Au Front National, la dédiabolisation passe (aussi) par les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont devenus un vecteur d’influence important pour les partis politiques français. Dorénavant, près de 77% des 18-24 ans déclarent utiliser en priorité les médias digitaux pour s’informer. De nouvelles perspectives de communication politique parfaitement intégrées par le Front National qui a fait des réseaux sociaux le cœur de sa stratégie de communication.

Le Front National, parti historique du web ?

Au Front National, la surexposition médiatique propre aux réseaux sociaux est devenue une opportunité de communication. Une stratégie pas nouvelle, comme le rappelle Julien Sanchez, qui a longtemps été en charge des réseaux sociaux au sein de FN et aujourd’hui maire de Beaucaire « Nous étions parmi les premiers à lancer notre site internet en avril 1996. Jean-Marie Le Pen a aussi tenu un blog pendant des années, sur lequel il a posté chaque jour. Tout cela ne vient pas de nulle part ».

Conséquence de cette stratégie, alors que Marine Le Pen ne comptait que 130 000 followers sur le réseau social Twitter en 2013, elle en a aujourd’hui plus d’un million. À l’heure actuelle, le FN est le premier parti de France sur Facebook, avec 406 275 mentions like, contre 169 515 pour Les Républicains et 129 274 pour le Parti Socialiste (au 21 juillet 2015). Selon une étude de l’agence de réputation Squad, cinq candidats FN, Marine Le Pen, Marion Le Pen, Florian Philippot, Wallerand de Saint-Just et Nicolas Bay figuraient parmi les dix têtes de liste ayant eu le plus d’écho sur Facebook et Twitter lors des élections régionales 2015.

Un lieu de militantisme privilégié et codifié


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Les sympathisants du FN trouvent en effet sur les réseaux sociaux un territoire d’expression privilégié, où ils peuvent s’exprimer librement, à l’écart des médias traditionnels. Pour les dirigeants frontistes, internet permet en effet de s’adresser directement au coeur de l'électorat. Le web agit comme un contre-média pour le FN qui tente de ré-informer ses militants, à l’image du lancement du « Décodeur Bleu Marine » lancé en octobre 2014 par Joffrey Bollée, alors directeur de la stratégie et de la communication du parti, sur le modèle des « Décodeurs », du Monde.fr.

En février 2013, le FN inaugure son « Campus Bleu Marine », qui donne des éléments de langage à ses militants pour communiquer sur les réseaux sociaux. Le maillage territorial ne s’arrête donc pas aux territoires, comme son nom l’indique, mais a aussi pour cible les réseaux sociaux, où le FN dispose d’une caisse de résonance très large au travers de nombreux comptes influenceurs amis, comme « FdeSouche ». Revers de la médaille, la force de frappe importante du FN sur les réseaux sociaux se transforme parfois en boulet. La direction du parti a ainsi dû suspendre 16 de ses candidats aux élections départementales, en juin 2015, après des propos litigieux tenus en majorité sur les réseaux sociaux. Les consignes du parti ont parfois bien du mal à être respectées par les militants, comme le fait remarquer Steve Briois, vice-président du FN et maire de Hénin-Beaumont « Bien que nous le répétions à chaque réunion, à chaque Conseil National et à toutes les séances de formation, nos consignes ont visiblement du mal à être retenues et respectées par quelques-uns ».

De rares échecs ne remettant pas en cause la stratégie globale

Cette stratégie bien rodée compte quand même quelques échecs. Elle n’a pas empêché Marine Le Pen de se créer un compte Twitter perso, sous le nom de Anne Lalanne. Découvert par les médias en septembre 2015, elle se servait de ce compte pour twitter personnellement, bien loin des précautions prises par ses conseillers sur son compte officiel, tenu par son équipe. En 2014, à deux semaines des élections européennes, le FN lance Lespatriotes.net, visant, pour Florian Philippot, vice-président du Front National, à « donner des outils aux militants et à leur permettre de partager des informations, des vidéos ou des articles ». Chaque action d’un utilisateur lui permettait de marquer des points, avec à terme la possibilité de figurer au sein d’un top 5 des volontaires les plus actifs. Le site est un échec. En mai 2015, il ne réunit que 7500 inscrits, ce qui amène le Front National à le fermer début 2016. Un des seuls échecs d’une communication frontiste bien cadrée rentrant dans la politique de dédiabolisation du parti menée par Marine Le Pen depuis son élection à la tête du parti en janvier 2011.

 

 

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