Le débat Sarkozy-Hollande vu par l'UMP à Manhattan

Nous sommes au restaurant-café Opia, sur la 57 th, au niveau de Lexington, Manhattan, New York. Il est 15 heures et le débat Sarkozy-Hollande est le sur point de commencer. Nous aurions pu aussi être à la Tarte flambée, restaurant alsacien, a french restaurant sur la 2de avenue au niveau de la 91 th : eux aussi proposaient une transmission sur écran du débat télévisé français.

Nous sommes au restaurant-café Opia, sur la 57 th, au niveau de Lexington, Manhattan, New York. Il est 15 heures et le débat Sarkozy-Hollande est le sur point de commencer. Nous aurions pu aussi être à la Tarte flambée, restaurant alsacien, a french restaurant sur la 2de avenue au niveau de la 91 th : eux aussi proposaient une transmission sur écran du débat télévisé français. Mais nous avons choisi l’Opia. C’est là que l’UMP de la côte Est invite ses sympathisants et ses militants à se retrouver : à l’Opia, on précise toute de même que c’est ouvert à tous. C’est bien. J’y vais.

Je suis très curieuse d’observer cet auditoire singulier composé d’umpistes français vivant aux USA, New York, upper east side, pas le quartier le moins chic de la ville. Sans aucun doute, tous composent une immigration légale. 49, 2  % des Français inscrits dans la circonscription consulaire de New york ont voté pour Nicolas Sarkozy[1]. Un grans atout du candidat sortant est la prise en charge des frais de scolarité  au Lycée Français.

Si je n’étais pas la seule dans la salle assez chic à soutenir Hollande – ambiance foyer de château modernisé, nappes blanches, très beau bar, une quantité de serveurs latinos en grands tabliers blancs-, ces autres socialistes étaient bien planqués comme moi, bien incognito : car je n’ai pas osé, de tout le débat, à manifester mon soutien publique à Hollande. Une petite peur que j’ai des foules partisanes depuis qu’une fois, étudiante encore, j’ai soutenu publiquement l’équipe du  Brésil ou je ne sais plus quel pays contre l’Italie lors d’une finale de Mundial dans une salle remplie d’étudiants Italiens. Cela avait failli tourner mal. Donc, je suis resté discrète.

J’ai bien fait. Quand l’écran bugue au beau milieu de la tirade de Sarkozy sur l’immigration illégale, un grand silence dans la salle. Tout le monde endure avec patience les difficultés de la technique moderne. Soudain, un cri fuse : « C’est un complot socialiste ». L’homme qui crie cela est assis devant moi. Costume beige clair, cheveux gominés, grosse montre (c’était le rendez vous des umpistes à grosses montres). Il se tourne, regarde tout le monde autour et continue. « Ce sont les Rouges. Les Rouges sont partout. Il faut tuer les Rouges. » Oui, je resterai silencieuse. Peu de rires répondent à cette blague, – que je trouve plutôt mauvaise, moi, la Rouge du coin. Est-ce une blague ou l’expression d’un inconscient collectif silencieux propre à l’auditoire ?

A côté de moi, une homme de la quarantaine en polo à rayures et aux cheveux coupés très courts murmure des «  C’est bon, ça, c’est bon » dès que Sarkozy en envoie une à la tronche de Hollande (cf mon précédent billet sur la préparation du débat, il y a en a eu des coups bas, n’est-ce pas ?). Toute la salle fait écho de manière lugubre en applaudissant de façon marquée et en riant de façon un peu forcée à chaque pique venimeuse du président sortant. C’est vrai, me dis-je, ça fait vraiment match de boxe, et c’est un peu lamentable,  L’auditoire se réjouit de chaque coup porté à l’adversaire. Rien à voir avec une corrida où le taureau est respecté de bout en bout aussi sanglant soit-il. Ce qu’aime cet auditoire, c’est le coup assené à Hollande.

Peut-on le leur reprocher ? Dans tous les cas, ne pas appartenir à la tendance majoritaire dans un moment aussi ritualisé de la vie politique française, m’aide à comprendre à quel point la tribune est un exercice cruel, un exercice de méchanceté et d’affrontement, d’ennemi à ennemi. Mais l’auditoire partial de l’Opia ne fait pas honneur à son champion, je trouve, car les soutiens bruyants reçus par Sarkozy à chacun de ses coups donnent un relief disproportionné, injuste, forcé, misérable à sa parole.

