Tout reste à faire

Utopie n°1 - Jérôme Martinez, secrétaire général de La Cimade :

Le 27 octobre dernier, nous étions avec des partenaires européens au centre de la Sicile, rencontrant des demandeurs d’asile enfermés dans le camp de Caltanissetta, l’un de ces camps pour migrants qui constellentaujourd’hui l’Europe et ses pays frontaliers.

Des centaines de demandeurs d’asile, afghans pour laplupart, attendaient, certains depuis plus de cinq ans, qu’un pays européen les accepte enfin. Nous y avons vu des hommes et des femmes ayant traversé au périlde leur vie mers, montagnes, déserts, pour fuir la guerre et la désespérance. Deshommes et des femmes nous racontant l’ignominie des prisons pour étrangers en Libye, du tir à vue des militaires européens dans les eaux de la Méditerranéedans cette guerre aux migrants qui ne dit pas son nom.

La Méditerranée n’a jamais aussi bien porté son nom de berceau des civilisations et des cultures. Mais la civilisation de l’hospitalité et de la rencontre a été remplacée par celle des barbelés et du rejet de l’autre.

Ces hommes et ces femmes nous rappellent inlassablement que l’Europe ne pourra être fidèle à ses valeurs qu’en acceptant de se confronter àla réalité d’un monde d’inégalités et de misère. Ils nous rappellent que notrehumanité s’évalue au sort fait aux migrants et à la place que nous leur donnonsparmi nous.

Au moment où La Cimade célèbre ses 70 ans, nous savons que tout reste à faire.

Agir chaque jour aux côtés des migrants, pour s’opposer à la maltraitance et à la tentation des États de nier l’humain pour ne voir que les chiffres. Exiger et réaffirmer que lesdroits humains ne sont pas négociables. Résister par nos actions et notreparole à la résignation et à celles et ceux qui tentent de nous faire croirequ’il n’y a pas d’alternative.

Un peu partout, au Nord comme au Sud, la société civile s’organise pour agir, dénoncer et proposer. Des associations, des réseaux, des églises, des syndicats inventent de nouvelles solidarités et donnent corps à une société de l’hospitalité. Ils participent à un changement de regard en rendant un visage à celles et ceux qui sont contraints de migrer. Ils interpellent les États et les organisations européennes et internationales pour rappeler qu’il y a d’autres voies et que nous ne pouvons nous résigner au cynisme et au repli sur soi.

Si un droit universel à la mobilité voit le jour dans l’avenir, nous saurons qu’il vient de la conjonction de l’espoir et de l’engagement de celles et ceux qui agissent.

Jérôme Martinez

Secrétaire Général de La Cimade

http://www.lacimade.org

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