La résistance d’un lycée qui est tout sauf un ghetto*

Réponse à l’article du monde « A Marseille, la résistance d’un lycée ghetto » de Sylvia Zappi, paru le 21 juin 2013

La perception d’une réalité captée subjectivement par une présence de quelques heures avec quelques citations choisies, ne peut pas être en phase avec le réel. Titrer « la résistance d’un lycée ghetto », poursuivre avec des titres comme « cortège de misère », « on reste dans les profondeurs » montre une photo instantanée ratée de ce qu’est ce grand lycée des quartiers Nord de Marseille.
C’est à partir de là que peut commencer cet article en montrant  qu’au  lycée, aucune discrimination, aucune stigmatisation n’est faite, et que   toutes les différentes couches sociales se retrouvent dans cette mixité. Cette altérité, ce respect de l’autre pour un droit à la connaissance pour tous, à l’exercice d’une pensée mure et réfléchie, permet aux élèves de devenir des  acteurs véritables de la société.
Du cliché extérieur de « Lycée Ghetto », passons donc maintenant à ce qu’est la mobilisation intérieure constante de l’établissement et du corps enseignant. Regardons comment des professeurs aguerris montent dans le cadre de leur enseignement des projets avec leurs élèves des quartiers, les  mobilisent sur des questions d’actualités, de migration, de genre, sur la laïcité, s’investissent dans une pédagogie de terrain créant des dispositifs ingénieux pour favoriser la réussite pour tous, participent à des projet régionaux, nationaux voire internationaux (Parcours migratoires, Marseille 2013…)
Il y a encore un constat qui positionne le lycée dans une grande réussite. Certains de nos élèves arrivent en recherche d’implication sociale, de maturité et de motivation car leur environnement ne les porte pas.  Nous devons combler ce déficit, et dans le même temps, nous les portons vers la connaissance, l’ouverture d’esprit, une fin d’étude du secondaire, le Bac, et éventuellement des études supérieures est aussi une réalité.
Il serait bien aussi de parler du bilan de cet établissement des quartiers nord, l’article de référence là encore fait une impasse étrange.
Ce lycée est comme les autres établissements  une zone de droit avec un règlement, une vie scolaire, des élèves engagés dans des parcours divers, différents Bacs et un pôle post bac de 200 étudiants qui affiche depuis des années des taux de réussite exemplaires.  Ces résultats, la qualité des stages et des partenariats proposés avec les grandes entreprises et les PME, l’engagement des équipes d’enseignants attirent en sus des étudiants marseillais des étudiants d’autres régions. Osez Saint-Exupéry pour y faire ses études c’est aussi dépasser les préjugés, les inégalités sociales. Chaque année des jeunes issus de ces quartiers et d’autres réussissent leurs diplômes, poursuivent leurs études ou intègrent la vie active avec succès et reviennent avec plaisir témoigner lors des rencontres anciens étudiants de leurs parcours d’études et de leurs carrières professionnelles.


Les problèmes existent malgré tout, un lycée comme le notre doit être encore aidé de toute part, en moyens supplémentaires, en véritable reconnaissance de l’’implication de tous les personnels. 
La fameuse « solidarité »(citée d    ans l’article du Monde) c’est d’abord une équipe éducative qui s’implique dans un contexte reconnu comme chargé, qui travaille  de concert, en interdisciplinarité.
Pour conclure sur cet article du Monde,  le lycée Saint-Exupéry des quartiers nord de Marseille n’est pas le seul en son genre, loin s’en faut. S’il doit être symbole de notre système éducatif en zone prioritaire alors portons une vraie image de ce qu’il est. Que chacun voit sa part d’implication sociétale et ne véhicule pas une information parcellaire simplement pour faire du buzz.

Dominique Bosq, professeur d’Arts Plastiques
Elisabeth Lopez, professeur BTS NRC (Négociation Relation Client)
Lycée Saint-Exupéry, Marseille.

juillet 2013

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