Entretien avec Arthur Zingaro pour son roman "Même les extincteurs rêvent de gloire"

Arthur Zingaro signe un roman mettant en scène son propre personnage vindicatif refusant les diktats de la société normée. Au fil de ses chapitres, c'est son quotidien d'auteur préconfiné, heureusement chahuté par sa jeune fille et secondé par son épouse dessinatrice à l'œil avisé. Voici un entretien de l'homme qui se cache derrière Arthur Zingaro pour signer cette autofiction.

Arthur Zingaro © Katia L. B. Arthur Zingaro © Katia L. B.
Cédric Lépine : Pouvez-vous rappeler votre parcours dans les grandes lignes avant d’écrire sur ce livre ?
Arthur Zingaro : Sous mon véritable nom, j’ai publié deux, trois textes dans des anthologies et des revues. J’ai coécrit le thriller Moi et ce diable de Blues (avec Richard Tabbi), avant d’adopter le nom de guerre d’Arthur Zingaro pour la publication de Même les extincteurs rêvent de gloire. À la sortie de ce dernier, j’ai créé une chaîne YouTube qui propose de courtes vidéos d’artistes-amis, disant un extrait du livre, comme Marc Duret (Le Grand Bleu, Nikita) ou François R. Cambuzat (Putan Club, Machine Rouge) : https://www.youtube.com/channel/UCePkBKpLg2sjHjkUFtcTWag
Il m’arrive aussi de chanter (https://www.youtube.com/watch?v=4JcfF2MV6a8) et de jouer dans des courts métrages (https://www.youtube.com/watch?v=i8FiPK4KuxI).


C. L. : Pourquoi avoir choisi l’autofiction ? Comment définiriez-vous celle-ci ?
A. Z. :
De mon point de vue, l’autofiction est une fiction issue des tripes de son auteur. Même les extincteurs rêvent de gloire est donc une autofiction, au sens où tout livre est une autofiction, c’est-à-dire une fiction qui part de soi. Le choix de l’autofiction découle aussi de mes lectures ; je prends mes inspirations chez John Fante, William Saroyan, Raymond Carver ou encore Richard Brautigan. Même les extincteurs rêvent de gloire suit le quotidien d’Arthur Zingaro et de sa petite famille. Arthur est un obscur écrivain sans le sou, dépressif et alcoolique qui bénéficie du soutien indéfectible de sa femme et des divagations de leur fille de 5 ans. Cette dernière apporte une grande dose d’humour au livre qui est à la fois très drôle et très grave. C’est narré sous la forme d’un journal de bord fragmentaire ; « tranches de vie » ponctuées par des séances chez le psy en guise de fil rouge. C’est « immersif », inventif, fluide, corrosif, poétique, plein d’humanité, universel aussi, car tout le monde peut s’y retrouver. C’est également varié en termes d’écriture avec différents niveaux de langage, un peu d’argot, du vocabulaire plus recherché, des métaphores et comparaisons poétiques...


C. L. : Quelle est la part de réalité et de fiction dans ce récit ?
A. Z. :
On commence par collecter des idées, rédiger des notes, ça devient une sorte de T.O.C., puis on assemble les pièces du puzzle, on articule un « squelette » et on fait des choix pour l’habiller. Par conséquent, « tout est vrai » ou « tout est faux » serait une réponse acceptable à votre question. D’ailleurs, votre perception du monde ou simplement d’un événement ne sera jamais exactement la même que celle de votre voisin. Pour autant, sa réalité lui paraîtra tout aussi réelle que la vôtre. Il nous arrive à tous de verser dans la fiction lorsqu’il s’agit de revisiter nos souvenirs. On peine parfois à distinguer la réalité de la fiction. Est-ce que ça s’est vraiment passé ainsi ? Est-ce que j’ai dit ça ? Est-ce que j’ai fait ci ? Vous allez penser que je biaise et vous aurez raison. C’est ma façon de répondre à la question tout en n’y répondant pas. Le faisant, j’aurais l’impression de rompre la magie en dévoilant mes tours.


C. L. : Qu’est-ce qui vous a conduit à choisir l’autodérision et un esprit vindicatif pour donner vie aux aventures de votre personnage ?
A. Z. :
L’esprit vindicatif est chevillé au corps de mon protagoniste. Comme il le dit dans le livre, son corps « contient plus de colère que d’eau ». Il est en réaction perpétuelle avec le modèle de société qu’on lui impose, avec l’absurdité ambiante, l’hypocrisie, l’injustice, le mépris et ainsi de suite. Arthur observe le monde et ses habitants, pointant avec justesse et humour les travers de l’époque et de ses contemporains, sans oublier les siens. C’est un rouspéteur-né, et comme le Français est râleur, paraît-il, ça fait de lui un personnage universel, chacun peut se retrouver en lui. C’est l’histoire d’un mec, de sa femme et de sa gamine ; ce mec, c’est moi, mais c’est aussi vous. Un chroniqueur l’a comparé à Jean-Pierre Bacri et de mon côté, j’ai mis cette phrase de Bukowski en exergue du livre : « Écrire se résumait peut-être à une forme de rouspétance ». Je suis d’accord avec ça. Quant à l’autodérision, ce sont les aléas de la vie qui vous dotent de ce « sixième sens ». Et il ne suffit pas de critiquer tout et tout le monde, il faut aussi faire son autocritique de temps à autre.


