Le mélodrame au cinéma, une expression éminemment démocratique

Objet de discrédit d’une certaine partie de la critique française, le terme « mélo » a même été le terme utilisé pour jeter l’opprobre à un film. Françoise Zamour rend ses lettres noblesses à un genre éminemment démocratique dans le dialogue qu’il noue depuis ses origines avec ce que d’aucun nomment le « peuple ».

Au sujet du livre Le Mélodrame dans le cinéma contemporain de Françoise Zamour

Françoise Zamour offre avec cette édition le résultat d’une longue recherche qui a fait l’objet d’une thèse sous la direction de Jean-Loup Bourget à l’université Paris 3 et qui fut soutenue en 2013. L’ambition et le sens des analyses très poussées portent ici toute la dimension de la recherche universitaire pour appréhender sous un nouveau jour l’idée du mélodrame mésestimé, source d’un grand malentendu. Elle rappelle l’origine du genre qui se situe durant la Révolution française où le théâtre se démocratise en rencontrant le peuple : dès lors, les sujets et la mise en scène sont distincts du théâtre classique, voyant apparaître ledit mélodrame qui traverse le XIXe siècle, enrichissant toute la littérature jusqu’à épouser en toute légitimité le cinéma fraîchement inventé. L’autrice identifie plus particulièrement David W. Griffith comme l’un des premiers cinéastes à travailler profondément le mélodrame pour créer un genre cinématographique auquel les générations suivantes ne cesseront de se référer. Si Douglas Sirk est la figure centrale et unanimement reconnue du mélodrame, cette reconnaissance est due à la filmographie fulgurante de Rainer Werner Fassbinder qui selon Françoise Zamour est l’initiateur du mélodrame contemporain. Son ouvrage lui permet de définir avec des analyses sémantiques très fines qui se réfèrent à de nombreux théoriciens et autres penseurs du cinéma, notamment de Stanley Cavell le plus ardemment et constamment cité ici. Elle parcourt le genre avec une volonté délibérément internationale de prospection où émergent régulièrement quelques cinéastes : Robert Guédiguian, Pedro Almodóvar, Clint Eastwood et Aki Kaurismäki. Ce sont surtout sur ces quelques cinéastes que son corpus d’analyse est développé, faisant hélas l’impasse sur toute l’Amérique latine qui comporte pourtant un lien extrêmement étroit avec le mélodrame, notamment dans le cinéma mexicain. L’absence également de réalisatrices laisserait entendre que le mélodrame a été le privilège de réalisateurs qui ont notamment embrassé le genre au cours de leur filmographie, jamais à leurs débuts. Sont d’ailleurs absent toute une nouvelle génération de cinéastes porteurs de nouveaux de cinéma comme Xavier Dolan.

Les analyses proposées permettent un nouveau point de vue sur l’histoire d’un genre qui a innervé de l’intérieur plusieurs autres genres, comme notamment dans les films de guerre de Steven Spielberg Il faut sauver le soldat Ryan ou encore le diptyque de Clint Eastwood sur Iwo Jima. Françoise Zamour offre ainsi de nombreuses clés pour savourer la richesse de références multiples du cinéma international et faire du mélodrame un outil d’expression offert au plus grand nombre.

 

 

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Le Mélodrame dans le cinéma contemporain. Une fabrique de peuple
de Françoise Zamour

Nombre de pages : 307
Date de sortie (France) : 7 janvier 2016
Éditeur : PUR (Presses Universitaires de Rennes)
Collection : Le Spectaculaire

 

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