L’errance initiatique ou le rêve de la mer

Un jeune garçon se retrouve sur une barque avec la ferme intention de traverser la mer avec peu d’affaires pour l’accompagner en dehors d’une vieille tasse et d’une poignée de terre.

Parution de l’album : Là-bas de Rebecca Young et Matt Ottley

Cette histoire minimaliste est d’une puissance d’efficacité fascinante rappelant la force de la nature dans La Tortue rouge (2016) de Michael Dudok de Wit. Comme dans ce conte métaphysique, long métrage d’animation coproduit par les studios Ghibli, Là-bas est entièrement dévoué à la force du dessin pour témoigner de la force des éléments. Le personnage principal, seul sur sa barque, n’a que peu d’individualité d’autant plus que l’on distingue à peine ses traits, son visage se défilant sans cesse à l’attention du lecteur. Ce personnage dans un parcours initiatique qui lui fait risquer de prendre la mer pour trouver un nouvel horizon n’est qu’un prétexte à saisir et vivre puissamment la force des éléments autour de la peinture de Matt Ottley qui est notamment présente sous une forme impressionniste pour témoigner de la texture même des vagues. Ce qui traverse cette histoire ce sont ces majestueuses étendues maritimes où la peinture se révèle sans cacher les gestes de son trait, préférant à l’illusion la réalité de l’acte pictural.

Comme pour La Tortue rouge le fantastique peut s’inviter dans des moments de grand silence pour offrir une opportunité heureuse à un individu abandonné à lui-même dont sa présence, seul dans une barque, se prête à diverses métaphores, entre le rite de passage visant à entrer dans un autre âge après l’enfance, le jeune garçon quittant sa terre maternelle pour de nouveaux horizons, et l’évocation de la figure du migrant de toutes époques bravant les éléments les plus déchaînés pour reconstruire ailleurs une nouvelle vie après avoir tout laissé de sa vie derrière lui.

Les textes de Rebecca Young viennent parcimonieusement accompagner et entraîner ce récit pictural qui prend notamment aussi de grandes libertés pour trouver la forme la plus adéquate pour porter son récit, des doubles pages majoritaires avec un dessin unique aux autres consacrés à une accélération du récit. Un livre qui fait autant rêver par la poésie de son expression picturale que de son histoire, simple et douce.

 

 

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Là-bas
TEACUP
de Rebecca Young (autrice) et Matt Ottley (illustrateur)
traduit de l’anglais (Australie) par Rose-Marie Vassallo

Nombre de pages : 32
Date de sortie (France) : 18 mars 2020
Éditeur : L’École des Loisirs
Collection : kaléidoscope

 

 

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