Mounir Mahjoubi : de ministre fantôme à maire de Paris ?

Chez les ministres En Marche, l'appétit vient en mangeant : puceaux de la politique il y a encore quelques années, ils ont pris goût à l'exercice et se sentent pousser des ailes. Certains, comme Mahjoubi, visent déjà la Mairie de Paris... rien de moins.

Depuis la première élection du maire de Paris sous la Ve République en 1977, la capitale a aiguisé bien des appétits. Celui des jeunes lieutenants de la macronie n’a jamais été aussi gros à moins de deux ans du scrutin. La fin annoncée du socialisme municipal liquidé par une maladroite Anne Hidalgo attire les nouvelles générations qui savent le poste prestigieux.

L’enjeu est de taille et le président de la République souhaite voir l’un de ses proches cueillir une victoire symbolique qui marquera l’implantation locale de la République en Marche. Il est toutefois encore trop tôt pour désigner celle ou celui qui cueillera ou plutôt attaquera un Hôtel de Ville en bien piètre état. C’est ainsi que deux Secrétaires d’État ont déjà avancé leurs pions : Benjamin Grivaux et Mounir Mahjoubi. Les deux incarnent une nouvelle génération politique, mais ils peinent à renouveler un discours désuet qui cache mal le vide de leur pré-programme.

Les deux hommes ont profité de l’été pour déclarer leur flamme aux Parisiennes et Parisiens (comme il est de bon ton de dire depuis les années Delanoë). Mounir Mahjoubi a renouvelé ses vœux ce mercredi 12 septembre sur la radio France Bleu Paris (le hasard fait bien les choses). Invité pour s’exprimer en qualité de Secrétaire d’État en charge du Numérique, ce brave Mounir n’a pas pu résister à clamer son amour pour la capitale : « Je dois beaucoup à Paris, c’est pour ça que j’ai été candidat pour être député de Paris, c’est pour ça que je m’engage très fort avec les Parisiens ».

Un discours creux comme en font à la pelle les politiques qui rappelle trop les « Je veux être député, car la démocratie m’a tout donné ». On lance des fleurs dans tous les sens et certaines finissent par retomber sur soi (ô chance !). Une volonté, certes, mais entourée de vide. Alors Mahjoubi se presse de dire que d’abord il faut bosser. « Une candidate, un candidat, ça émerge aussi par le boulot, donc on verra bien » a ainsi déclaré le Secrétaire d’État.

Une candidate ? Eh oui, car Mahjoubi veut la place de maire de Paris, mais ne se déclare pas vraiment. Monsieur pense pouvoir « être la bonne personne », mais il n’y a pas encore de candidature officielle. Pourquoi ? Parce qu’en se déclarant il faudrait vraiment « bosser », faire des propositions qui n’auront pas été rédigées sur un coin de table par une armée de communicants. Il faudrait aussi quitter la douceur du ministère ! Un salaire confortable et une vie pépère faite de privilèges. Il y a encore du temps avant de renoncer à tout cela (pour encore mieux si tout se passe bien).

Partir le premier en campagne, c’est aussi s’exposer aux coups des adversaires et des amis… Alors les Mahjoubi et Griveaux patientent en faisant des clins d’œil grossiers aux électeurs. Seul un autre ex-socialiste est déjà parti en campagne. Gaspard Gantzer, l’ancien Monsieur Comm’ de Hollande ne cache plus sa passion nouvelle pour Paris et ses habitants. Sorti du jeu politique, l’ex-camarade de Macron à l’ENA part encore de plus loin et doit donc ratisser large dès à présent. Une belle brochette d’andouillettes qui sent affreusement la communication et un désintérêt profond pour les électeurs. Ne leur en déplaise, afficher sa vie privée dans Paris Match ne constitue pas une profession de foi. Mais qu’attendre de politiciens sans foi ni loi ? 

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