Henry, acteur de fortune, sortira-t'il de la rue ? #1

#1 Henry en errance totale sur les bords du périph parisien. Mais la beauté est aussi au rdv !

 

 

Mars 2017:  Henry en errance totale sur les bords du périph parisien.

Mais la beauté est aussi au rdv !

 

Sylvain Leser retrouve Henry dans un des tunnels du périphérique de Paris, où il le cherche depuis plusieurs mois. Sylvain à décider qu'il ferait le nécessaire pour l'aider à renouer au mieux avec le monde qui visiblement s'est presque complètement débarrassé de lui. Mais peut-être pas exactement...

 

 Le photographe Sylvain Leser qui le suit jusque dans les profondeurs de ce cauchemar est là, et n'a pas besoin de beaucoup de mots pour nous toucher ou nous troubler, même si ses mots savent le faire aussi et remarquablement.

 

 

 © Sylvain Leser © Sylvain Leser

 

 " Cette nuit prochaine qui arrive...

 Un jour à la fois.

 Depuis des mois, des personnes de tous horizons m’ont aidé
à ne pas laisser crever Henri, à la sortie de l’hiver. 
Il était terré entre les bagnoles sous le périphérique et n’avait plus la force de se lever pour aller manger dans les poubelles et ramasser les mégots par terre. Il se laissait crever sans force, là où personne n’aurait été le chercher. Lui , ce survivant qui depuis tant d’années , tel un fantôme célèste, retourne dormir dans des trous infâmes où personne ne va. "

 

(...) " Depuis des siècles, des hommes l’ont compris, qu’ils soient issues des Eglises de toutes les religions, médecins humanistes ou bonnes âmes touchées par le sort désastreux de ces frères humains qui se sont perdus en chemin et exclus de leurs propres devenirs, aux fins toujours sordides.

Beaucoup ont consacré leur vie entière à tenter et parfois réussir à les mettre à l’abri sans exiger une quelconque contrepartie, tellement le fardeau a dû être lourd et dramatique pour en arriver à s’oublier soi-même et devenir ce que l’on appelle un clochard.
J’ai connu de nombreux manques dans ma petite enfance, mais par chance mon étoile m’a permis tant bien que mal de ne pas tomber dans ce néant le plus complet."

(...) Toutefois je suis tout de même un demi fou, et chaque jour depuis que je soigne mon mal de vivre, chercher à être utile à mon prochain m’a permis de grandir et de résilier. Je suis depuis longtemps déjà un de ceux que la médecine appelle un survivant.

Beaucoup ont mal pris mes demandes incessantes à réclamer certainement de manière maladroite, d'autres m’ont fait confiance sans me juger. Et demain je l’espère, nous allons emmener Henri respirer un autre air que cette odeur de merde insupportable dans laquelle il survit depuis des décennies sans jamais se plaindre.
Alors, merci à tous ceux qui m’ont aidé à l’aider. 
Demain est encore de la science fiction...
Me suivra-t’il dans ce rêve fou qui est de revoir la vie et la beauté du monde ? Ce projet que nous avons fait, lui et moi, a pris des années. Depuis combien de temps n’avait-t'il pas parlé et entrevu un lendemain meilleur, au moins une fois de plus ?
Je ne le lâcherai pas. Pourquoi le ferais-je ? L’échec possible fait partie intégrante de cette aventure. Mais ces dernières années, j’ai vu, de mes yeux vu, des miracles se produire sur d’autres aussi esquintés que lui, considérés comme perdus par la grande majorité. L’Amour est dans mon vocabulaire et dans ma grille de lecture philosophique de la vie et de son sens, c'est le seul combat valable à mettre en œuvre.
Mourir, oui ! personne n’en réchappera, mais pas dans n’importe quelles conditions...
Alors, chacun son chemin , on a tous nos merdes... L’important à mes yeux est ce réseaux de personnes qui m’ont encouragé et qui ont surtout cherché à comprendre ce qui se tramait dans cette quête miséricordieuse.
Alors oui, cette nuit, j’ai peur, mais le danger et le risque, je connais. Il ne me reste plus qu’à la traverser à nouveau vers la confiance, son antidote... Si ça marche pour lui, ça marchera pour un autre et ainsi de suite. Et d’autres modestes projets se mettront en place. Je sais sur qui compter : les portes s’ouvrent, certaines se referment, mon regard s’affute. Chaque jour où l’amour reprend du terrain sur la colère est une bénédiction. Je ne recherche pas la reconnaissance, juste la possibilité de trouver le juste équilibre. "  Sylvain Leser

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