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Le Club de Mediapart sam. 30 avr. 2016 30/4/2016 Édition de la mi-journée

Marche des Indignés - 07/10 - L'avantage du chaos

Ils considèrent notre manifestation comme pittoresque. Ils sont sympathiques avec nous, mais ils ne se font pas encore de souci pour eux-mêmes. Dans le Sud de l'Europe, la tempête fait rage, mais ici seule une minorité de gens a remarqué les nuages s'amassant à l'horizon. La tempête se dirige vers eux aussi, et quand elle arrivera ils se souviendront de nous.

Ils considèrent notre manifestation comme pittoresque. Ils sont sympathiques avec nous, mais ils ne se font pas encore de souci pour eux-mêmes. Dans le Sud de l'Europe, la tempête fait rage, mais ici seule une minorité de gens a remarqué les nuages s'amassant à l'horizon. La tempête se dirige vers eux aussi, et quand elle arrivera ils se souviendront de nous.


Chers tous,
Ce matin nous avons quitté Gand en groupe et nous chantions nos chansons habituelles en français et espagnol; "Ils l'appellent démocratie, mais ce n'est pas vrai./ C'est une dictature, et vous le savez."
Quant à moi, ça me paraissait un peu curieux de chanter de la sorte dans un pays resté sans gouvernement central pendant un an et demi. Mais nous ne parlons pas de dictature politique. Les gouvernements nationaux ne se soucient plus beaucoup de ça, les états ont perdu leur souveraineté petit à petit. L'économie est reine, et ses grands-prêtres se serrant les coudes dans d'opaques institutions comme la Fed, le FMI, et la BCE... décident des politiques à mener pour le monde entier. Les Etats-nations n'ont plus qu'à mettre en oeuvre leurs directives.
Dans une coquille de noix, c'est ce que nous allons dénoncer à Bruxelles. Notre système politique n'a rien à voir avec le démocratie. Le gouvernement socialiste en Grèce est forcé de vendre les biens de son peuple aux vautours des multinationales, en échange de prêts à des taux usuraires. S'il n'y avait pas la révolution, qui ne saurait tarder, le pays serait soumis à un esclavage sans fin.
En Belgique, la crise n'a pas encore vraiment fait de dégâts. Certains des Belges à qui j'ai parlé disent que c'est en partie grâce au fait qu'ils n'avaient pas de gouvernement. Des mesures draconiennes ne peuvent pas être prises par un gouvernement provisoire, donc jusqu'à maintenant des coupes sombres n'ont pas été faites. La vie continue ici, les banques s'effondrent, mais aussi longtemps que les gens n'en sentent pas les résultats dans leurs poches, ils n'y font pas vraiment attention. Ils considèrent notre manifestation comme pittoresque. Ils sont sympathiques avec nous, mais ils ne se font pas encore de souci pour eux-mêmes. Dans le Sud de l'Europe, la tempête fait rage, mais ici seule une minorité de gens a remarqué les nuages s'amassant à l'horizon. La tempête se dirige vers eux aussi, et quand elle arrivera ils se souviendront de nous.
Gand est l'endroit le plus au nord de notre expédition, à partir de là nous obliquons plein est, vers le soleil levant. Comme hier, la ville est sans fin. Ce sont toujours les banlieues de Waregem. Les routes nationales constituent d'intéressantes zones d'ombres. C'est comme si ici était autorisé tout ce qu'on ne voit pas dans les villes elles-mêmes. Là, il n'est plus vraiment besoin de sauver les apparences, car à part nous, personne ne passe. Entre les maisons, les villas et les supermarchés, on trouve un tas de boîtes de nuit érotiques, de bordels, où les gens de la ville peuvent prendre leur pied anonymement, très loin des yeux indiscrets, et très loin aussi du Seigneur et de Dieu. On trouve touts sortes de bâtiments sur l'itinéraire, mais pas la moindre église.
Le long de la route une camionnette de police s'arrête pour nous demander où on va. On se dirige vers Aalst, notre dernière halte avant Bruxelles. Il est quatre heures et demie de l'après-midi quand on arrive, mais ça ressemble à trois heures du matin un samedi. Des étudiants se rassemblent autour des bars dans le centre, à boire de la bière. Des rythmes de disco résonnent à chaque coin de rue.
Sur la place centrale, le maire est venu nous souhaiter la bienvenue. Elle nous offre un espace pour camper près de la piscine, à la périphérie de la ville. Nous répondons que nous préférons camper dans le centre, et nous créons une "commission de la place" ad hoc, pour chercher les diverses possibilités. La place centrale est hors de question, en raison du marché le lendemain. Nous choisissons une place avec un accès à l'eau. Le maire, un peu à contre-coeur, mais avec un sourire, accepte notre décision. Je doute qu'ils disposent de forces policières suffisantes pour nous expulser.

En remplacement de l'assemblée, annulée pour cause de pluie, nous prenons la place et nous jouons au "stoelendans" (chaises musicales). La révolution est une rigolade. Elle ne peut être que plaisante, ou alors ça ne vaudrait pas le coup.
Demain, Bruxelles. Cela va être une autre paire de manches que ce qu'on a vécu dans les villes belges. Dans un monde sans état national, les métropoles forment une Ligue des Champions à part. La capitale des Flandres, de la Belgique, et de l'Union Européenne a plus de points communs avec des villes comme Barcelone, Paris, Milan et Tokyo qu'avec une petite ville comme Aalst.
Hier soir on a perdu énormément de temps dans une assemblée interne, pour essayer de décider si on accepterait l'invitation d'un parti de gauche scandinave au Parlement Européen. On aurait pu bien mieux utiliser ce temps à travailler sur la préparation des débats et des actions. J'ai l'impression que beaucoup de gens considèrent les conversations comme une activité. Une fois qu'ils ont fini par décider quelque chose, ils ne voient pas le besoin de le mettre en pratique -ou ils sont trop épuisés pour le faire-
Le résultat est que nous ne savons pas vraiment ce qui va se passer à Bruxelles. Des choses ont été préparées, mais par qui, ce n'est pas très clair, et on ne sait pas comment ça va tourner. Cela pourrait devenir une très constructive semaine d'échanges. Mais cela pourrait aussi tourner au chaos, ce qui est le plus probable.


De toutes façons, comme l'a dit le grand philosophe néerlandais (et ex joueur de football) Johan Cruyff : "Chaque inconvénient comporte son propre avantage." Et l'avantage du chaos, c'est que tout y devient possible.

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Retrouvez l'original en anglais avec les photos sur le blog "Spanish Revolution"
Comme les autres billets sur la Marche, celui-ci n'est pas de moi, mais juste une traduction que j'en fais aussi souvent que je peux

 

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L'auteur

Dominique C

J'étais enseignante en milieu rural. Maintenant j'agis dans le domaine associatif...
Mansle - Bayers - France

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