Faire une Griveaux

Griveaux, Polanski aux Césars et 49.3

« Vous qui aimez la gloire, soignez votre tombeau ; couchez-vous y bien ; tâchez d'y faire bonne figure, car vous y resterez. » (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe)

 

« Jamais, pas même dans ses pratiques mystiques ou dans ses métamorphoses magiques, l'homme ne s'était risqué à refuser aussi totalement son mode d’être propre, jamais il n'avait aspiré à un rejet du destin aussi radical que celui qu'il prétend effectuer au moyen des opérations du « human engineering ». À côté des intentions de ce dernier, la construction de la tour de Babel est une histoire assez banale : la dimension que l'homme outrepassait alors n'était que celle de ses ouvrages les plus courants, la hauteur maximale qu'il s’autorisait jusque-là à donner à ses productions. Cette transgression était assez « innocente », par ce qu'il n'y avait pas de critères définissant ou fixant la hauteur limite autorisée. L'homme étant libre de produire les choses qu'il veut produire, il n'est soumis à aucun critère de ce genre ; à moins qu'il ne s'érige lui-même en critère, définissant ainsi le point limite comme le point qu'il atteint au moment où il devient « plus petit que lui-même » et où « il ne parvient plus à se suivre lui-mémé », au moment où il n'est plus proportionné à ses propres productions. Ce moment, nous y sommes.

Il est en tout cas certain que, lorsque l'homme ne tient pas compte de ce point limite et altère jusqu'à son propre corps, c'est un chapitre fondamentalement nouveau et véritablement inouï de son histoire qui s'ouvre.

[…]

Les sciences de la nature ont fait passé le monde « par-delà le bien et le mal ». Il en résulte que les problèmes de la morale, et pas seulement ses « problèmes » mais surtout nos actes « moraux » et « immoraux », sont désormais sans racines et dérivent, que nous le voulions ou non, sur l'océan moralement indifférent de l’être, un peu comme des fleurs métaphysiques qui ne concerneraient rien ni personne en dehors de nous, les hommes, et sur l'absence de conséquence desquelles nous n'avons désormais plus à nous faire la moindre illusion. Je dis bien « sans racines » : car nous avons laissé passer la chance qui nous était offerte par Kant de fonder la positivité métaphysique, la « liberté », sur l'indépendance (ou plutôt sur la semi-indépendance). La vie du moraliste n'est pas drôle aujourd'hui.

[…]

nous nous transformons en prenant nos instruments, que nous aimons tant, pour modèle ; parce que nous renonçons à être nous-mêmes la limite et que, de ce fait nous limitons ou nous abandonnons purement et simplement notre liberté. C'est pourquoi, si aventureuses que puissent être nos expériences et leurs fins, il semble impossible de dire d'elles qu'elles relèvent de l'hybris. Si nous voulons, en parlant ainsi, indiquer qu'il s'agit d'une hybridation, au sens où nous produisons de nouveaux êtres hybrides, c'est-à-dire des croisements entre le fabricant et sa fabrication, le terme possède alors une certaine légitimité. Mais qu'en est-il si nous prenons hybris dans son sens premier de « démesure » et d'« orgueil » ? Les renoncements ne sont pas des actes qui relèvent de l'hybris. « Se comporter comme un être sur mesure, ce n'est pas « transgresser la mesure ». Un tel comportement est plutôt un symptôme de résignation, voire d'auto-abaissement.

Néanmoins, la démesure n'est pas absente de ce « comportement sur mesure » et de cette résignation. Il serait naturellement absurde de contester que la tentative de nous transformer en instruments est quelque chose de monstrueux. Si un « human engineer » nous demandait comment nous le jugeons – présomptueux ou modeste ? Porté à l'hybris ou soumis ? – nous ne pourrions pas lui répondre de manière univoque. Car la « démesure » et le « comportement sur mesure » sont des phénomènes jumeaux qu'il est impossible de dissocier. Le « human engineer » est, en réalité, les deux à la fois : présomptueux et modeste, porté à l'hybris et soumis. Son attitude est une « présomptueuse auto-humiliation » et une « soumission animée par une volonté d'hybris ». »

(Gunther Anders, L'obsolescence de l'homme, tome 1)

 

Faire une Griveaux.

