Une rencontre avec Michelle Perrot

L’association de lectrices et de lecteurs, « Les filles du loir » reçoivent Michelle Perrot le vendredi 14 décembre. L’historienne, pionnière de l’Histoire des femmes, parlera notamment de « son » histoire des femmes mais aussi de George Sand et du féminisme plus d’un an après #MeToo.
  • Date Le 14 décembre 2018
  • Lieu Librairie L'Imagigraphe, 84 rue Oberkampf 75011 Paris.
  • Information 19 heures. Entrée libre.

Michelle Perrot (2016) Michelle Perrot (2016)

Dans le mouvement de contestation qui s’est soulevé en France, dit des « Gilets jaunes », les femmes occupent une place importante. Cette présence des femmes sur les lieux des blocages et des manifestations ne cesse de susciter l’étonnement des commentateurs qui leur tendent volontiers le micro. Et l’on voit soudain apparaître sur les écrans habituellement accaparés par des hommes, des visages de femmes, des employées, des retraitées, des indépendantes, aux prises avec les difficultés de leur vie de femmes mal payées, qui n’en peuvent plus de devoir se priver de tout pour boucler les fins de mois familiales. Et l’on entend la voix de ces femmes mobilisées, déclarer qu’elles n’y arrivent plus, exprimer leur colère et leurs revendications.

Cette irruption de femmes « anonymes » sur la scène médiatique, qui sortent des « zones d’ombres et de silence» dans lesquelles elles sont généralement tenues, et auxquelles Michelle Perrot a consacré ses recherches d’historienne, succède plus d’un an après à un autre moment de prise de parole des femmes : #MeToo. Bien entendu, ces deux événements paraissent hétérogènes. #MeToo est radicalement nouveau et marque une avancée dans le mouvement des femmes contre leur domination. Le phénomène des gilets jaunes, pas spécifiquement féministe, se rattache sans doute à l’histoire des révoltes de subsistance où les femmes, ces ménagères, jouent traditionnellement un rôle de premier plan et serait plutôt le retour d’une forme ancienne d’intervention des femmes dans l’espace public. On comprendrait alors la plus grande bienveillance des commentateurs vis-à-vis des femmes aux gilets jaunes, plus rassurantes que celles dénonçant les violences sexuelles. Mais s’il s’agissait des mêmes, utilisant au profit de leurs luttes la force nouvelle des réseaux sociaux ?

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« Agir dans l’espace public n’est pas aisé pour les femmes, vouées au privé, critiquées dès qu’elles se montrent ou parlent trop fort», écrit Michelle Perrot dans Mon histoire des femmes. Surtout, précise-t-elle, « lorsqu’elles prétendent agir comme des hommes » et sortir du confinement social et politique que les hommes leur réservent. En témoignent aujourd’hui encore les attaques machistes dont font régulièrement l’objet les femmes politiques, les artistes et les intellectuelles engagées. L’historienne rappelle, dans ce même ouvrage qui reprend les textes des émissions de France Culture consacrées à l’Histoire des femmes (2005), qu’après les grandes revendications que sont le « droit au savoir », le « droit au travail et au salaire », les « droits civils » et les « droits politiques », succède « la conquête des droits du corps », caractéristique du féminisme contemporain. On comprend comment #MeToo, peut passionner Michelle Perrot qui, dans un entretien avec Christian Delage et Clyde Plumauzille, y voit un « événement majeur » ayant « déclenché quelque chose qui va au-delà de la sexualité

Au cours de l’Histoire, les femmes ont osé prendre la parole pour dénoncer les formes de domination masculine, d'oppression sexuelle, politique, sociale, raciale, auxquelles elles sont confrontées. Gardent-elles mieux qu’avant les traces de ce qu’elles pensent, disent et font ? Conservent-elles enfin leurs archives ? Transmettent-elles leur mémoire ?

À la lecture de Mon histoire des femmes, on comprend que briser le silence et sortir de l’invisibilité sont l’objet d’une lutte continue non seulement des femmes occidentales mais ailleurs dans le monde et que ce combat n’est pas gagné, ni partout, ni définitivement. Aussi la vigilance est-elle une nécessite, face aux signes d’une possible régression des droits des femmes. « Souvent les frontières se déplacent, mais des terrains d’excellence masculine se reconstituent. Tant la hiérarchie des sexes est loin d’être dissoute. Les acquis sont fragiles, réversibles. Des retours en arrière sont toujours possibles. Les intégrismes politiques et religieux font de l’ordre des sexes et de la dépendance des femmes un de leurs leviers. Des effets pervers, inattendus, se produisent : solitude, affrontement, violence, conjugale et autres, peut-être plus visible ou aggravées par l’angoisse identitaire, marquent des rapports de sexes souvent tendus. » Le virilisme accompagne les pires moments de l’histoire de l’humanité ; écrire l’histoire de femmes c’est donner leur place à l’ambition et au succès de celles qui refusent de vivre à l’ombre des hommes et résistent.

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