La médecine à distance, une pratique encore méconnue

Alors que les initiatives de télémédecine se multiplient partout en France, la ministre de la santé Marisol Touraine vient de présenter sa stratégie nationale « e-2020 » dont l’une des grandes priorités consiste justement à développer la médecine à distance. Toutefois, si les bénéfices existent grâce à cette pratique, quelques doutes subsistent.

Depuis le début de l’année, Strasbourg accueille un projet pilote innovant : une plateforme de télémédecine. Baptisée Télécical, cette dernière permet de montrer des plaies chroniques à distance à des experts pour permettre une amélioration des traitements. Cette initiative de télémédecine qui n’est pas la seule dans l’hexagone démontre que la pratique tend à se généraliser. Apportant avec elle son lot d’avantages mais aussi d’inconvénients.

La télémédecine, une nouvelle façon de soigner

Mais la télémédecine qu’est ce que c’est ? Il s’agit tout simplement de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans le cadre de la prise en charge médicale au cours d’un parcours de soin. Celle-ci peut prendre plusieurs formes, à commencer par la télé expertise comme l’exemple de Télécical à Strasbourg, soit la possibilité d’obtenir l’expertise de collègues, parfois très lointain, sur des pathologies.

Mais la télémédecine intègre aussi la consultation à distance comme à Ternand (Rhône) où la pharmacie du village est équipée d’un chariot équipé d’un écran, d’une webcam et d’une imprimante qui permet aux usagers d’être en interaction avec un professionnel de la santé pour, par exemple, obtenir rapidement et facilement une ordonnance. Enfin, la télésurveillance permet de surveiller un patient à son domicile et anticiper les éventuelles dégradations de son état de santé.

Parmi les aspects positifs, celui de la lutte contre les déserts médicaux revient très souvent lorsqu’il s’agit de la télémédecine. En effet, ces innovations viennent en complément dans les secteurs ruraux. Cela permet de s’affranchir de la distance pour obtenir l’avis de professionnels, impossibles à obtenir avec la médecine traditionnelle. A l’heure de la désertification médicale, la télémédecine maintient une continuité de service pour les patients.

Également, la télémédecine a permis des avancées remarquables dans la lutte contre plusieurs pathologies, à commencer par l’insuffisance cardiaque. Alors qu’une grande majorité des patients montrent des signes précurseurs de cette maladie, l’utilisation de la télémédecine, en l’occurrence de la télésurveillance, a un effet positif en anticipant les symptômes. Ainsi, sur l’ensemble des études menées, il apparaît que le nombre de séjours hospitaliers diminue.

Mais c’est aussi un moyen de partager les connaissances entre professionnels, et cela malgré de grandes distances. Conséquence, les patients bénéficient d’un meilleur diagnostic ce qui permet aux hôpitaux de les garder moins longtemps et donc de faire des économies. Au final, tout le monde y gagne.

Toutefois, la télémédecine continue de faire naître des doutes, notamment sur ses véritables conséquences. Nombreux estiment que l’utilisation des nouvelles technologies pourraient entraîner, purement et simplement, la suppression des médecins, devenus dispensables. L'idée fait peur et ne rassure pas le monde médical.

Au contraire, certains avancent que la télémédecine ne peut se suffire à elle-même. En effet, la médecine repose sur quatre principes majeurs : l'interrogatoire, l'observation, la palpation et l'auscultation. Et malgré toutes les avancées technologies, la télémédecine ne peut pas, encore, réaliser les deux dernières actions. Le grand objectif de la télémédecine est donc de réussir son acceptation dans le monde médical. Cela prendra sans doute un peu de temps.

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