C'est peu de dire que le filtre andersien peut faire office de clé de lecture de l'affaire Griveaux. Car l'aventureux Benjamin, le grivois Griveaux, comme l'ont depuis surnommé les réseaux sociaux, n'a-t-il pas atteint ainsi le summum de la honte prométhéenne ? Ravalé au rang d'objet par son image, image qu'il a lui-même produite, dans un moment d'hybris c'est-à-dire d'égarement. Comme quoi, et cela Anders l'avait déjà souligné en son temps, photographie et philosophie ne font pas bon ménage, la production d'images n'étant pas, ici, amie de la sagesse.

Car le concupiscent Benjamin transgresse. Car il sait très bien ce qu'il est en train de faire, qu'il ne doit pas envoyer cette vidéo au vue de son statut d'homme public. Considération balayée d'emblée par la toute puissance, proprement tyrannique, du désir. Comme si le délire de l'hybris l'avait poussé jusqu'à ce seuil ultime, où, tel Icare se brûlant les ailes, « défiant, prétentieux, l'univers » (Céline, Mea Culpa), il permet à notre de déceler a posteriori l'essence éternelle de l'art :

« Le moindre obstrué trou du cul, se voit Jupiter dans la glace. Voilà le grand miracle moderne. Une fatuité gigantesque, cosmique » (Céline, Mea Culpa)

Les différents faisceaux que concentrent l’événement, quoi qu’hétérogènes, convergent néanmoins tous vers cette vérité fondamentale, vérité qu'on peut à bon droit considérer comme l'essence même du post-moderne. Rappelons d'abord les mots du philosophe : l'homme a cessé d’être un artiste pour devenir une œuvre d'art. C'est bien de cela qu'il s'agit. Du moment où l'homme devient plus petit que lui-même, mais pas dans le sens auquel pense Anders. Dans leur diversité, tous les protagonistes de l'affaire offrent une même perspective. À savoir celle où l'homme est la proie, le jouet de forces – non pas obscures, mais plutôt trop obscurément lumineuses et esthétisantes – qui le dépassent. Lorsque Griveaux choisit d'envoyer sa vidéo à cette jeune femme, lorsque Piotr Pavlensky choisit de la diffuser sur internet, lorsque ce même Piotr justifie son acte par sa dimension artistique et lorsque, enfin, Laurent Alexandre et Joachim Son-Forget, dont la stupidité crasse et la bassesse le disputent à la médiocrité, et dont apprend incidemment qu'ils ont en vue de créer un parti politique avec Alexandre Benalla ; choisissent de relayer l'information sur leur compte twitter, se constitue alors devant notre regard stupéfait cette Oeuvre avec une majuscule, dont nous sentons confusément qu'elle dépasse largement nos propres capacités humaines, et trop humaines de création.

Détrompez-vous. Faire une Griveaux n'est pas, comme les petits malins que vous êtes le suspectent déjà, envoyer, sur internet, ses parties à sa dulcinée, se palucher en se filmant sur son téléphone, ce qui n'est après tout pas aussi aisé qu'on veut bien le croire, se pogner dans l'empyrée virtuelle, flirter avec la transcendance numérique et atteindre ainsi l'éternité : parmi l'azur du ciel des Idées, comme dirait Chateaubriand. Non, faire une Griveaux c'est bien plus que cela. Envoyer, certes, sa bite à sa maîtresse, mais ce alors qu'on est ministre et marié. Alors qu'on se trouve sous la lumière des projecteurs, alors qu'on sait, par exemple, ce qu'il est advenu de la campagne d'Hillary Clinton, pour moins que ça. Autrement dit faire une Griveaux consiste à céder à ses plus bas instincts sans considération aucune pour tout le reste, sa famille ou sa carrière. Céder au chant des sirènes, à la tyrannie du désir et courir, avec l'insouciance la plus absolue et de manière non moins certaine, à sa perte. La témérité même, lorsque, chauds comme la braise, nous décidons, si tant est qu'on puisse ici employer ce terme, d'envoyer paître le surmoi.

