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Billet de blog 28 sept. 2017

L'Etat protège un patron voyou: les questions de fond sur l'écologie refont surface

Depuis hier soir (27 septembre) deux parents lanceurs d'alerte contre l'usine polluante #SNEM de #Montreuil dorment en garde à vue. Pendant des décennies, le patron de l'usine, mis en défaut des dizaines de fois pour non respect des normes et non respect des clauses permettant l'activité de son usine qui est une installation classée soumise à autorisation, n'a jamais été inquiété.

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Toutes les questions de la santé publique, du principe de précaution, des lanceurs et lanceuses d'alerte, du droit à la santé, de la pollution de l'air et des sols, de la présence d'activités industrielles polluantes et dangereuses en milieu urbain dense (que pourtant le drame AZF avait remis sur le devant) sont reposées. Tout le monde, élus, ministres, patrons s'en gargarisent mais dans les faits rien ne change : le droit à produire, même en polluant, prime de façon flagrante sur le droit à la santé et à vivre dans un environnement sain. Le principe de précaution a beau être désormais un principe constitutionnel il n'a que très peu de points d'appui en droit sur lequel s'appuyer, même pour un préfet.

Et à la fin, on finit, comme d'habitude en France, par envoyer la force publique redonner droit à la production quitte à violenter des citoyens calmes et quitte à utiliser des gaz lacrymogènes à proximité immédiate d'une école primaire dont les enfants sont dans la cour.

Tout ça m'inspire d'autant plus de colère et de tristesse que je revis des moments très durs d'il y a 15 ans face à une affaire du même type : le dossier des pollutions de l'usine Kodak à Vincennes (qui démarre par la mise en évidence de 7 cancers pédiatriques sur une même école !!) sur lequel j'ai passé des années de batailles face à tout ce que l'on peut trouver de lobbies, de lâches, d'élus volontairement aveugles, de mensonges, de tergiversations jusqu'à ce qu'on prouve l'ampleur des pollutions et la gravité de la situation. Et que tout le monde conclut que "plus jamais tout ça ne pourrait plus se produire".

15 ans plus tard, même des élus de gauche, comme le maire de Montreuil (PC) continuent à dérouler le discours rassurant, "pas de vague, pas de danger prouvé, faisons confiance au préfet, n'empêchons pas les salariés de l'usine de travailler {ils sont probablement les premières victimes des pollutions}...".

Je ne voulais pas y croire mais ce soir je m'interroge. Pourquoi un tel usage démesuré de la force policière ? Pourquoi un tel entêtement d'un maire communiste habituellement plus prompt à dénoncer les politiques de l'État et son représentant le préfet..?

Est-ce que le fait que l'usine a pour principaux donneurs d'ordre Airbus et Safran qui sont les deux fleurons de l'aéronautique française civile et militaire peut expliquer une partie? Est-ce que le fait que ledit Airbus ait chaque année un stand énorme à la Fête de l'Huma pourrait expliquer une autre partie (quand on sait que la gestion des finances du PC et de la Fête de l'Huma sont un sujet très connu de certains élus PC de Montreuil pour dire les choses de façon soft...)?

Je pose la question.
Et je suis ce soir en colère, solidaire des familles qui ce soir ne savent plus quoi penser dans le quartier des Buttes à Morel, triste. Mais plus déterminé que jamais.

J'en appelle donc au maire de Montreuil, qui doit maintenant "choisir son camp" et défendre les habitants et les salariés face à l'attitude d'un patron voyou et de l'État.
J'en appelle au préfet qui doit arrêter de considérer que le seul impératif est le maintien coûte que coûte de l'activité de l'usine #SNEM, qui doit user de ses marges de manœuvre pour trouver des solutions garantissant l'ordre public comme il le ferait face à des routiers ou des agriculteurs en colère (j'ai vécu ce genre de situation et en général, avant d'envoyer les CRS, on négocie une heure d'opération escargot ou un dépôt de fumier sans intervention ni poursuite...).
J'en appelle au ministre Nicolas Hulot à se saisir de ce dossier et donner les ordres qu'il est en position de donner aux services de l'État pour une étude toxicologique et épidémiologique complète et large sur le quartier pour repérer les sources et dépôts de polluants quels qu'ils soient dans l'air extérieur et intérieur, les sols, les eaux de surface et potentiellement affleurantes (c'est par ces études imposées à Vincennes sur le quartier Kodak par la ministre Dominique Voynet que la réalité des pollutions et leur processus pathogène avaient été mis en évidence en 2001) ; et en attendant d'arrêter l'activité de l'usine par application du principe de précaution, en veillant à la prise en charge complète de la situation des salarié-e-s de l'usine.

Je ne peux pas en tant qu'écologiste élu rester muet et inactif face à un dossier que mon intime conviction, ainsi que la lecture de l'ensemble des pièces nombreuses s'étalant sur plus de 10 ans, me convainquent d'une gravité majeure.

[Edit : me vient à l'esprit, en entendant que le blocage de l'usine était une violence justifiant l'intervention de la police, ceux et celles qui applaudissent et pleurent à la vision du film "120 BPM" en disant qu'Act Up à l'époque a finalement eu raison de se bouger et de faire des actions quitte à être molestés et arrêtés. 20 ou 25 ans plus tard une action non-violente de lanceurs d'alerte sur une question de santé publique se retrouvent pointés du doigt et mis en garde à vue... nous en sommes au même point et personne ne fait le lien...]

Pierre Serne, élu régional écologiste

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