Un été au cœur de l’hiver

Pour qui souhaite un peu de lumière au cœur de l’hiver – et se changer les idées plombées par l’actualité, excepté en Grèce (justement) –, peut-être la lecture du court récit Un été de Vincent Almendros le satisfera. En effet, cette petite croisière méditerranéenne, sensuelle et troublante, évoquant parfois l’atmosphère du célèbre film Plein soleil, est un plaisir de lecture.

Le narrateur part avec son frère Jean sur le voilier de ce dernier. Chacun est accompagné : Lone (effectivement bien seule dans cette histoire), la belle et jeune suédoise accompagne le premier, Jeanne, femme décidée, tout en étant ambigüe, est la compagne du second. La proximité avec son conjoint, peu évidente au court du récit, se voit d’abord dans son prénom – Jeanne et Jean – et se confirmera par la suite : c’est en fait un redoutable duo. L’ombre du désordre amoureux, dans cette histoire, vient du fait que Jeanne est l’ancienne amante du narrateur et que tout pourrait bien recommencer entre eux. Tous les ingrédients du drame se trouvent ainsi réunis sur un minuscule bateau…

… mais le drame n’aura pas lieu. Court récit, Un été n’est pas véritablement un roman comme l’assure l’éditeur sur la couverture. La fin est une véritable chute et fait de ce récit, sans conteste possible, une nouvelle, développée, certes, mais tout de même une nouvelle. Il aurait pu être suggéré à l’auteur de ne pas se limiter et de développer une dramaturgie parfaitement mise en place plutôt que de s’en tenir à une fin bien trouvée, efficace, mais qui frustre quelque peu le lecteur tant il peut se sentir bien sur ce bateau, en pleine Méditerranée, attendant que la sensualité se mue en véritable érotisme, que la tension aille jusqu’à son acmé : « L’atmosphère s’alourdissait considérablement comme avant un orage, la cabine s’emplissant d’une sorte d’électricité. Je me sentais gauche. Mes mains caressaient son ventre, son bassin, elles redécouvraient son corps, remontaient sur ses seins et glissaient le long de sa taille… (p. 59) ».

Malgré ces quelques réserves, il n’est guère douteux que Vincent Almendros produira bientôt un grand roman, agréable et simple à lire, puisqu’il n’a pas le style précieux de certains auteurs de la maison Minuit. En attendant, nous pouvons tout de même goûter ces prémices narratives et lire aussi sa première fiction éditée : Ma chère Lise.

Vincent Almendros, Un été, éditions de Minuit, 2015, 95 p., 11 € 50

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