Crise de nerfs à l’Hôtel de Ville

Le mandat d’Anne Hidalgo à la tête de l’Hôtel de Ville est pénible pour tous les Parisiens. Juste retour des choses, la fin de mandat devient irrespirable pour la maire de Paris. Esseulée, elle est abandonnée et vertement critiquée par son désormais ex-premier adjoint.

La course à l’Hôtel de Ville commence à peine et si les forces en présence sont encore assez floues, la faiblesse est du côté du camp Hidalgo est bien visible. Les désertions ont commencé à deux ans du scrutin fatidique ! Et la première d’entre elles constitue un choc puisque c’est le premier adjoint qui rend son tablier. Après plus de quatre ans d’une politique qui a vu la dégradation de tous les services publics et d’une course au sans-papiérisme, Bruno Julliard a préféré se désolidariser d’une action dont il est l’un des grands coauteurs. Il est vrai — pour sa défense — que la maire de Paris aime accaparer la lumière. Hidalgo se prend pour le soleil et Bruno Julliard tente de rentrer en orbite autour d’un autre astre.

Pour se faire, il faut commencer par vilipender son ancien mentor. Julliard sort l’artillerie lourde en pointant « l’exécution défaillante » et le « déficit d’efficacité » de la maire de Paris. Les énormes couacs de ces derniers mois sont utilisés comme autant de flèches contre Hidalgo. Vélib’, Autolib », piétonnisation de la rive droite de la Seine… Tous ces sujets majeurs — qui n’auraient même pas dû faire plus d’un encadré si la gestion avait été bonne — sont cités comme des exemples du manque de « professionnalisme  nécessaire » qui a fait perdre tant de soutiens à la maire actuelle.

Élue confortablement en 2014 grâce au bilan tout en communication de son parrain à l’Hôtel de Ville, Hidalgo a dilapidé son héritage à une vitesse prodigieuse. Le premier sondage à deux ans des municipales le prouve puisqu’ils ne sont que 23 % à préférer Hidalgo à ses possibles concurrents. Et quand on sait que la campagne et les attaques sur le bilan catastrophique de l’élue n’ont pas commencé, on s’interroge sur le nombre final de votes en faveur d’Hidalgo. Elle obtiendrait aujourd’hui 23 % des voix à égalité avec Benjamin Griveaux (En Marche) devançant péniblement Florence Berthout, maire LR du Ve arrondissement (21 %). Il n’est pas impossible qu’Hidalgo ne termine sa course qu’avec quelques misérables pourcents faisant d’elle une version féminine de l’échec grotesque de François Hollande. Ce dernier avait au moins eu le bon sens de ne pas se représenter, mais Hidalgo ne semble pas avoir assez de recul sur son propre bilan pour faire de même.

Julliard l’a certainement compris et a donc quitté son bureau de premier adjoint. L’homme ne veut plus être associé à ce bilan qui a déjà pris la forme d’un passif indépassable. Sa décision a été saluée par Gaspard Gantzer, un autre ex-PS qui a lancé sa campagne afin de faire oublier son duo comique à l’Élysée avec son compère Hollande. Une expérience qui reste en tête puisque Gantzer ne recueillerait que 4 % des suffrages. Des (anciens) socialistes qui se font des clins d’œil et qui apprécieraient d’être rattachés au moment opportun au train d’En Marche.

Julliard, politicien déjà accompli affirme que « son choix ne répond à aucune stratégie personnelle ou plan prédéfini ». Cela reste à voir. Les abandons et trahisons pour sauver sa peau son monnaie courante en politique. Julliard ne veut pas sombrer si jeune après être monté si haut. Pas de quoi lui jeter la pierre. Les critiques ne doivent pourtant pas épargner son bilan personnel. Quoi de positif après plus de quatre années à la mairie de Paris en tant que premier adjoint ? Difficile à dire même pour le principal intéressé ! Bruno Julliard va devoir se mettre en marche sur des œufs. Montrer qu’il a les épaules pour endosser un rôle de poids dans le prochain exécutif parisien sans que son tandem avec Hidalgo ne lui soit rappelé sans cesse. À cœur vaillant, rien d’impossible !

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