La rédemption par le ballon : une histoire d'amour père-fils

Le jeune Enzo est passionné de football. Un jour, il laisse entendre qu'il est sélectionné par l'Arsenal en Angleterre afin de redonner espoir à son père séparé de sa mère et qui s'est plongé dans l'alcool. Jusqu'où ira-t-il avec ce mensonge ?

Au sujet du roman graphique Dream Team de Mario Torrecillas et Artur Laperla

À l'occasion de la sortie au cinéma du film Fourmi réalisé par Julien Rappeneau, il est intéressant de revenir jeter un œil sur le roman graphique dont le film est l'adaptation : Dream Team écrit par Mario Torrecillas, dessiné par Artur Laperla, édité en 2016 en France par nouveau monde graphic. L'histoire se déroule dans un quartier d'une banlieue défavorisée d'Espagne où les espoirs d'un jeune enfant dont les parents séparés ne peuvent plus s'entendre, ont été placés dans un ballon de football et la figure idolâtrée de Zinédine Zidane. Son père est quelque peu encombrant, surtout quand il a décidé de le soutenir lors d'un match alors qu'il est encore ivre. Cependant, le petit Enzo est bien décidé à redonner un espoir à son père en lui faisant croire qu'il a été sélectionné dans une prestigieuse équipe anglaise. Il se trouve que le mensonge aboutit à une véritable transformation chez son père qui a décidé de se reprendre en main pour son fils. L'histoire est racontée à partir du regard d'Enzo, préadolescent qui doit faire face à un monde en crise, comme en témoigne ce quartier défavorisé espagnol où son ami Billén est frappé par son père intégriste, son amie Erika se taille les veines souffrant de l'absence de son père qu'elle n'a jamais vu, son ami Gimbo s'est enfermé dans sa chambre qu'il ne veut plus quitter... La jeunesse espagnole est ici bien sans espoir et pourtant, la solidarité indéfectible entre eux, même dans les mensonges, leur permette d'avancer progressivement et durablement. Les adultes semblent enfermés dans leur cage étroite, comme traumatisés par le poids trop lourd de l'histoire qui les conduit à errer comme des êtres irresponsables.
Le récit imaginé ici par Mario Torrecillas et imagé par Artur Laperla (Super Patate) ne s'enferme jamais dans le misérabilisme, préférant emprunter la voie du décalage au trait humoristique suffisamment fin pour être pudique et respecter la dignité de chacun des personnages. Une belle histoire flirtant avec le
feel good movie des valeurs humaines capables de renaître sur les cendres des ravages du néolibéralisme économique.




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Dream Team
de Mario Torrecillas (textes) et Artur Laperla (dessins)

Nombre de pages : 416
Date de sortie (France) : 2 juin 2016
Éditeur : nouveau monde graphic


 

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