L’indépendance de l’art : une valeur marchande dans l’industrie du cinéma français

L’économie du cinéma en France repose sur une spécificité singulière, inédite dans le monde : la notion d’indépendance et d’art et essai. Marina Fosse à la suite d’une recherche universitaire, livre dans cet ouvrage ses analyses de cette construction symbolique et économique.

Parution du livre Distributeurs et exploitants de cinéma de Marina Fosse

C’est à la suite de la rédaction d’un mémoire soutenu en 2019 à l’Université de Rouen-Normandie autour de la notion d’indépendance dans l’industrie du cinéma en France à la fois comme valeur identitaire et marchande que Marina Fosse propose dans cette édition publique de L’Harmattan une réflexion ouverte à tous sur les dynamiques de la diffusion nationale du cinéma à l’heure actuelle. Pour comprendre les enjeux sans cesse revendiqués d’indépendance comme valeur affichée autant par de grands groupes économiques que de structures beaucoup plus modestes, Marina Fosse se plonge tout d’abord dans l’histoire spécifique de l’industrie du cinéma de ses origines industrielles, foraines et populaires, en passant par une confiscation par les élites politiques et intellectuelles dans les deux premières décennies du siècle, une revendication auteuriste dès les années 1920, une recentralisation étatique sous Vichy et sa continuité d’après-guerre, une nouvelle vague de revendication artistique et auteuriste centrale qui débouche sur la notion très forte de « cinéma d’auteur » et plus largement du label « art et essai ». Dans les années 1950 et 1960 en effet, autour de l’exercice politique, associative et syndicale d’organisations comme l’AFCAE (Association Française de Cinémas d’Art et d’Essai), du FNCF (Fédération Nationale des Cinémas Français), etc. répondant à une organisation offensive de l’industrie du cinéma outre Atlantique incarnée par la MPEAA (Motion Picture Exportation Association of America), toute l’économie hexagonale réorganise et contrôle étroitement la diffusion d’un cinéma potentiellement de niche qui est devenu peu à peu un secteur en soi institutionnalisé. Dès lors, l’indépendance réclamée et revendiquée par tous s’exprime à travers des valeurs distinctes et non convergentes, les puissantes structures de distribution et d’exploitation se réunissant pour faire face aux films étrangers venus d’Hollywood alors que les plus modestes structures développent leur solidarité pour survivre aux attaques agressives de prises de monopoles de ces mêmes puissantes organisations nationales représentant officiellement l’Art et l’Essai. La démarche de Marina Fosse est d’autant plus pertinente qu’elle met en lumière un fonctionnement connu par tous par les professionnels eux-mêmes mais jamais explicitement partagé sur l’espace public : il y a donc toute une hiérarchie quasi pyramidale du côté de ceux qui défendent l’indépendance et le cinéma d’art et essai en France, organisant et distribuant notamment les subventions de fonctionnement au niveau national comme au niveau d’une collectivité. Marina Fosse développe cette analyse globale parallèlement à une recherche locale autour de quelques témoignages conservés anonymes, d’acteurs économiques de l’exploitation cinématographique à Rouen et ses alentours. La somme d’informations réunies permet d’avoir un panorama global, sans pour autant être exhaustif, des dynamiques du paysage actuel de l’industrie du cinéma autour de la nébuleuse notion de cinéma d’auteur, opposant frontalement et parfois violemment des organisations comme le BLIC (Bureau de Liaison des Industries du Cinéma) et le BLOC (Bureau des Organisations du Cinéma), le DIRE (syndicat des Distributeurs Indépendants Réunis Européens) et le SDI (Syndicat des Distributeurs Indépendants). Une nébuleuse distribution des pouvoirs en France sur laquelle Marina Fosse ouvre un sain éclaircissement.

 

 

9782343204864b
Distributeurs et exploitants de cinéma. Quelle place, hier et aujourd'hui, pour la vocation dans un monde marchand?
de Marina Fosse

Nombre de pages : 274
Date de sortie (France) : 10 juillet 2020
Éditeur : L’Harmattan
Collection : Logiques sociales

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