Mon adolescence russe hantée

Anya, jeune adolescente un peu complexée, renie ses origines russes. Un fantôme nommé Emily vient hanter sa vie pour son propre bonheur.

Parution du roman graphique La Vie hantée d’Anya de Vera Brosgol

Sorti quelques mois plus tôt également aux éditions Rue de Sèvres, Un été d’enfer est sorti pour la première fois dans son pays d’origine, les USA, en 2018 sous le titre Be Prepared ! alors que La Vie hantée d’Anya est sorti en 2011 sous le titre Anya’s Ghost. Les deux livres sont écrits à partir d’une inspiration autobiographique notamment autour des questions d’identité propre à l’adolescence. Un été d’enfer et La Vie hantée d’Anya peuvent se suivre puisque le personnage principal est dans les deux cas une adolescente d’origine russe (comme Vera Brosgol) dont le petit frère est quelque peu embarrassant. En revanche, le style graphique est différent, moins tourné vers l’humour mais pleinement tourné vers les affres de l’adolescence dans La Vie hantée d’Anya. Le style graphique par ses traits simples comme le décor ambiant avec notamment l’usage du Noir & Blanc offre des similitudes avec Persepolis de Marjane Satrapi. Dans les deux cas, les autrices traduisent leur propre adolescence et leurs difficultés à s’imposer en tant que jeune femme dans une société où elles se sentent étrangères. Dans cette histoire, Vera Brosgol ajoute au contexte autobiographique un élément fantastique en la présence d’un fantôme féminin qui souhaitera être le double toujours plus omniprésent de la jeune Anya. L’apparition du fantastique permet de développer les préoccupations tournant autour de l’affirmation de soi en les soulignant davantage avec un fantôme toujours plus décomplexé. L’approche du récit et la caractérisation du personnage principal éponyme saisit avec perspicacité les affres et autres préoccupations de l’adolescence, qui plus est lorsque l’on est étrangère à un pays et qu’en tant qu’adolescente on multiplie encore les efforts pour s’intégrer discrètement à l’ensemble d’un groupe humain dominant. Le cadre magique d’un fantôme bénéfique qui peut se révéler maléfique n’est pas sans rappeler le film d’animation Coraline d’Henry Selick auquel Vera Brosgol a participé en contribuant à la réalisation du storyboard dudit film. Les personnages de Coraline et Anya doivent faire face à leurs propres fantômes pour trouver finalement leur place auprès de leur famille, même si celle-ci se révèle décevante par rapport à ses propres attentes. Un récit prenant et qui ne manque pas de surprise nourri avec une singulière pertinence quant à la représentation de l’adolescence.

 

 

la-vie-hantee-danya
La Vie hantée d’Anya
de Vera Brosgol (dessin et scénario)

Nombre de pages : 224
Date de sortie (France) : 28 août 2019
Éditeur : Rue de Sèvres

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.