.
La voix officcielle de la Maison Blanche, le porte-parole Sean Spicer se comporte pour l'instant comme la fidèle voix de son maître même quand il s'agit de rapporter des énormités clairement fausses. Il est ainsi lié. Au contraire Kellyane Conway devenue conseillère continue à tenir à l'occasion le rôle de porte-parole personnel de Donald Trump qui était le sien pendant la campagne. Et quand il s'agit de mettre les points sur les I Stpehen Bannon concède un entretien téléphonique. Ajoutons qu'en une semaine Donald Trump a signé devant les caméras au moins un décret par jour et donné deux entretiens télévisés à CNN et son ami Sean Hannity de Fox News en plus d'un discours à la CIA abondamment repercuté. Il n'est pas certain que la présdidence Trump puisse maintenir une telle intensité de communication qui lui est nécessaire pour maintenir l'attention de l'opinion et l'adhésion de sa base.
Entre la ligne trumpienne et la ligne Républicaine une course est engagée. Les Républicains ont pris en marche le train Trump au prix pour certains, comme Paul Ryan ou Ted Cruz, de reniements honteux autant qu'éhontés. Ils y voient l'occasion de faire passer en force et rapidement des éléments clès de leur programme, par exemple les baissses d'impôts, la diminution du périmètre du gouvernement fédéral, l'interdiction de l'avortement, la fin de la lutte contre le réchauffement. Cette conjoncture a pour avantage secondaire de réunifier superficiellement les factions tea-party, droite chrétienne et Républicain orthodoxes. Cela passe par un ensemble de mesures parfois inattendues. Par exemple la cession des Parcs nationaux fédéraux aux états qui est dans les tuyaux induit plusieurs effets : baisse de revenus du gouvernement fédéral, baisse de la protection environnementale, possibilité de laisser l'industrie pétrolière et gazière mettre ces terres en coupe réglée. Une fois l'essentiel de ces mesures passées et la Cour Suprême équilibrée très à droite par la nomination que Trump doit annoncer cette semaine les Républicains n'auront plus besoin de Donald Trump. Mike Pence présente tous les avantages comme président de remplacement. Il appartient à la frange la plus rétrograde de la droite chrétienne. Il n'est pas une personnalité de premier plan.
Donc si l'on doit faire des prévisions sur la fin prématurée de la présidence Trump il ne faut sans doute pas parier sur la destitution ("impeachment") que les offoiciels Démocrates appellent de leurs voeux. L'utilisation du vingt-cinquième amendement par l'establishment Républicain me semble bien plus probable.
Plus que jamais à suivre ...