P Vannier
Eddie AIT, maire écologiste de Carrières-sous-Poissy, Conseiller régional d'Ile-de-France Honoraire
Abonné·e de Mediapart

6 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 mars 2021

Donnons-nous les moyens de protéger nos enfants !

Les rixes entre bandes rivales de jeunes adolescents se multiplient selon le ministère de l’Intérieur qui a recensé 357 altercations en 2020 en France contre 288 en 2019. Cette violence peut frapper partout. Notre société a un devoir d’éducation et de protection. Les maires sont en première ligne.

P Vannier
Eddie AIT, maire écologiste de Carrières-sous-Poissy, Conseiller régional d'Ile-de-France Honoraire
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Deux collégiens sont morts en février 2021 dans l’Essonne, deux jeunes ont été grièvement blessés lundi 8 mars dans le Val-de-Marne et cinq autres le mardi 9 mars, porte d’Auteuil, dans le XVIe arrondissement de Paris. Cette violence peut frapper partout. La jeunesse des dernières victimes a suscité l’émoi de notre société, effarée de voir des enfants de 13 et 14 ans se frapper avec une telle violence, jusqu’à en mourir.
Les rixes entre bandes rivales de jeunes adolescents se multiplient selon le ministère de l’Intérieur qui a recensé 357 altercations en 2020 en France contre 288 en 2019. 

Alors, onze jours après l’annonce par les ministères de l’Intérieur et de la Justice de la mise en œuvre d’un plan de lutte contre le phénomène des bandes, une réunion interministérielle a été organisée le vendredi 12 mars. Pour le ministre de l’Intérieur, cette violence va de pair avec la déscolarisation et le manque d’autorité parentale.

Le phénomène n’est pourtant pas récent. Il remonte aux « blousons noirs » des années 50 et n’a cessé d’évoluer depuis. Qui ne se rappelle pas des affrontements dans le quartier d’affaires de La Défense, en janvier 2001, quand plusieurs centaines de jeunes de Mantes-la-Jolie, de Chanteloup-les-Vignes et des Mureaux y réglaient leurs comptes et semaient le chaos ? 

Alors, la jeunesse des victimes, le rôle des réseaux sociaux et l’usage d’armes blanches doivent nous interpeller bien plus que les 25% de rixes supplémentaires en un an dont il faut souligner la concordance de temps avec les restrictions sanitaires, les confinements successifs et le couvre-feu. Depuis un an, à cause de la crise sanitaire, les associations qui permettent aux jeunes de se sociabiliser et de faire des activités sont en grande difficulté. Le désœuvrement ouvre une porte aux idées les plus déprimantes. Nombreux sont les jeunes qui ne se posent plus la question de l’interdit. Ce sentiment de ne plus exister, de ne plus avoir d’intérêt, de ne plus avoir de relations avec le monde rejaillit sur soi et sur l’estime de soi. 

Cependant, et sans céder à la panique politique et médiatique dénoncée par les sociologues, qui redoutent une politique de l’immédiateté réduite à une réponse sécuritaire, il faut souligner le manque de policiers dans nos quartiers. Ils ont été détournés de la mission de lutte contre la délinquance pour s’occuper du respect des mesures sanitaires. Ce sont les maires, avec leur Police municipale, qui pallient l’absence criante d’une police de proximité capable de désamorcer la violence des jeunes. Mais, les moyens sont limités pour nos communes, en particulier lorsqu’il faut y ajouter la surveillance des réseaux sociaux. 

Le phénomène doit surtout nous rappeler que ces adolescents sont en phase de maturation, d’émancipation et que le chemin vers l’autonomie et la majorité doit être balisé par les adultes. La récente déclaration de 115 professionnels de l’éducation et du social, acteurs de la justice des mineurs et représentants associatifs, mérite d’être lue et relue par les membres du Gouvernement. 
Leurs constats sont sans appel : absence de dialogue, une prévention spécialisée absente ou en recul dans beaucoup de territoires, manque de moyens et multiplication des annonces sécuritaires au détriment d’un travail de fond, en amont.
Là encore, les maires sont en première ligne pour effectuer avec la force des acteurs locaux - bénévoles associatifs, membres de la communauté éducative et scolaire, travailleurs sociaux… - l’identification des jeunes en souffrance et des parents dépassés. 
Les dispositifs existent pour remplir ces missions d’accompagnement de la parentalité et de protection de l’enfance. Il nous manque juste les moyens adaptés à la situation. Pour faire face à cette banalisation de la violence chez nos jeunes, il faut un effort collectif d’éducation. Dans cet effort, la famille doit être réaffirmée comme maître d’œuvre dans la socialisation des jeunes vers l’exercice de la vie en société et d’une citoyenneté responsable.

