Je n’aime pas toujours le football mais, ce soir, allez Paris !

La popularité du plus individualiste des sports collectifs interdit, normalement, à tout bon politique en campagne de critiquer le football. Mais soyons honnête, je n’ai pas cette culture du ballon rond qui transforme les esprits les plus rationnels en fans inconditionnels. Ce soir pourtant, je supporte le PSG. Je mets mes réticences et mes réserves entre parenthèses.

Ce soir, il ne s’agit pas du Qatar et de son rôle géo-politique controversé. Il ne s’agit pas non plus du salaire de Neymar, du prix de la montre de Mbappé ou de la cylindrée de la voiture de Navas. Il n’est pas non plus question du montant extravagant des droits télés ou du prix de l’abonnement à la chaîne qui retransmet le match.

Le football est un jeu. Ce soir, je le vois dans les yeux des plus jeunes de mes concitoyens, il est question de cela. Onze joueurs venus d’horizons différents, du Costa-Rica, du Brésil, d’Argentine, d’Italie, d’Allemagne ou du Portugal, et de France bien sûr, vont enfiler le maillot rouge et bleu du Paris-Saint-Germain. Ils sont à Manchester une semaine après leur défaite 1-2 au Parc des Princes. Ils se préparent à réaliser un exploit pour atteindre, comme l’an dernier, la finale de la plus prestigieuse des compétitions de club.

Leurs adversaires sont belges, algériens, espagnols, portugais et anglais, of course. Leur entraîneur espagnol, Guardiola, a la réputation d’un maître tacticien, globe-trotter révolutionnaire d’un style, le Tiki-Taka, imposé à Barcelone par une légende hollandaise, Johan Cruyff. Manchester City est financé par les Émirats Arabes Unis, certes. Mais nous parlerons du match Qatar-Émirats un autre jour. Au coup d’envoi, les 22 joueurs éprouvent, paraît-il, la même sensation que les gamins que je vois au stade Bretagne de ma ville le samedi après-midi. Ils jouent au même jeu.

Alors jouez… Pour la victoire, mais pas seulement. Dans nos quartiers populaires, le match sera regardé, scruté, commenté. Ce soir, c’est le bleu et rouge du PSG contre le bleu ciel de Man City. C’est le plaisir du jeu avant tout, mondial, universel. Il faut reconnaître à ce sport sa capacité à faire vivre des émotions fortes au plus réservé des spectateurs.

Même quand on n’y connait rien, ou pas grand-chose, il y a tant à observer. L’incertitude des scénarios est palpitante. Une équipe peut dominer l’autre 89 minutes durant sans réussir à faire trembler les filets et la rencontre peut basculer dans les dernières secondes sur un coup du sort. Un joueur passe de héros à zéro en un instant. Il fait gagner son équipe sur un exploit ou précipite la défaite sur une erreur.

Certains y voient un miroir de notre société moderne, le reflet de la société capitaliste et de ses contradictions. Le culte de la performance et du résultat avant tout. « Le football est le reflet de notre société. Regardez bien l’expression d’un joueur sur le terrain, c’est sa photographie dans la vie, » a dit Aimé Jacquet, entraîneur honni avant 1998, figure iconique ensuite. Pour qui a vécu ce moment du 12 juillet 1998 au Stade de France et cette nuit de folie sur les Champs-Elysées, comprendre l’engouement et la liesse apportée par la victoire est une évidence. Quelques temps au moins, cet événement nous a fait tellement de bien. Plus encore que l’étoile décrochée en 2018.

Nous voudrions faire de ces footballeurs des exemples pour la jeunesse. Ils sont surtout des exceptions. La plupart a arrêté l’école avant 14 ans. Pour un Mbappé à la trajectoire phénoménale, combien d’espoirs déchus ? Leurs égos surdimensionnés sont utiles pour briller sur la pelouse, pour résister à la pression médiatique, pour garder sang-froid et lucidité quand ils jouent dans des stade pleins – ça doit leur manquer d’ailleurs – ou devant les caméras du monde entier. Mais dans la vie « normale » ?

Neymar est sans doute un enfant capricieux trop gâté, très loin de la conscience politique d’un Socrates. Mais peu importe, ce soir il doit mener le jeu de son équipe, créer les espaces, briser les lignes, lancer notre Mbappé national... Ses équipiers vont suivre. Si le collectif est transcendé comme en première période la semaine dernière et que les jambes tiennent 45 minutes de plus, l’exploit est possible. Tout ça et un peu de chance aussi. Car dans le football, ce n’est pas toujours la meilleure équipe qui gagne.

Alors que le nouveau centre d’entraînement du PSG se construit chez nos voisins de Poissy, ces rouge et bleu du PSG sont un motif de fierté pour nos jeunes, et moins jeunes, carriérois et carriéroises. Désormais installé dans le gotha des clubs européens, il ne lui manque que cette Ligue des Champions pour devenir légendaire. Si je ne crois pas à la vertu exemplaire des stars du ballon rond pour notre jeunesse, la capacité à construire un esprit collectif me semble bien plus intéressante. Avec une somme d’individualités si différentes, venus du monde entier, aux intérêts parfois divergents, l’exploit est peut-être là. S’ils ont tout donné, s’ils ont respecté le jeu, la défaite sera pardonnée. Mais la victoire serait encore plus belle.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.