Bordeaux, ville inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, ville phare de  l'Aquitaine, fleuron de l'urbanisme français, célébrée partout pour son art de vivre, ville tendance, ville connectée, ville fluide, ville animée, capitale régionale, métropole d'équilibre mais avec quel horizon urbain dans sa périphérie ?

Un exemple se profile non loin à 90 kilomètres tout juste, sur l'ancienne nationale 113, peu après la frontière entre deux départements voisins mais si différents, la Gironde et le Lot-et-Garonne, cet exemple c'est Marmande. Cette ville est désormais connue pour autre chose que sa production fruitière avec le festival  estival de masse appelé Garorock. Mais cependant, Marmande représente parfaitement le délitement des structures urbaines à la périphérie lointaine des métropoles. Depuis les années 80 et l'installation des hypermarchés aux sorties principales de la ville, ces pôles commerciaux ont servi de point de fixation de toutes les enseignes franchisées qui se sont développées par la suite, bien souvent avec les mêmes capitaux que ceux des grandes surfaces alimentaires. La municipalité n'a eu de cesse d'accompagner ce mouvement en déployant une série de ronds-points, peu à peu connectés les uns aux autres par une pseudo-rocade à deux voies. Les zones habitées qui se sont enclavées ont peu à peu été rachetées par les propirétaires des aires commerciales et ont été détruites pour devenir des aires de stationnement. Les champs qui jouxtaient ces zones se sont vendus au grés des révisions des plans locaux d'urbanisme. Insensiblement ces hangars peinturlurés de couleurs primaires et criardes, construits exclusivement en structure métalliques, habillées de panneaux de tôles, parallépipèdes stricts, simplement ornées d'enseignes luminescentes ont détourné la clientèle des commerces du centre-ville à leur profit. Les élus, reélus régulièrement ont doucement protesté contre la désertification du centre, car les commercants ont toujours constitué une force, du moins du temps  de leur grandeur. Et sans que personne n'y trouve grand chose à redire, de liquidation en fermeture, les rues de Marmande sont devenues désertiques, la mairie rachetant tout ce qu'elle pouvait pour cacher l'évidence.

Mais qui se plaint finalement ? Les bus roulent jusqu'à la zone, permettant aux personnes agées et aux "sans-permis" d'accéder aux temples de la consommation. La laideur des lieux, construite patiemment a permi aux yeux de s'habituer à cette esthétique universelle des temps modernes. Prendre sa voiture, l'exhiber, se garer, faire un achat, reprendre sa voiture pour se garer 200 mètres plus loin est devenu une routine, une pratique commune de la ville. Et nous y voilà, insensiblement aller arpenter les rues piétionnes de Marmande est devenu incongru. Exit le centre historique, après Marmande la jolie, bienvenue à Marmande la zone. Mais ne soyons pas trop durs pour cette petite ville, Agen ne fait pas mieux, Langon, plus près de Bordeaux rejoint la cohorte des villes désertifiées et même l'historique Bazas se fourvoie après avoir longtemps résisté. La ville hormis si elle est métropole, ne peux plus être ville mais simple maillage de zones résidentielles reliées à des zones d'activités par une myriade de carrefours à sens giratoire.

Les petites villes disparaissent tout doucement sans faire de bruit en tant que coeur battant des territoires. Les maisons à colombage, les facades XIXème ornent les cartes postales et les sites internet des offices de tourisme, mais le coeur n'y est plus. Bordeaux peut briller et brillamment, elle peut s'ennorgueillir de son succès, mais elle brille un peu seule et peut-être au détriment des autres. La dernière vitalité non délocalisable qui susbiste encore dans les petits villes se limite donc aux fameuses zones commerciales et zones d'activités. Rien de tout cela n'est cependant inéluctable, aussi sûrement que cela a été construit au cours des 30 dernières années, un autre avenir peut se dessiner, à condition d'avoir une réelle politique d'aménagement pour les zones rurales.

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L' autre cause de la disparition des petits commerces réside dans l'explosion des achats en ligne qui ne cesse d'augmenter. Bien pratique pour des handicapés ou des gens qui habitent loin des villes grandes ou petites, le passage par le net efface le déplacement de l'individu.

Le réveil face à ce capitalisme de la séduction et de la consommation est un peu tardif, même si depuis des décennies, un certain nombre de citoyens, voire d'élus ont alerté sur les conséquences néfastes que nous connaissons. Mais le poids des chaines de magasins, en uniformisant les entrées de villes, en défigurant les paysages avec leurs panneaux publicitaires a été trop fort, d'autant que cela s'est produit avec la complicité des citoyens et de leurs élus.

Le tout bagnole avec coffre ayant la contenance d'un caddie, quel hasard ! Les restrictions de circulation en centre-ville, nécessaires pour que les bobos qui les ont reconquises respirent mieux, font que ne restent que des banques, des magasins de luxe ou très spécialisés, et de la bouffe à haute valeur ajoutée. Les petits salaires sont rejetés en périphérie où ils ont droit à la conso de masse et à la mal-bouffe. Point barre. Merci qui ?

Tous les gouvernements et élus de droite et de gauche qui se sont succédés depuis quarante ans.

Le pic du pétrole devrait en partie régler le problème dans les trente prochaînes années.