Dominique Nouvian veut faciliter l’accès aux soins des femmes et des enfants

Si la santé est l'une des problématiques majeures en Afrique, celle des femmes et des enfants, populations à risque, l'est encore davantage.

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Il était temps. Les 27 et 28 juin derniers, Kigali accueillait le premier forum africain de la santé, organisé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Plusieurs experts, ainsi que les représentants africains de l'institution onusienne, y ont débattu des façons de mettre en place un système sanitaire plus performant sur le continent. Et, notamment, l'instauration d'une couverture santé universelle, principal thème du rendez-vous.

« Être en bonne santé est la base de tout développement socioéconomique »

Année après année, rapport après rapport, les chiffres témoignent toujours plus de l'urgence qu'il y a à conduire de véritables politiques de santé en Afrique. Dernièrement, le Pew Research Center alertait sur la nécessité d'un système sanitaire efficace dans une dizaine de pays d'Afrique subsaharienne, en direction des femmes et des enfants notamment. Les premières souffrent souvent d'un accès trop pauvre à la santé dite « reproductive », tandis que la mortalité infantile y est l'une des plus élevées au monde.

Mais les choses, petit à petit, sont en train d'évoluer ; les dirigeants africains ont compris que, sans la santé, toute politique aussi bonne soit-elle était vaine. « Etre en bonne santé est la base de tout développement socioéconomique » a ainsi déclaré Anastase Murekezi, le Premier ministre du Rwanda, en ouverture du forum de Kigali. « Les pays africains doivent travailler ensemble en partageant des expériences [et en mettant] en place des stratégies » selon lui. Même son de cloche chez le docteur Matshidiso Moeti, par ailleurs directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique, qui a mis l'accent sur la jeunesse notamment. « Nous devons agir maintenant pour protéger [la] santé [des jeunes] en créant des services de santé adaptés […] »

Le continent a déjà enregistré quelques gros succès en matière de santé. Par exemple, le taux de mortalité du paludisme a diminué de 66 % entre 2000 et 2015 ; un premier vaccin est d'ailleurs en train d'être testé sur quelque 360 000 enfants africains de moins de deux ans – les principaux touchés. Autre fléau malheureusement bien connu en Afrique, le VIH est également de plus en plus combattu ; le nombre d'adultes et d'enfants africains nouvellement infectés par le virus a diminué de 19 % au cours des cinq dernières années. Pour le docteur Moeti, l'accélération de ces succès doit prendre en compte avant tout les populations principalement touchées, à savoir les femmes et les enfants. Dans certains pays africains, c'est déjà le cas.

Dominique Nouvian veut pérenniser la prise en soins mère-enfant

Jeudi 22 juin dernier, se tenait au Cameroun la première réunion du Comité national de lutte contre le Sida (CNLS), alors que, contrairement aux chiffres globaux en Afrique, le nombre de personnes dépistées s'est accru ces dernières années. En cause, notamment : la transmission du VIH de la mère à l'enfant. Il en résulte un taux de prévalence du VIH au sein de la population active de près de 4 % ; c'est pourquoi le CNLS va intensifier ses efforts au cours des trois prochaines années, avec le dépistage d'environ deux millions de personnes. Pour l'aider, Médecins du Monde a établi il y a quelques années des quartiers au Cameroun, afin d'apporter aux acteurs locaux une plus-value technique et médicale. Sur leurs tablettes, la santé materno-infantile a une place de premier ordre, les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes restant les groupes les plus vulnérables selon l'organisme.

Une problématique bien connue, également, en Côte d'Ivoire, où plus d'un enfant sur dix meurt avant l'âge de cinq ans. Mais le pays ne reste pas les bras croisés. En mai dernier, l'Institut de cardiologie d'Abidjan et la Fondation Children of Africa ont lancé, en collaboration avec l'Association française du cœur pour l'Afrique de l'Ouest (AFCAO), une mission humanitaire de chirurgie cardiaque pédiatrique. Objectif : sensibiliser les familles sur les maladies cardiovasculaires chez les plus jeunes et permettre aux foyers les moins aisés de pouvoir faire face aux soins de leurs enfants malades.

Venir en aide aux plus démunis et, surtout, aux plus jeunes, c'est la mission que s'est fixée Dominique Nouvian, présidente et fondatrice de Children of Africa, depuis quelques années. Consciente de la force que représente la jeunesse en Côte d'Ivoire, la Première Dame multiplie les projets pour assurer aux enfants ivoiriens des conditions de vie descentes, comme avec l'organisation des « caravanes » de consultations ophtalmologiques gratuites et de vaccination contre la fièvre typhoïde. Ou encore, récemment, avec la construction de l'hôpital mère-enfant de Bingerville, dans le sud-est du pays. L'établissement – privé, à but non lucratif – contribuera à la réduction de la mortalité maternelle, néonatale, infantile et juvénile, en améliorant l'offre de soins de santé pour le couple mère-enfant.

Grâce à cette structure hospitalière, Dominique Nouvian veut « pérenniser » la prise en soins mère-enfant. L'heure n'est en effet plus aux petites actions « cache misère », mais à des actes structurels, tournés vers l'avenir. La coopération entre pays, au cœur du premier forum africain de la santé, est un bon point de départ. Reste à orienter les débats vers les populations les plus fragiles.

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