Gaspard Gantzer va-t-il flinguer Paris ?

On a beau avoir claqué la porte au nez de l’équipe Hollande, les trentenaires aux cheveux gominés refont toujours surface. Gaspard Gantzer en est un exemple typique. Grand manitou de la communication sous Hollande, il a juré qu’il ne toucherait plus à la politique et s’est lancé dans les affaires en créant une agence de communication sobrement appelée « 2017 ».

Gaspard Gantzer n’est pas (encore) un homme politique, mais il en a déjà tous les défauts. L’ancien conseiller com’ de François Hollande avait passé quelques plaisantes années (quoique stressantes) à l’Elysée avant de raccrocher les crampons de la politique sur l’abandon historique de son mentor. Hollande tente un retour l’air de rien et son Gaspard préféré affiche toujours plus clairement ses ambitions politiques. Il avait promis qu’il ne toucherait plus au pot de confiture et à peine une année après son départ forcé, on le retrouve tout entier recouvert de sucre. 

gantzer

Monsieur Gantzer rêve de la mairie de Paris. Comme des dizaines de ses congénères politiques, il a compris que l’Hôtel de Ville était un fruit mûr et que le plus audacieux pourrait en recueillir le nectar. L’actuelle maire de Paris tente encore d’y croire, mais déjà à l’agonie Anne Hidalgo voit les prétendants à sa succession se découvrir peu à peu. Du côté d’En Marche, Benjamin Griveaux et Mounir Majhoubi sont sur la ligne de départ. Le PS devra soutenir Hidalgo malgré ses faiblesses rédhibitoires. La droite semble hors-jeu. Alors Gantzer se rêve d’un nouveau destin sous les ors de l’Hôtel de Ville.

Aux premières loges pour assister à l’ascension étourdissante de Macron en 2017, Gantzer veut refaire le même coup à l’échelle parisienne et a lancé son mouvement « Parisiennes, Parisiens ». Ça sent bon le socialisme à papa et plus précisément à la Delanoë. Du flou, de la com’ (les deux ont fondé leur agence grâce à leur carnets d’adresses politiques) et une bonne dose de cynisme. Car ce que garde bien de dire Gantzer, c’est qu’un de ses clients n’est autre que la société américaine Airbnb. Celle-là même contre laquelle la mairie de Paris est en conflit depuis plusieurs années pour tous les problèmes que sa sur-présence dans la capitale engendre.

L’agence de Gantzer conseille Airbnb aujourd’hui et Gantzer maire de Paris (aidons-le à rêver un peu) sera, demain, l’adversaire le plus coriace du géant américain ? Il y a comme un problème, un gros problème. Gantzer se classe à gauche et ne trouve rien à redire sur un prix de l’immobilier qui explose à Paris notamment à cause d’Airbnb. La capitale française devient une grande attraction pour les touristes du monde entier et les Parisiens sont priés de quitter des lieux devenus inaccessibles à leur portefeuille.

Gantzer a essayé d’étouffer la polémique naissante en envoyant au feu son amie et associée, Nathalie Ianetta, une autre ex-conseillère de Hollande… Cette dernière assure que ça la « faisait plutôt marrer de travailler sur ce dossier (le contrat serait terminé depuis le 31 juillet 2018), mais évidemment je n’allais pas le faire de près ou de loin avec Gaspard ». Ouf ! L’honneur est sauf. L’agence de Gantzer a fait du fric grâce à Airbnb, mais Gantzer n’a pas bossé sur ce sujet et n’a donc pas partagé les bonnes tranches de rire de Ianetta…

Gaspard Gantzer avait pris les Français pour des idiots pendant cinq ans, le voilà qu’il cible plus particulièrement les Parisiens. Avec une telle attitude et des conflits éthiques de ce genre, la victoire en 2020 semble aussi compromise que celle de Hollande en 2022. Le train ne passe qu’une fois. Voilà une leçon politique que devraient maturer ces deux compères.

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