Une lobbyiste de la pollution au cœur de la convention pour le climat *

Sur les 11 000 lobbyistes enregistrés à Bruxelles, un peu plus d’un millier sont basés en France qui, du coup, figure dans le quatuor de tête avec l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Belgique.

EDF, Engie et Total occupent une position de choix dans le lobbying exercé par les entreprises françaises à Bruxelles, mais les banques et entreprises de la finance française ne sont pas en reste, notamment à travers de nombreuses associations professionnelles. En France, les entreprises du CAC40 ont déclaré globalement 9,65 millions d’euros de dépenses de lobbying à Paris (in Lutter contre le lobbying financier et énergétique, mardi 11 septembre 2018, par Attac France )

C’est dans ce contexte global et permanent des pratiques de lobbying que la nomination de Madame Catherine Tissot-colle à la gouvernance de la convention citoyenne pour le climat pose un léger mais réel problème que dénonce « Reporterre » (5 octobre 2019 / Gaspard d’Allens). Elle fait désormais partie des douze membres qui assurent la gouvernance de cette convention, ce qui n’est pas rien au regard des objectifs qui lui ont été fixés par le premier ministre « superviser la mise en œuvre et les méthodes de travail de la Convention ». Mais qui est Madame Tissot-colle relativement inconnue du grand public mais très présente dans les sphères managériales.

Carte de visite

Elle travaille depuis 2001 à Eramet, un leader de l’extraction du nickel, du lithium et du manganèse. Le chiffre d’affaires du groupe dépasse les 3,8 milliards d’euros en 2018. Avant d’entrer chez Eramet, elle avait été salariée pendant douze ans chez Areva. En 2007, elle est devenue directrice de la communication et du développement durable à Eramet avant d’être nommée, à partir du 1er octobre 2018, conseillère auprès du président-directeur général du groupe. De plus ou entre autre, elle est entrée au Conseil économique, social et environnemental (CESE) en 2010 pour y représenter le Medef, dont elle est membre du conseil exécutif depuis 2012. En 2014, elle est devenue présidente de la commission RSE (Responsabilité sociale des entreprises) du syndicat patronal. Elle est également porte-parole de la Fédération des minerais, minéraux industriels et métaux non ferreux, un organisme qui rassemble les industries métallurgiques et défend leur intérêt.

Manifestement son attachement au respect climatique est fantasmatique ou communicationnel : « L’extraction peut se faire de manière convenable et c’est un magnifique défi. »(Europe n°1, 2018). Si l’on regarde le bilan de la société Eramet il y a loin du geste à la parole .

En 2010, les activités de son groupe en Indonésie attire l’attention des Amis de la Terre qui demande au gouvernement (pourtant actionnaire du groupe) d’abandonner son projet d’extraction dans l’Archipel des Mollusques sur plus de 55 000 hectares de forêt tropicale. Ce qui vaudra à Eramet de recevoir le prix Pinocchio des multinationales les plus mensongères.

En 2012, en Argentine, en compagnie de Vincent Bolloré pour un projet de mine de lithium puis c’est le Gabon avec l’exploitation d’une mine de manganèse puis la Nouvelle Calédonie classée hors des accords de Paris.

Pour Juliette Renaud, chargée de campagne aux Amis de la Terre, « Eramet se trouve hors des radars, le grand public ne l’identifie pas comme un gros pollueur. Pourtant les activités de cette entreprise ont des impacts sociaux et environnementaux considérables, tels que la violation des droits des communautés sur place et l’accaparement de terres. Le modèle de la mine responsable est une illusion ».

Que vont pouvoir faire les 150 citoyens tirés au sort pour faire fonctionner demain la Convention citoyenne pour le climat face à des lobbyistes aussi puissants. Car si l’on s’inscrit dans cette logique participative les enjeux sont majeurs puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins que d'« accélérer la transition écologique ». Mais peut-être est-ce là que la méthode atteint ses limites en réunissant dans cette convention des acteurs n’ayant pas du tout les mêmes objectifs ni les mêmes conceptions de l’avenir de la planète, entre profits immédiats et avenir durable. Sinon cela reviendrait à penser que l’écologie et le climat sont consensuels et que défenseurs du climat et pollueurs du climat comme les structures que représente Madame Catherine Tissot-colle peuvent avoir une visée commune ? La nomination d’une telle personnalité interroge sur sa place dans cette assemblée. A moins que…  « Quand le monde réel est trop conflictuel, il est tentant pour le pouvoir de créer un micro-espace sous contrôle, une “France miniature” plus maîtrisable », pense le sociologue Christophe Bonneuil.

Et Maxime Chedin autre philosophe d’ajouter « Le consensus est une idée séduisante mais une réalité dangereuse. Le péril climatique ne met pas tout le monde à égalité et l’écologie ne nous réconciliera pas ».

En effet à l’échelle de la France, les 10 % les plus riches émettent huit fois plus de gaz à effet de serre que les 10 % les plus pauvres. Cent firmes sont à elles seules responsables de plus de 70 % des émissions mondiales de carbone.

*(titre emprunté à Reporterre, quotidien de l’écologie)

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