Notre société a un devoir d’éducation et de protection. Mais, elle ne peut pas se contenter d’ouvrir des prisons pour mineurs comme on cache la poussière sous le tapis. Si l’accélération de la réponse judiciaire est indispensable, il ne sert à rien de condamner rapidement le jeune pour ensuite le renvoyer dans son quotidien de violences. 

L’auteur n’a pas autorisé les commentaires sur ce billet

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
Pap Ndiaye fait déjà face au cyclone raciste
La nomination de Pap Ndiaye au ministère de l’éducation nationale a fait remonter à la surface le racisme structurel de la société française et de sa classe politique, une vague qui charrie avec elle la condition noire et la question coloniale. La réaction de l’exécutif, Emmanuel Macron en tête, donnera une première indication sur la tonalité du quinquennat.
par Ilyes Ramdani
Journal — États-Unis
Dans le Missouri, l’avortement a déjà presque disparu
En juin prochain, la Cour suprême des États-Unis abrogera probablement l’arrêt « Roe v. Wade », qui a fait de l’accès à l’IVG un droit constitutionnel. Mais dans le Missouri, État conservateur du Midwest, cela fait des années que les interruptions volontaires de grossesse se réduisent à peau de chagrin.
par Alexis Buisson
Journal — Violences conjugales
Johnny Depp/Amber Heard : un risque que les procès en diffamation sapent #MeToo
Le procès en diffamation qui oppose depuis plusieurs semaines Johnny Depp à son ex-épouse, l’actrice Amber Heard, ne cesse de susciter le malaise. Outre le côté spectacle, la diffamation apparaît ici détournée de son objectif premier. Au risque de bâillonner de potentielles victimes dans d’autres affaires. 
par Patricia Neves
Journal — International
« Sauver l’Amérique », huit ans dans les pas de ceux qui prêchent l’intolérance
Qui sont ces prédicateurs qui tentent d’imposer leur radicalisation religieuse aux États-Unis ? Qui parviennent, alors qu’une majorité d’Américains soutiennent l’IVG, à guider le bras de la Cour suprême dans un projet de décision très défavorable au droit constitutionnel à l’avortement ? Thomas Haley a suivi l’un d’entre eux, filmant ses prêches, ses actions, sa vie de famille. Glaçant.
par Thomas Haley

La sélection du Club

Billet de blog
L'effondrement de l'écologie de marché
Pourquoi ce hiatus entre la prise de conscience (trop lente mais réelle tout de même) de la nécessité d’une transformation écologique du modèle productif et consumériste et la perte de vitesse de l’écologie politique façon EELV ?
par jmharribey
Billet de blog
Rapport Meadows 9 : la crise annoncée des matières premières
La fabrication de nos objets « high tech » nécessite de plus en plus de ressources minières rares, qu'il faudra extraire avec de moins en moins d'énergie disponible, comme nous l'a rappelé le précédent entretien avec Matthieu Auzanneau. Aujourd'hui, c'est Philippe Bihouix, un expert des questions minières, qui répond aux questions d'Audrey Boehly.
par Pierre Sassier
Billet de blog
Marche contre Monsanto-Bayer : face au système agrochimique, cultivons un autre monde !
« Un autre monde est possible, et il est déjà en germe. » Afin de continuer le combat contre les multinationales de l’agrochimie « qui empoisonnent nos terres et nos corps », un ensemble d'activistes et d'associations appellent à une dixième marche contre Monsanto le samedi 21 mai 2022, « déterminé·es à promouvoir un autre modèle agricole et alimentaire, écologique, respectueux du vivant et juste socialement pour les paysan·nes et l'ensemble de la population ». 
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Reculer les limites écologiques de la croissance… ou celles du déni ?
« À partir d’un exemple, vous montrerez que l’innovation peut aider à reculer les limites écologiques de la croissance ». L' Atécopol et Enseignant·es pour la planète analysent ce sujet du bac SES, qui montre l’inadéquation de l’enseignement des crises environnementales, et les biais de programmes empêchant de penser la sobriété et la sortie d’un modèle croissantiste et productiviste.
par Atelier d'Ecologie Politique de Toulouse