C. L. : Comment procédez-vous pour écrire : est-ce que les chapitres ont été écrits chronologiquement ? Avez-vous bénéficié de plusieurs retours de réécritures avec des personnes de votre entourage ?
A. Z. :
Au départ, il s’agit d’idées que j’ai agencées plus ou moins consciemment. Je crois beaucoup au principe de « synchronicité » ; les éléments s’emboîtent parfois miraculeusement d’eux-mêmes. Concernant les collaborations, j’ai œuvré « conjointement » avec ma « conjointe », Katia L. B., qui signe également les caricatures du livre. Mon ami écrivain Richard Tabbi (auteur de Zombie planète et Ulan Bator) m’a aussi aidé à trouver ma voie dans ce dédale littéraire constitué de centaines de pages de notes. Enfin, pour permettre au protagoniste de dire sa vision du monde, de l’époque ou de son environnement, je n’ai pas hésité à rapprocher des événements n’ayant pas eu lieu au même moment.


C. L. : À quel moment et pourquoi ce titre est devenu une évidence ?
A. Z. :
Au moment où j’ai découvert la photo qui allait devenir la couverture de mon livre. L’idée d’associer ce titre à cette image a fait tilt, sonné comme une évidence. Dès le départ, je souhaitais un titre abstrus, curieux, qui m’évoquerait certains titres de Bukowski comme Le Capitaine est parti déjeuner et les marins se sont emparés du bateau ou certains titres de Richard Brautigan comme Sucre de pastèque ou bien La Pêche à la truite en Amérique. De même que La Pêche à la truite en Amérique traite davantage de la vie avec poésie que de la pêche, Même les extincteurs rêvent de gloire ne cause ni de pyromanes ni de pompiers. Le pourquoi de ce titre trouve tout de même sa réponse au détour d’une phrase du livre.


C. L. : Quels liens faites-vous entre vos descriptions précises de votre quotidien et le choix des dessins hyperréalistes de Marylin qui figurent dans votre ouvrage ?
A. Z. :
L’idée d’intégrer des illustrations au cœur du texte m’est venue à la lecture d’un livre de Charles Bukowski qui renferme des dessins de Robert Crumb. Et, ayant la chance d’être marié à une talentueuse dessinatrice, je lui ai proposé de bosser ensemble sur un genre de journal illustré. Ces caricatures sont un prolongement du texte qu’elles viennent ponctuer. Elles enfoncent le clou de l’autodérision et de la caricature. Je tenais absolument à ce qu’elles soient présentes dans le livre.


C. L. : Comment avez-vous trouvé votre éditeur et dans quelles conditions ?
A. Z. :
Initialement, Les éditions du Riez, qui avaient édité mon premier livre, devaient aussi publier Même les extincteurs rêvent de gloire, mais la maison a mis la clef sous la porte. Néanmoins, le manuscrit ayant été validé par un éditeur et souhaitant que mon livre soit publié tel que je l’avais conçu, j’ai renâclé à l’envoyer aux « Grandes Maisons ». Quant aux « Petits Éditeurs », je sortais d’en prendre comme on dit, alors je me suis naturellement rapproché des éditions du Horsain dont je connaissais le responsable. J’ai quand même envoyé mon texte à deux, trois éditeurs, recommandés par des tiers. Peu avant la sortie du livre, un an après, ils juraient leurs grands dieux qu’ils allaient bientôt se plonger dans mon tapuscrit.


C. L. : Pourriez-vous être inspiré pour écrire un nouveau récit sur la situation d’un auteur de romans dans les conditions sanitaires actuelles où la culture, méprisée comme inessentielle, est officiellement mise entre parenthèses par le gouvernement français ?
A. Z. :
Honnêtement, pour l’heure, je n’ai pas la moindre envie de venir grossir les rangs des auteurs ayant déjà écrit sur le sujet. Lorsqu’on aura plus de recul sur tout ce merdier, à la rigueur, à condition de trouver un angle original. Sinon, à quoi bon ? Par ailleurs, Même les extincteurs rêvent de gloire peut être lu comme le livre d’un « confiné », plus ou moins volontaire, qui aspire au voyage. Un auteur « se confine » généralement pour écrire, c’est une activité solitaire. Aussi, peur, mise à part, le confinement n’a pas bouleversé mon quotidien. J’avais plutôt l’impression que tout le monde allait désormais vivre à ma façon. Quant à la culture, elle est essentielle. Pour moi, il n’y a pas débat. Je le dis dans mon bouquin, l’homme est un être pensant et si combler ses besoins vitaux suffisait à son bonheur, aucun livre n’aurait été écrit.

On peut se procurer mon livre de préférence chez l’éditeur ou via cette adresse : arthurzingaro@yahoo.com

 

 

 

couverture
Même les extincteurs rêvent de gloire
d’Arthur Zingaro

Nombre de pages : 272
Date de sortie (France) : 30 juin 2020
Éditeur : Les Éditions du Horsain

 

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