Championnat d'Europe des Nations de football : une nouvelle saga des Bleus commence

Si le Championnat d’Europe des Nations de football commence le 11 juin avec le match Turquie-Italie, nous attendons surtout l’entrée en lice des Bleus, champions du monde en titre. Dans cette compétition qui se dispute de manière inédite dans 11 villes de 11 pays européens différents, les Bleus sont attendus, par les Français, le 15 juin, à Munich, pour une nouvelle saga.

Les Bleus sont attendus mardi 15 juin (21 heures) à Munich pour affronter une équipe d’Allemagne emmenée par quelques rescapés du titre mondial de 2014 comme Manuel Neuer, Toni Kroos ou Thomas Müller.

Même si ce premier match de l'équipe de France ne sera pas décisif, puisque les deux premiers de chaque groupe et les quatre meilleures équipes classées au troisième rang seront qualifiées pour les huitièmes de finale, il va donner le ton de la compétition. Dans le groupe F, les Bleus affrontent, après l'Allemagne, la Hongrie le samedi 19 juin (15h) au stade Puskas de Budapest. Ils ont ensuite rendez-vous avec le Portugal de Cristiano Ronaldo le mercredi 23 juin (21h), toujours à Budapest.

Sûrs de leur force, les Bleus sont à la limite de l’arrogance quand Kingsley Coman et Corentin Tolisso affirment qu’ils ont « la meilleure attaque du Monde, la meilleure équipe ».

Bien sûr, le retour inattendu de Karim Benzema dope le potentiel offensif de cette équipe qui alimente les fantasmes des spécialistes. Mais Paul Pogba a raison de tempérer ces partenaires en disant : « Ça ne sera pas facile. Je voudrais même passer ce message au monde entier et à la France : ce n’est pas gagné d’avance. On a une très belle équipe bien sûr, c’est beau, on entend beaucoup d’éloges. C’est bien, mais nous on reste les pieds sur terre. On veut encore gagner, il va falloir être frais dans la tête et ne pas croire qu’on est arrivés. »

La saga des Bleus à l’Euro a commencé avec la réconciliation inattendue entre Didier Deschamps et l’attaquant du Real Madrid.

Si la crise sanitaire n’avait pas décalé cette compétition d’un an, elle n’aurait peut-être jamais eu lieu. Écarté depuis 2015 et sa mise en examen dans une sordide affaire de chantage à la sexe-tape (elle sera jugée en octobre prochain), Karim Benzema s’était surtout attiré les foudres du sélectionneur en estimant que Deschamps avait « cédé sous la pression d’une partie raciste de la France » pour expliquer sa non-sélection. Un affront que l’on croyait impardonnable. Entre le Lyonnais et le Basque, le dialogue s’est renoué il y a quelques mois. Flamboyant avec le Real Madrid depuis plus de dix ans, Karim Benzema revient pour fluidifier l’attaque des Bleus. Meilleur communicant, sans doute plus mature, l’avant-centre rêvait de ce retour depuis très longtemps, bien avant que les Bleus décrochent une étoile de champion du monde sans lui. Plus pragmatique que têtu, Didier Deschamps respecte la règle d’or qu’il a lui-même instauré : l’intérêt collectif de l’équipe de France passe avant tout. L’équipe de France a besoin de Benzema.

Bien sûr, si la compétition tourne mal, la « partie raciste de la France » sera la première à fustiger l’enfant terrible, la double culture franco-algérienne qu’il revendique et son silence pendant la Marseillaise.

Il faudra alors rappeler que Benzema, expatrié depuis plus de dix ans, a choisi de continuer à payer ses impôts en France. Il faudra alors rappeler qu’il est footballeur, pas chanteur, libre de se concentrer comme il l’entend pendant l’hymne national. Et rappeler aussi que même Michel Platini refusait de chanter la Marseillaise parce qu’il estimait « que c’est un chant guerrier et que le football, ce n’est pas la guerre. »

C’est bien parce que le foot n’est pas la guerre qu’une forme de chauvinisme un peu naïf et surtout ludique peut s’exprimer librement au cours d’un tel événement.

Place à la compétition, aux sentiments contrastés que procure une rencontre de football, aux accélérations foudroyantes de Kylian Mbappé, aux passes ciselées d’Antoine Griezmann, aux arrêts décisifs d’Hugo Lloris, aux tacles glissés de Presnel Kimpembe.

Place aussi à N’Golo Kanté, ce joueur qui parait aussi timide et humble qu’il est omniprésent sur le terrain.

Depuis la victoire de Chelsea en Ligue des Champions, il est même devenu un favori du Ballon d’Or en cas de victoire des Bleus à l’Euro. L’histoire serait belle, elle permettrait de récompenser le joueur le plus altruiste de la plus suprême récompense individuelle. C’est dans l’intérêt collectif de l’équipe de France. C’est même dans l’intérêt des Français.

Ce ne sont pas seulement les victoires des Bleus qui les rendent plus heureux, ce sont les émotions qu’il faut traverser pour y parvenir. 

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