Ainsi l'acte de Griveaux renvoie inéluctablement à la transgression. De même que celui de Piotr qui apprenant l'existence des vidéos s'est empressé de les diffuser. Et de même aussi que celui de ceux qui l'ont relayé – la dream team : Laurent Alexandre, Joachim Son-Forget et Alexandre Benalla – sacrifiant ainsi le soldat Griveaux au tribunal de l'opinion publique, pour le plus pur plaisir du sacrifice. Nous contemplons ici ce que Gunther Anders a appelé, relativement au problème de la positivité de la morale, le flottement incertain des fleurs métaphysiques sur l'océan moralement indifférent de l’être. Qu'est-ce sinon cela que l'allocution de Benjamin actant d'un air contrit sa démission à la course à la mairie de Paris ? En définitive Griveaux est-il rien d'autre que cet hybride fabriqué par la fabrication ? Et son parti LREM incarne-t-il autre chose que cette présomptueuse auto-humiliation, cette soumission animée par une volonté d'hybris. Je veux dire, comment ne pas voir qu'envoyer un nude de soi-même masturbant sa verge en érection lorsqu'on est dans la position de Griveaux, c'est signifier que l'homme est inéluctablement asservi à sa volonté de puissance, qu'il doit transgresser, alors qu'il sait très bien prendre des risques inconsidérés, et peut-être même surtout pour cette raison-là.

 

Polanski aux Césars.

C'est aussi sur ce schème transgressif que se structure l'affaire Polanski. Certes ce n'est pas la fonction du comité des Césars que de statuer sur la culpabilité juridique des réalisateurs. Certes, ce n'est pas la dissociation entre l'homme et l'artiste qui nous apprendra quoique ce soit. Car ce qui importe ici encore c'est de dissocier entre l'artiste et l'œuvre. Comme le soulignait Hermann Hesse, les artistes ne paraissent que trop souvent des moitiés d'homme en face de leur œuvre qui apparaît trop grande pour eux. Pourquoi ? Car comme nous y invite Michel-Ange qui se représente sous la forme d'une peau morte, c'est-à-dire mortelle, sous la forme résiduelle de cette mue opérée par l'art. La petitesse, la finitude de l'homme qui n'est en définitive que l'instrument servant la beauté éternelle immortelle et platonicienne de l'art.

Les citations qui suivent et que j'ai lues incidemment illustrent avec la plus grande clarté cette dimension platonicienne et sacrée de l'art. Elles permettent aussi, je crois, de saisir le fond de l'affaire Griveaux, qui, par la grâce et la témérité de son impudence, par la magie platonicienne de la numérisation, nous révèle, derrière l'image du branleur invétéré, cet archétype du processus créateur.

« Il semblerait qu'il y ait un archétype commun à tous les processus créateurs, à tous les processus de découverte, quel que soit le plan sur lequel ils se poursuivent et s'accomplissent. Et je soupçonne même que cet archétype ou moule originel ou forme originelle, ce « modèle » éternel pour tous les processus créateurs s'accomplissant dans la psyché (voire même, pour tous les processus créateurs sans exception, quels que soient les plans d'existence sur lesquels ils peuvent se dérouler) – qu'il se trouve incarné et inscrit de toute éternité dans la nature même de Dieu, le Créateur : de la façon dont Dieu Lui-même procède en créant – ainsi procède tout travail et tout acte créateur sans exception, que Dieu Lui-même y prête la main, ou non. » (A. Grothendieck, La clef des songes, p33)

« Ainsi par le lourd privilège du libre choix, nous sommes non des instruments inertes dans une Main qui crée, mais les irremplaçables partenaires dans une œuvre dont les desseins et la vision nous échappent, et à laquelle pourtant, en chaque instant de notre vie et quoique nous fassions, nous participons.

