Beschizza, la droite dont on ne veut pas

Politique clientéliste et communautariste, oppositions à Europacity ... Mais qui est donc cet élu d’extrême gauche ? Rien de moins que Bruno Beschizza, maire LR d’Aulnay-sous-Bois. La droite dont on ne veut pas.

En campagne et dans les médias, Bruno Beschizza est un inflexible homme de droite, républicain et libéral. Les caméras coupées, c’est une tout autre politique qu’il mène dans sa ville d’Aulnay-sous-Bois.

Le 3 septembre dernier à Aulnay-sous-Bois en Seine Saint-Denis, l’école « Philippe Grenier » (du nom du premier député musulman de l’Histoire de France) ouvrait ses portes. Un établissement privé hors contrat, autorisé par la municipalité de droite et son maire, Bruno Beschizza. Petit Bémol : cette affaire sent bon la manœuvre électorale auprès d’une partie radicale de la population musulmane de la ville. Une minorité qui pèse et qui a l’oreille de son maire.

Comme le révèle l’hebdomadaire Marianne, on retrouve derrière cette école les réseaux et les membres d’une curieuse association locale, « l’Espérance musulmane de la jeunesse française » (EMJF). Son président, Hassen Farsadou, qui défend bec et ongle ce projet d’établissement scolaire, publie aussi sur les réseaux sociaux des contenus conspirationnistes, homophobes ou hostiles à la laïcité. Un positionnement radical, qui ne l’a pas empêché de soutenir publiquement Bruno Beschizza en 2014, aux dernières élections municipales.

Retour d’ascenseur ? En juillet dernier, lors d’un Conseil Municipal houleux, le maire et sa majorité ont voté l’occupation des anciens locaux de l’école publique par l’EMJF. Une belle surface (1500 mètres carré) pour 900 euros par mois. À deux ans des prochaines élections municipales, Bruno Beschizza soigne une partie de sa clientèle électorale.

Une pratique politique qui ressemble à une constante : En 2016, l’édile avait déjà provoqué une polémique en interdisant dans sa ville la diffusion d’une campagne de prévention du sida montrant des couples homosexuels. Le maire arguait que les affiches étaient « contraires aux bonnes mœurs et à la moralité ». Un clin d’œil à son électorat musulman du nord de la ville ? Un appel du pied vers ses électeurs « bourgeois-manif pour tous » du sud de sa commune ? Un an plus tard, le tribunal administratif de Montreuil, saisi par le préfet de la Seine–Saint-Denis et par la Ligue des droits de l’homme, annulait l’arrêté municipal contesté.

Un comportement fort peu républicain et par ailleurs aux antipodes de ce qu’on attend d’une droite moderne, qui doit être inflexible face à la montée des communautarismes qui morcellent le vivre-ensemble.

 

Libéral et gaulliste, mais opposant à Europacity ?

Beschizza, premier opposant à Europacity ? Beschizza, premier opposant à Europacity ?
Mais ce n’est pas tout. Les communautés religieuses ne sont pas les seules influentes à Aulnay-sous-Bois. Dans une zone où Les républicains sont talonnés par le PCF, dernier reliquat de la « ceinture rouge », chaque voix compte. Notamment celle des associations de commerçants. Or, le tissu économique de la commune est à la peine depuis de nombreuses années.

En 2024, la ville nouvelle d’Europacity doit émerger à quelques kilomètres de là, dans le Val-d’Oise. Depuis de nombreuses années, les différents gouvernements ont cherché à aménager cette zone, entre quartiers difficiles avec un fort taux de chômage et des espaces ruraux en déliquescence. L’État a ainsi confié au secteur privé (le groupe Ceetrus) la responsabilité de mettre sur pied ce projet et de bâtir un nouveau quartier centré sur la culture et le divertissement.

Mais alors que les mouvements altermondialistes esquissent une faible opposition et que la gauche locale se réjouit de voir venir des emplois dans cette zone sinistrée (10 000 annoncés), Bruno Beschizza monte au front médiatique pour torpiller le projet.

Pourtant, quand on se revendique libéral et gaulliste depuis des années, ce projet devrait séduire : un État stratège qui discerne où et comment aménager le territoire et des acteurs privés qui mettent sur pied un projet ambitieux. Une rupture avec ce tonneau des Danaïdes qu’est la « politique de la ville », réalisée sans boussole et sur les fonds publics depuis des décennies.

Mais les élections municipales approchent, et Bruno Beschizza agite le chiffon rouge d’Europacity auprès des associations de commerçants de sa ville, en faisant planer le risque d’une concurrence déloyale qui mettrait en péril leur fragile situation économique. Une instrumentalisation des peurs quelque peu paradoxale : l’impact économique d’Europacity sera colossal, plus de 900 millions d’euros sont attendus chaque année dans la zone du Grand Roissy, 1,6 milliards dans toute l’île de France. Une augmentation de la richesse qui signifie plus d’emplois pour les habitants, plus de pouvoir d’achat, plus de classes moyennes... Bref, tout ce qui manque aux petits commerces d’Aulnay-sous-Bois et des environs.

Mais les élections municipales approchent, et la politique selon Bruno Beschizza a ses raisons que la raison ignore. L’élu de droite court derrière ses différents électorats, quitte à fragiliser le vivre ensemble ou à instrumentaliser certaines craintes. Résultat, « le républicain inflexible » cède face au communautarisme et le « libéral » préfère défendre le statu quo dans un territoire au développement économique moribond, alors que des opportunités de croissances et d’emplois apparaissent. Comment être crédible face aux électeurs avec ces personnalités dans nos rangs ? À Paris, en Île-de-France et comme dans tout le reste du pays, la reconquête ne tombera pas d’elle-même comme un fruit mûr, et ce n’est pas en reniant nos valeurs que les Français nous feront à nouveau confiance.

 

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