La laïcité ne se négocie pas !

Marlène Schiappa voulait un débat apaisé, elle ne fait que fragiliser un pilier de notre nation alors que la loi luttant contre le « séparatisme », censée conforter les principes républicains, n’est pas encore votée et pose bien des problèmes.

À peine lancés par le Gouvernement et la Ministre déléguée chargée de la citoyenneté, Marlène Schiappa, les États généraux de la laïcité soulèvent une immense vague de critiques de tous bords. Elle risque bien de les envoyer par le fond avant la fin des trois mois de débats et de consultations qui ont commencé mardi 20 avril 2021.

Le terme, États généraux, déjà, est mal choisi. Il laisse à penser que la laïcité pourrait se négocier alors qu’elle est, par définition, un principe républicain non négociable qui ne doit pas « être réaffirmé » mais enseigné, expliqué et transmis aujourd’hui et demain, encore et toujours. Il repose sur le respect des religions, toutes les religions, ET sur un espace public neutre, séparé des églises.

L’opposé de la laïcité, ce n’est pas les religions, c’est le pouvoir politique du clergé, hier, et les propagandes religieuses, aujourd’hui. En particulier quand elles sont intolérantes. Le regretté linguiste Alain Rey l’expliquait à la radio en 2003 : « Le respect de la religion suppose la neutralité. Le respect de la pensée libre et, pourquoi pas, rationnelle, c’est la république de ceux qui croient au ciel et de ceux qui n’y croient pas. À égalité. »

Que viennent faire dans ces États généraux les thèmes des tables rondes et groupes de travail que sont la liberté d’expression, la recherche, la jeunesse, l’intégration citoyenne et le droit des femmes ? Ce foutoir renforce le sentiment d’une instrumentalisation politique de la laïcité sur fond de guerre médiatique entre ministres.

Marlène Schiappa voulait un débat apaisé, elle ne fait que fragiliser un pilier de notre nation alors que la loi luttant contre le « séparatisme », censée conforter les principes républicains, n’est pas encore votée et pose bien des problèmes. Entre les « identitaires d’extrême-droite et les indigénistes », la ministre déléguée cherche à exister médiatiquement. Elle crée surtout de la confusion dans la clarté. À croire qu’elle a regardé le film « L’aventure c’est l’aventure » à l’envers.

Mais cette aventure-là prend une tournure dramatique quand elle laisse à croire que ce sont les seuls citoyens musulmans qui sont visés. Et que le seul signe ostentatoire religieux à stigmatiser est le port du voile. Selon un sondage de l’Ifop, en mars, les lycéens français sont plus favorables à une laïcité inclusive, à « l’américaine ». C’est sans doute le signe d’un monde globalisé, où la mixité et le pluralisme complexifient l’identité, ou les identités, des jeunes générations.

On peut débattre de l’échec de l’assimilation à la française ou de la réussite de l’inclusion à l’anglo-saxonne, et vice-versa. C’est un sujet qui passionnerait sans doute les lycéens d’aujourd’hui et permettrait, peut-être, de redéfinir les limites de l’espace public où la neutralité s’impose.

En attendant, l’organisation de ces États généraux de la laïcité passe pour une atteinte à la laïcité elle-même.

Ouvrir un cahier de doléances pour ou contre ce principe républicain, c’est ouvrir la porte à toutes les propagandes religieuses.

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