Nous sommes chacun et tous les partenaires élus d'une œuvre qui nous dépasse, les voix concertantes enlacées dans une Symphonie qui englobe et résout toutes les dissonances. Tel est le sens de notre vie, qui si souvent paraît dénuée de sens, telle est notre noblesse que n'effacent aucune déchéance ni aucune ignominie.

Le prix de la résistance au sens de la vie, au « Tao », le prix de la déchéance, de l'ignominie, de la peur de la vie, de l'ignorance – c'est la souffrance. Travailleuse infatigable, c'est elle qui patiemment, obstinément, nous restitue malgré nous cette noblesse que constamment nous récusons.

C'est dans la mesure où ces choses sont entrevues ou senties, que nous cessons aussi d'user nos forces à « dissoner ». Et nous qui fûmes tous des partenaires malgré nous dans les desseins de Dieu, nous sommes tous, et de tous temps, appelés à la grâce d'en être les serviteurs. » (A. Grothendieck, ibid., p75)

C'est donc l’être même de toute notre tradition philosophique et épistémologique que nous trouvons ici et dans la vidéo de Griveaux et dans la dissociation entre l'homme et l'œuvre. Cela doit nous interpeller quant à la place de l'art. A-t-on octroyé, au cours de notre évolution culturelle, une place à part à l'art ? Oui bien entendu. C'est d'ailleurs une de nos vérités anthropologiques fondamentales, la place qu'occupent nos plus anciennes peintures rupestres, sur les murs de la caverne, et la dissociation entre le religieux et le politique dans les sociétés archaïques en attestent.

L'affaire Polanski est ainsi cruciale dans la mesure où elle met au jour une dialectique entre ce qui montre et ce qui cache. Le regard, c'est l'autre face, la moitié cachée et pourtant fondamentale de l'art. Il faut renverser la perspective, l'art n'est pas dans l'œuvre en elle-même, dans sa qualité technique, dans le choix des objets représentés, dans la subtilité de leur symbolisme, mais plutôt dans le regard qui la contemple, dans le sentiment qu'elle fait naître chez le spectateur. Plusieurs tableaux du Caravage, datant de la même période, Bacchus, Le garçon au panier de fruits et Le garçon mordu par un lézard, mettent en scène cette réflexivité. Parce qu'on peut les considérer comme des auto-portraits, mais aussi parce que – et ce bien qu'on puisse en dire autant de toute œuvre d'art, en tant qu'elle représente l'art en soi – elles semblent mettre en scène cette réflexivité, l'envers de l'art et le sentiment du spectateur, dans les postures lascives, dans cette épaule qui, dans Le garçon mordu par un lézard, semble proprement sortir du tableau, ou dans le reflet en bas du tableau, comme dans le Bacchus, mettant ainsi au centre du tableau ce qui lui est par nature, par construction, extérieur et étranger.

Dans l'affaire Polanski, dans le soutien qu'il reçoit de tout ou partie de l'industrie, et dans le fait qu'il s'identifie à Dreyfus, on perçoit qu'il s'agit du mouvement inverse à celui qu'on peut déceler dans l'œuvre de jeunesse du Caravage. Il s'agit d'obscurcir, de cacher. Quand Le Caravage nous montre ce qui est caché, l'identification de Polanski à Dreyfus occulte sa culpabilité. En invoquant la dissociation entre l'homme et l'artiste, ses soutiens nous montrent ce qu'ils souhaiteraient paradoxalement laisser hors champ, la sacralité de l'art et donc l'hybris de l'artiste. Nous devons ici faire appel à la critique de l'art pour l'art qu'on trouve chez Broch, à sa jolie formule : « un maximum de valeurs esthétiques sous un minimum de valeurs éthiques ». Qu'est-ce que le choix du comité nous dit sinon cela ? Ici on peut souligner la naïveté de certain(e)s qui pensent devoir attendre autre chose de telles institutions.

