E-cigarette : les chiffres parlent pour la « vape »

Introduite il y a 10 ans en Europe, la cigarette électronique a fait l'objet de nombreuses études qui ont démontré son impact positif sur la baisse du tabagisme. Ignoré par les autorités nationales et mondiales, son intérêt sanitaire est pourtant souligné dans une nouvelle étude épidémiologique.

Le 6 octobre, l'agence Santé publique France a publié un rapport sur la consommation de tabac dans l'Hexagone, qui plaide en faveur de la cigarette électronique. Intitulée « Le Tabagisme en France : comportements, mortalité attribuable et évaluation des dispositifs d'aide au sevrage », cette étude parue dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) révèle notamment qu'entre 2014 et 2015, le nombre de vapoteurs fumant également des cigarettes traditionnelles est passé de 82 % à 71 %, soit 11 % de moins. La propension du vapotage à accélérer l'arrêt du tabac se confirme par ailleurs puisque sur la même période, la proportion d'anciens fumeurs parmi les vapoteurs a progressé de 15 % à 26 %. « Cela laisse supposer une efficacité potentielle de l'e-cigarette dans l'arrêt, au moins momentané, du tabac, concluent les épidémiologistes. Certaines études récentes ont d'ailleurs estimé que le vapotage est un moyen efficace de réduire la prévalence tabagique dans les pays où cette prévalence est élevée. »

Avec 34,6 % de Français concernés par le tabagisme - et 28,8 % au quotidien, la cigarette électronique et autres produits alternatifs aux cigarettes traditionnelles constituent à ce titre des solutions dignes d'intérêt pour diminuer la consommation en France. Ses résultats sont en effet particulièrement efficaces, si l'on en croit les dernières recherches scientifiques effectuées sur le sujet. En mai 2015, la Commission européenne a publié une étude menée auprès de 28 000 citoyens des 28 pays de l'Union européenne. Il en est ressorti que pour 67,3 % des vapoteurs actifs, le passage à la cigarette électronique a entraîné une diminution significative du tabac, qui est allée jusqu'à l'arrêt définitif pour 35,1 % des personnes interrogées. En France, l'efficacité du vapotage est encore plus marquante puisque que 75,7 % des vapoteurs ont réduit sensiblement leur consommation de tabac, incluant 40 % d'arrêts complets. En comparaison, le sevrage par patch nicotiné fait pâle figure avec 10 à 20 % de succès affiché, selon le cardiologue Konstantinos Farsalinos.

98 % des vapoteurs sont fumeurs ou ex-fumeurs

Plébiscitée par les fumeurs, la cigarette électronique doit également son succès aux autres appareils permettant l'arrêt progressif du tabac classique, à l'image des inhalateurs de nicotine, qui délivrent cette substance inoffensive à faible dose sur le modèle d'une ventoline, et des vaporisateurs de tabac, qui se contentent de chauffer le tabac sans le brûler. Si la diversification des produits de vapotage a séduit les fumeurs, l'impact auprès des non-fumeurs reste toutefois très marginal, contrairement aux craintes légitimes des autorités. En février 2015, l'Inpes (Institut  national de prévention et de l'éducation pour la santé) a publié une étude montrant que 98 % des vapoteurs étaient fumeurs (83 %) ou ex-fumeurs (15 %), contre seulement 2 % n'ayant jamais fumé avant. Parmi les 15 000 personnes interrogées, 71 % ont choisi la cigarette électronique pour son prix moins élevé, et 66 % pour la santé, une proportion qui s'élève à 80 % parmi les ex-vapoteurs. Selon 92 % du panel choisi par l'Inpes, le vapotage constituerait ainsi le meilleur moyen d'arrêter le tabac.

En France, sur plus d'un million de vapoteurs réguliers, 400 000 auraient déjà arrêté de fumer grâce au vapotage, confirme une étude publiée en 2015 par le magazine Addiction. À l'échelle européenne, ils étaient 6 millions à avoir renoncé à la cigarette traditionnelle et 9 millions à avoir réduit leur consommation, selon cette même étude. Au Royaume-Uni, le Collège royal des médecins britanniques considère le vapotage comme une « porte de sortie du tabagisme » depuis que ses recherches sur le sujet ont conclu à une réduction de 95 % des risques par rapport au tabac, proportion confirmée par une autre étude de l'Agence de santé anglaise.

Reste qu'en France comme dans le monde, l'intérêt des e-cigarettes et consorts comme moyen de faire diminuer le tabagisme demeure largement ignoré. À l'instar de l'OMS (Organisation mondiale de la santé), le gouvernement français rejette toute forme d'alternative électronique au tabac, prêchant à la place l'arrêt pur et simple via des mesures répressives. Cigarettes électroniques, inhalateurs de nicotine et vaporisateurs de tabac sont ainsi complètement absent de l'opération Moi(s) sans tabac, qui débute le 1er novembre dans toute la France. « On est dans un pays où il y a le plus de vapoteurs, et où pourtant les autorités sanitaires semblent réservées, du moins prudentes », déplorait dans Libération le pneumologue français Bertrand Dautzenberg, auteur en 2013 d'un rapport ministériel sur la cigarette électronique visiblement tombé aux oubliettes.

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