Naguib Sawiris : une passion peut en cacher une autre

Féru de cinéma, le milliardaire copte Naguib Sawiris a créé le Festival du film d’El Gouna, dont il souhaite faire « l’un des plus importants au monde ». Mais l’organisation de l’événement lui permet d’assouvir une autre passion : l’Egypte, dont la culture – et non l’armée – doit redevenir son « principal avantage dans le monde arabe ».

« C’est pour nous un moyen d’aider l’industrie du film du monde arabe et aussi de montrer que l’Egypte est un pays magnifique où tout le monde peut passer des vacances en toute sécurité. Mais notre objectif, c’est surtout d’utiliser le cinéma comme un arme contre l’extrémisme, la violence, le terrorisme ». Ambitieux, les objectifs du festival créé par Naguib Sawiris se trouvent être les mêmes que l’homme a poursuivis tout au long de sa vie.

Naguib Sawiris, Né au Caire en 1954, est titulaire d’un diplôme d’ingénieur de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. En 1979, il rejoint Orascom, l’entreprise familiale qu’il transformera en une importante holding comprenant Orascom Telecom Holding, Orascom Construction Limited, Orascom Hotels and Development, Orascom Technology Solutions et OCCI NV, anciennement Orascom Construction Industries. Il s’agit de l’un des conglomérats les plus importants et les plus diversifiés d’Egypte et du premier employeur du secteur privé du pays.

Avec une fortune estimée à 3,3 milliards d’euros, Naguib Sawiris est quant à lui devenu l’un des hommes les plus riches et les plus influents du continent africain. Ayant quitté la direction de l’opérateur Orascom Telecom Media and Technology en 2016, il poursuit ses activités dans les mines d’or en Australie et en Afrique de l’Ouest ainsi que dans l’audiovisuel, comme le souligne Jeune Afrique.

Pour Naguib Sawiris, « le cinéma est Une arme plus puissante que la politique »

Mais la véritable passion de Naguib Sawiris, c’est le grand écran. « Je ne suis pas amoureux de la cimentation ! », avouait-il à l’hebdomadaire panafricain en 2017, alors qu’il venait de lancer son festival de cinéma. « Même si cela peut paraître un peu fou, je pense qu’on peut en faire l’un des plus importants au monde. Beaucoup de professionnels sont venus voir les films, participer aux débats, etc. Des gens comme Oliver Stone ou Forest Whitaker. De nombreux accords de production ont été passés en très peu de temps. Ensuite, il y a cet endroit, El-Gouna. La météo est clémente toute l’année », explique celui qui a également décidé de créer des salles de cinéma et de produire « quelques films égyptiens, deux ou trois par an ».

Pour sa deuxième édition, le festival a rassemblé des personnalités de premier plan. Les acteurs américains Owen Wilson et Patrick Dempsey, le producteur tunisien Tarak ben Ammar, le réalisateur français Jean-Jacques Annaud, sans oublier les très glamour actrices Bushra Rozza, Nancy Khoury, Dorra Zarrouk, Rania Mansour, Hend Sabri ou encore Fatma Nasser.

Des invités qui prouvent que « le ‘Cannes’ du monde arabe » est désormais un rendez-vous incontournable. « On était assez inquiet car l’année dernière c’était déjà un grand succès et on devait faire mieux. Nous avons plus de sponsors, 60 % de films en plus et beaucoup de personnes qui ont demandé à venir : le signe d’une reconnaissance internationale », se réjouit l’entrepreneur égyptien dans les pages de Paris Match.

Mais le cinéma n’est pas (seulement) une affaire de glamour et de paillettes pour cet homme politiquement engagé et suivant de très près les évolutions de la vie politique de son pays. Le septième art est pour lui « une arme plus puissante que les médias », voire plus puissante que la politique.

Naguib Sawiris, un « devoir » envers l’Egypte

Après la chute du président Moubarak en 2011, il fonde le Parti des Egyptiens libres, qui rassemble les Egyptiens libéraux et non-musulmans. Il souhaite tout particulièrement contrer les Frères musulmans, dont il savait qu’ils « prendraient en otage » la révolution « parce que les forces politiques étaient déstructurées ».

Aujourd’hui, l’homme d’affaires n’est plus associé au Parti des Egyptiens libres, qui « a été capturé » selon lui. Résultat : Naguib Sawiris continue de se battre contre l’extrémisme avec les armes qui sont les siennes, l’humour, les idées et l’ironie. « Un jour, j’ai fait une blague sur les réseaux sociaux en diffusant la photo d’un Mickey avec une barbe d’islamiste. On m’a accusé d’insulter le Prophète. Mais pourquoi faudrait-il se faire pousser la barbe pour ressembler au Prophète ? Je n’ai jamais vu de photo de lui ! De la même manière que je ne sais pourquoi les prêtres coptes se font pousser la barbe et portent le noir et non le blanc comme les catholiques. Je ne suis pas un dogmatique. Bref, j’ai fait cette blague et ils ont placardé des affiches au Caire avec ma photo et ces trois mots : "Tuez cet homme" ».

Face à une telle violence, Naguib Sawiris préconise un retour à quelques valeurs essentielles, telles que la tolérance et le respect. Il a décidé de le faire, entre autres, par le biais de son festival. « Ce n’est pas un investissement. Je ne gagne pas d’argent. Je fais quelque chose pour mon pays, pour mon frère, le cinéma et la culture. C’est un devoir. En tant qu’Egyptien, quand je voyage, on me dit souvent "ah, que j’aime tel acteur !" ou on me parle de "la chanteuse Oum Kalthoum". C’était cela notre avantage dans le monde arabe. Pas notre armée ».

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