« Quelle différence, je n'en vois pas, entre les Maisons de la Culture et l'Académie française ? Même narcissisme, même bornerie, même impuissance, babillage, même vide » (Céline, Mea culpa)

Qu'attendre des institutions, culturelles ou politiques ? « L'époque et le monde, l'argent et le pouvoirappartiennent aux êtres médiocres et fades. Quant aux autres, aux êtres véritables, ils ne possèdent rien, si ce n'est la liberté de mourir. Il en fut ainsi de tout temps et il en sera ainsi pour toujours. » (Hermann Hesse, Le loup des steppes) Relevons la logique psychanalytique derrière cette affirmation quelque peu nihiliste. Ceux qui ont besoin d'argent et de pouvoir n'ont, nous pouvons faire cette hypothèse, pas une bonne opinion d'eux-mêmes. Ils ont besoin d'expédients afin de la rehausser. Ils ont besoin de frimer pour voir dans le regard d'autrui l'estime qu'ils n'ont pas d'eux-mêmes. Là encore le regard joue un rôle prépondérant. Là-dessus s'édifient les institutions garantes 

Enfin, l'affaire Polanski nous révèle les rapports cachés entre art et justice. Rappelons que dans la mentalité primitive, le châtiment vient d'en haut. Point n'est besoin qu'un organe spécifique viennent se charger de punir les fauteurs de trouble, puisque les dieux s'en chargeront. C'est ce que Freud souligne dans Totem et tabou. Dans la tragédie de Sophocle l’œdipe Roi, le héros, coupable, finit, de la même manière que pour la mentalité primitive, par être rétribué pour ses fautes. Et il finit par lui-même se crever les yeux. Comme la justice aux yeux bandés, il devient aveugle, il perd le regard. Ars celare artem. Ou encore, et c'est la conclusion que propose Broch à son court essai sur le kitsch ou l'art tape-à-l’œil : « il en est ainsi de la véritable œuvre d'art. Elle éblouit l'homme jusqu'à le rendre aveugle et elle lui donne la vue. »

 

49.3 et obscénité.

« Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence, n'est pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe […]. Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. » (Macron, allocution du 12 mars)

« il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties » (Macron, allocution du 12 mars)

Que nous a-t-il été donné de voir pendant la période qui a précédé la crise du Covid ? Le 49.3 pour faire passer en force la réforme des retraites, décidé lors de la première réunion de crise consacrée justement au Covid-19, le maintien des élections ensuite, la crise des masques enfin, avec sa communication proprement surréaliste, assurément délirante sans prise aucune avec le réel. Autrement dit l'obscénité, qui naît de cette tension dialectique entre ce qui nous est donné de voir et ce qui se situe hors champ, hors scène. Si les affaires Griveaux et Polanski l'ont mises sur le devant de la scène, c'est le 49.3, crise des masques avant l'heure, qui l'amènera à cet ultime degré d'incandescence. Deux semaines de débat pour discuter de la réforme des retraites, c'est trop long, utiliser le 49.3 c'est faire œuvre de parlementarisme, etc., etc.

Comme dans le rituel du sacrifice censé être rétribué par les Dieux, comme dans les représentations de la mentalité primitive qui associent au crime une punition transcendante, comme dans la tragédie d’Œdipe, comme dans la métaphysique asiatique qui considère que les mauvaises actions des gouvernants seront compensées par un mécanisme universel et cosmique qui punira ces gouvernants, le fait de rendre justice doit amener une rétribution. Et la proportionnalité des peines est une caractéristique de la rationalité du système judiciaire. Mais, et nous observons ici en quoi nous sommes encore si proches de nos ancêtres primitifs, il n'y aura pas plus de justice dans le cas qui nous occupe ici, aucune rétribution d'aucune sorte, pour les mensonges, la mise en danger de la vie d'autrui, l'amateurisme mâtiné d'ambition personnelle des intrigants, qu'on nous a servi.

Fiat justicia pereat mundus

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