Fukushima mon amour

Les Jeux olympiques d'été de 2020, officiellement appelés les Jeux de la XXXIIe olympiade de l'ère moderne, seront célébrés du 24 juillet au 9 août 2020 à Tokyo, qui a été préféré à Istanbul et Madrid malgré la catastrophe de Fukushima.

« La région de Fukushima est l'endroit approprié pour montrer la puissance des Jeux olympiques et du sport », a défendu lors de cette visite, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, qui espère relancer ce territoire en y organisant des événements sportifs. Fukushima, située à quelque 240 km de Tokyo, a aussi été choisie comme point de départ de la flamme olympique (cf. AFP, le 24/11/2018).

Le poisson olympique pourrit toujours par la tête

Faux départ disqualifiant pour le président du comité olympique japonais, Tsunekazu Takeda, mis en examen en décembre à Paris pour "corruption active" dans l'enquête française sur l'attribution des JO de Tokyo 2020, a-t-on appris vendredi de source judiciaire, confirmant une information du quotidien Le Monde (12/01/2019). Monsieur Takeda est soupçonné de malversations pour un montant de 1.8 millions de dollars lors de la campagne de 2013 pour la candidature de Tokyo en achetant des voix de membres du Comité International Olympique (CIO).

Mais un malheur n’arrive jamais seul. Le gouverneur de Tokyo, Yoichi Masuzoe, accusé d'avoir utilisé des fonds publics à des fins personnelles, a remis sa démission mercredi à quelques heures du vote d'une motion de défiance, a rapporté la chaîne publique NHK. Le départ du responsable politique de 67 ans, très impliqué dans la préparation des Jeux Olympiques de 2020, est une ombre de plus sur l'organisation de cet événement, déjà éclaboussé par plusieurs scandales…

Dont celui de l’exploitation non éthique du bois tropical

Après les jeux olympiques d’hiver en Corée où 50 000 arbres centenaires ont été anéantis pour construire les pistes éphémères de ski, c’est au tour des JO de Tokyo de faire un nouveau scandale écologique. Il est vrai que face aux énormes enjeux financiers et géopolitiques, le respect de l’environnement ne pèse pas très lourd, comme ce fut le cas à Athènes et à Rio. Pire, le double discours est ici monnaie courante pour affirmer d’une main la charte écologique olympique et de l’autre la contourner ou la nier. Les équipes de communication avaient préparé le terrain médiatique en annonçant des jeux « greens et éthiques » sur le modèle du « rêve vert » du futur village olympique qui devait se transformer en « vitrine technico-écologique ». Devait, car la réalisation est tout autre. En avril 2017, sept ONG demandent une enquête sur l’origine du bois qui sert à la construction du grand stade olympique. Le comité olympique avait déjà été alerté par 40 organisations environnementales sur l’incapacité des autorités japonaises à s’assurer de l’origine loyal du bois. La situation est volontairement brouillée car aucun code de traçabilité n’est obligatoire malgré les protocoles d’approvisionnement établis par le comité olympique pour que le bois soit « légal et respectueux de l’environnement, et des travailleurs et indigènes ». Le 23 février 2018, le comité d’organisation des JO reconnaissait que 87% du bois contreplaqué utilisé pour la construction du nouveau stade provenaient des forêts tropicales d’Asie du sud-est. Peg Putt, la porte-parole de l’ONG Market for change, affirme : « nous sommes atterrés par l’importante quantité de bois tropical utilisé jusqu’à présent et par le manque de sérieux pour assurer la durabilité et la légalité du bois importé ». Selon une autre ONG, Global Witness, la moitié de ce bois provient de l’État de Sarawak en Malaisie dont l’exploitation viole les droits de l’homme et engendre la destruction de la foret où vivent des milliers d’indiens Penan. Évidemment les autorités japonaises démentent ces allégations.

Infos ou intox ? Les importations massives de contreplaqué continuent d’alimenter les coffrages pour couler le béton et sont immédiatement détruites…sans laisser de traces

Le retour des réfugiés sur les zones contaminées

Depuis des années, la gare ferroviaire de Fukushima expose dans le hall de grands panneaux électroniques qui préviennent les usagers du taux de la radioactivité ambiante. Ils viennent de disparaître et sont remplacés par d’immenses compteurs qui égrainent le compte à rebours restant avant l’ouverture des jeux. Les compteurs installés en ville ont également disparu, tout comme les traces visibles de la catastrophe nucléaire. Une grosse campagne de communication travaille à effacer de la mémoire collective tous les symboles qui seraient susceptibles de rappeler « l’accident »et faire place propre à la venue des jeux. Entreprise de lessivage physique et humain qui doit montrer à la planète cathodique que l’accident nucléaire appartient au passé. Parmi les actions retenues, celle du retour contraint des populations qui avaient été déplacées hors des zones contaminées. Le message se veut volontairement rassurant en direction des futurs spectateurs qui se rendront sur le site olympique de Fukushima puisque les habitant(e)s sont « autorisé(e)s » à rentrer dans les zones d’où ils/elles avaient été exclu(e)s 8 ans plus tôt. Ce sont 23% de la population qui sont rentrées dans les communes de l’ancienne zone d’évacuation le 11 mars 2011 (Cf. Sciences et Avenir, 12/04/2019). Cette politique contrainte est le résultat de deux actions combinées, menées par les autorités japonaises. La première consiste ni plus ni moins à couper les aides financières aux réfugiés pour payer leurs hébergements déplacés et la fermeture progressive des logements provisoires. La deuxième et non des moindres, est une opération de manipulation qui modifie le seuil de référence radioactive en le modifiant arbitrairement de 1 mvs/ an à 20. Cette nouvelle norme garantie un seuil « raisonnable » et peut donc permettre la réouverture de la zone contaminée aux populations désormais hors de danger. CQFD … !

Les autorités internationales de gestion du nucléaire (AIED ; UNSCEAR OMS ; ICRP) très présentes sur le territoire japonais depuis l’accident exercent un lobbying permanent visant à démontrer à l’opinion publique que de telles situations peuvent être surmontées et que l’énergie d’origine nucléaire à un avenir malgré les catastrophes.

Au mois de septembre 2019, l’un des matchs de la coupe du monde de rugby se tiendra au nord de Fukushima. Puis ce sera le tour du département de Fukushima d’organiser le relai d’ouverture des JO… 

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