A mes yeux, l’auditoire UMP tire son candidat vers le bas. Quand Hollande fait une petite faute de langue et dit «  je me mets à distribution » au lieu de dire «  je me mets à disposition » : rires bruyants, méchants, gros. Rires de classe ? Je déteste qu’on se moque des gens quand ils sont maladroits à l’oral. Quand Sarkozy lui envoie un « Décidément, vous êtes fâché avec les chiffres » (au sujet de l’Allemagne et du commerce extérieur), éclatent des petites explosions d’hilarité forcée. Mon auditoire est un petit peuple qui se raccroche aux branches : tout est bon, pour ne pas sortir de l’histoire, tout est bon pour rester dans la bataille. Je peux faire ici la liste des phrases de Sarkozy qui ont défoulé la rigolade agressive, sporadique, de l’auditoire de l’Opia.

-             Ce n’est pas le concours de la petite blague ( rires)

-             La question des 40 ou 50 milliards de prélèvement (mumures appréciateurs)

-             L’accent chantant de FH qui fait un peu petit garçon quand il est question de Zapatero ( les rires les plus fournis de la séance)

-             « Mitterand aurait pu vous confier une responsabilité » (rire général)

-             le « petit costume » ( idem)

-             l’insulte de « girouette » à Hollande + le tsunami sur les frontières du Rhin ( deux grands pic de rire)

Un rapide survol de la crête des rires de l’auditoire umpiste révèle une détestation farouche de l’ethos du candidat socialiste. Petites hésitations oratoires, accent chantant, hésitations, … c’est comme une réception ultra-sensible de la langue en action qui ne pardonnerait aucune des petites scories du langage parlé. De grands applaudissements quand Sarkozy déclare que « la France traite mieux les Musulmans que les Musulmans ne traitent les Chrétiens chez eux. »

Je médite  sur cette phrase et son  succés qui offre une vision binaire du monde coulée dans une formulation symétrique fondée sur le rythme et la répétition. Une évidence. Le sentiment de l’évidence qui découle de toutes formules réussies et qui masqur la complexité du réel. En cachette, moi, j’apprécie que Hollande ne lâche pas le morceau sur l’identification idiote de tous les Arabes à l’épithète de musulman même si, un peu avant, j’avais éprouvé du dégoût quand Hollande avait expliqué qu’il «  aménagerait » les centres de rétention pour accueillir les familles, les enfants, quoi. Là, j’avais senti que c’était mon audtioire umpiste penchant frontiste qui était caressé dans le sens  du poil par le socialiste. Détestable, monsieur Hollande. 

Bref, cette phrase sur les Chrétiens et les Musumans, dans la ville du 11 septembre, a un grand succés. On a de quoi reprocher aux fondamentalistes musulsmans, ici, c’est vrai. Mais tout de même, ceux qui m’entourent ont l’air de gens éduqués : on ne va pas confondre Merha et les fous du 11 septembre avec les vieux Arabes qui habitent en France depuis des années, qui payent des impôts, etc, et sont, quoique dépourvus de  droit de vote, d’excellents citoyens. Est-ce que le plaisir ressenti par  un auditoire fondé sur un parti-pris de conviction conduit à oublier sa raison, toute sa raison  ?

Cependant, l’heure demeure sombre dans les salons de l’Opia. Et c’est au silence qui domine pendant tout le débat que je mesure que le candidat pour lequel je vais voter n’est pas si mauvais et que tout le monde l’entend avec moi. Le brusque silence qui suit l’acclamation qui s’élève à la mention de Strauss-Kahn est significatif : piège ! Comment Sarkozy pouvait-il être informé des turpitudes de l’ex-présidentiable ? Tout le monde se tait dans les salons de l’Opia. Hé oui.

Les gens partent avant la fin des débats. La climatisation, mal réglée, fait que tout le monde s’habille plus ou moins pour résister aux vapeurs froides qui descendent du plafond sur nos têtes. L’heure n’est pas à la fête. Le héros n’a pas été aussi bon qu’il aurait dû être face à l’honnête homme, le candidat de la présidence normale et comme l’éloquence sculpte à merveille le réel pour l’auditoire qui s’y abandonne, soudainement, la réalité vacille, les convictions faiblissent.

Aucun applaudisssemnt pour Hollande. Des applaudissements pour Sarkozy en fin de débat. Mais rien de très chaleureux, rien de très nourri. On a manqué le succès.

 


[1] Résultats trouvés sur le site de l’UMP côte Est des Etats-Unis. http://www.ump-fr.org/

En 2002, à New York, une seule personne au premier tour avait voté pour le candidat du Parti des Travailleurs : le professeur de philosophie du Lycée Français de New York. 

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