Le viol des femmes : Évolution du droit et Justice

Certains auteurs ont le courage de s’attaquer à des questions qui imposent de plus en plus d’être politiquement correct. Pour le dire autrement, certains points de vue sont de plus en plus difficiles à soutenir tant le débat peut s’avérer passionnel, voire violent : on n’hésitera pas à jeter l’opprobre sur ceux qui les auront défendus. Marcela Iacub est de ces auteurs défendant ces points de vue.

Certains auteurs ont le courage de s’attaquer à des questions qui imposent de plus en plus d’être politiquement correct. Pour le dire autrement, certains points de vue sont de plus en plus difficiles à soutenir tant le débat peut s’avérer passionnel, voire violent : on n’hésitera pas à jeter l’opprobre sur ceux qui les auront défendus. Marcela Iacub est de ces auteurs défendant ces points de vue.

Dans son dernier petit livre, Une société de violeurs ?, avec comme bandeau d’accroche « DSK, la justice américaine et les femmes en France », la spécialiste du droit analyse la réception médiatique et publique de l’affaire qui avait explosé soudain sur nos écrans en mai dernier. C’est un petit livre dense qui tente d’argumenter sur les conséquences d’une affaire de justice sans trop s’éloigner du domaine du droit. La thèse du livre est simple à résumer : l’affaire DSK serait le révélateur d’une nouvelle conception du viol, le « viol sexiste ».

Tout d’abord, M. Iacub commente la tourmente médiatique qui s’est emparée de l’affaire au point de perdre toute objectivité concernant ses conclusions. À partir du moment où l’accusation pouvait s’appuyer sur les mœurs dissolues et le machisme de l’accusé – confirmés par les suites judiciaires en France –, plus personne ne s’intéressait véritablement à sa culpabilité ou à son innocence dans cette affaire. Pourtant le rapport du procureur Vance semblait sans équivoque. Ensuite, malgré le non-lieu, l’accusation a été confortée par l’hypothèse, non valide d’emblée du point de vue du droit, selon laquelle la plaignante avait de toute manière été la victime d’une sorte de droit de cuissage : le statut social supérieur d’un homme aurait permis une domination sexuelle – une sidération psychique liée au statut social mais aussi à l’origine ethnique et au sexe de la personne incriminée.

Parler de domination masculine, voire de sidération psychique de certaines femmes vis-à-vis d’homme importants, n’est guère contestable dans la société, qui plus est dans le monde politique. Toutefois, l’A. montre bien que le droit est le moyen de rendre la justice et non d’accumuler les erreurs de justice au service d’une cause. Et, puisque Iacub critique sévèrement quelques personnalités féministes qui réclament une plus grande efficacité judiciaire concernant le viol des femmes, on reste effectivement pantois face à des revendications finalement très sécuritaires alors que les prisons françaises sont déjà surpeuplées. Certes, le bracelet électronique est la solution déjà largement utilisée – affaire Polanski, affaire Assange pour les plus médiatiques – comme on le lit dans le dernier roman de Russell Banks (Lointain souvenir de la peau). Mais la problématique demeure : dans quel cadre éthique doit-on combattre le viol ?

Selon M. Iacub, « le » féminisme radical souhaiterait élargir la catégorie du viol pour en faire, non plus un acte propre à des délinquants sexuels, c’est-à-dire relevant de pathologies, mais un acte bien plus banal et allant au-delà du simple consentement – viol conjugal – puisqu’il serait l’expression même de la domination masculine. Comme l’énonce l’auteur, le viol reste basé sur la notion de consentement dans le droit français et nous n’en sommes pas encore à suspecter tout homme d’être un potentiel violeur. Toutefois, même si elle n’en parle pas, il faut savoir que le droit suédois a déjà évolué dans ce sens et c’est la raison pour laquelle Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, se trouve toujours accusé de « viol » par deux plaignantes dans le cadre de relations sexuelles consenties. Comme le dit la sociologue Véronique le Goaziou, auteur d’une étude sur le viol en France que cite d’ailleurs Iacub, ce petit livre de la juriste est « une précieuse mise en garde » contre ce type de dérive.

Pour conclure, même si l’on peut avoir quelques réserves concernant l’interprétation des commentaires de la classe politique et journalistique dès la connaissance de l’affaire – on peut difficilement nier le sexisme patent de certains propos qui ne faisaient que refléter les habitudes machistes d’un milieu dominé par les hommes –, on peut également avoir comme l’auteur des raisons de s’inquiéter d’une évolution à venir du droit qui pourrait criminaliser à terme les uns pour mieux protéger les autres. Si la justice est intemporelle et universelle, le droit n’est que l’émanation d’une société qui évolue. Or il n’est pas certain qu’un modèle à la suédoise puisse être dans l’esprit des droits de l’Homme, clairement centrés sur la notion de justice.

 (voir le prolongement sur mon blog)

 Marcela Iacub, Une société de violeurs ?, Paris, Fayard, 2012, 138 pages, 14 euros.

 

 

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