Lettre ouverte aux journaux signataires de la tribune

La tribune signée et diffusée par les rédactions de presque 80 journaux est un acte fort, courageux. Mais les "citoyens lambdas" ne devraient-ils pas être associés de façon plus explicite à la remise en cause de la loi "sécurité globale" et du Schéma National de Maintien de l'Ordre ?

L’article 24 de la loi dite de "sécurité globale" concerne évidemment le droit d’informer et de diffuser l’information « brute » (particulièrement par vidéos interposées). Il concerne donc au premier chef celles et ceux dont informer est le métier ; mais il concerne tout aussi bien n’importe quel citoyen. 

Tout le monde a d’ailleurs vu l’importance de ces « témoignages citoyens filmés » : combien d’exactions policières ont-ils permis de mettre en lumière, de l’affaire Benalla à la mort de Cédric Chouviat, en passant par le mouvement des Gilets jaunes (la violente incursion policière  dans le BurgerKing à Paris en décembre 2018 n’est qu’un exemple parmi une myriade d’autres) ? 

Vous n’êtes pas sans savoir que l’article 24 n’est pas le seul article problématique, dans cette loi. Comme s’il n’était pas suffisant d’instaurer un contrôle policier de l’information diffusée, l’article 21 autorise une surveillance vidéo policière générale (caméras-piétons et drones), particulièrement en situation de manifestation. 

Et, si l’on se réfère à l’esprit de cette « loi de sécurité globale», rien n’indique que ce dernier article ne concerne que le « citoyen lambda » à l’exclusion des journalistes. Il nous concerne tous, de façon… « globale ». 

Votre tribune commune, publiée pour affirmer votre refus de céder à l’accréditation des journalistes, est courageuse, c’est un acte très fort, à la hauteur de la gravité de la situation.

Cependant, il est surprenant qu’une solidarisation explicite d’avec le « citoyen lambda » n’y soit pas affirmée de façon plus nette, surtout après l’épisode du nassage, sur la place du Trocadéro le samedi 21 novembre, de 70 journalistes par les Forces de l’Ordre. 

Car ce qui est fondamentalement remis en cause, avec la « Loi sécurité globale » et le Schéma National de Maintien de l’Ordre, c’est bien un droit humain universel : le droit, jusqu’à présent inaléniable, de montrer la réalité et révéler les faits ; en vue d’alimenter le débat contradictoire, la critique.

En ces jours funestes, cet héritage sacré de l’esprit des Lumières se trouve exposé à son propre enterrement. 

Il gagnerait à ce que citoyens anonymes et rédactions de la presse libre se retrouvent dans ces valeurs publiquement réaffirmées et revendiquées.

Car une telle attaque « globale » de ce pilier de la Démocratie appelle une réponse « globale » des citoyens, journalistes ou pas.

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